Province de Tanganyika: Que font des ex-combattants du M23 à Kalemie?

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Le 15 mars dernier, des militaires zambiens ont envahi les localités congolaises de Kibanga et de Muliro dans le Territoire de Moba. Des affrontements ont été suivis entre les troupes des deux pays. Les Zambiens auraient eu recours à des hélicoptères de combat pour pilonner les positions des FARDC à Kibanga. Un problème de « bornage » de frontière commune serait, semble-t-il, la cause du conflit. Des observateurs suspectent l’Etat zambien de convoiter un territoire riche en minerai. Plus d’un mois après ces escarmouches, l’association de défense des droits de l’Homme « Justicia Asbl » demande au gouvernement congolais de rassurer la population en lui communiquant des informations sur la situation sur le terrain où il est fait état de la présence des ex-combattants du M23.

Dans un communiqué daté du 23 avril 2020, Justicia Asbl dit suivre avec « stupéfaction » les opérations militaires qui se déroulent dans une « totale opacité » dans la localité de Muliro située au bord du lac Tanganyika. L’association appréhende « des violations massives des droits de l’homme et du droit humanitaire ».

Tout a commencé par l’occupation le 15 mars de la localité de Muliro par des militaires zambiens. Officiellement, la cause serait une « mauvaise délimitation » des frontières. Des sources bien informées suspectent l’Etat zambien de lorgner sur des minerais stratégiques qui auraient été repérés à cette frontière commune. D’aucuns parlent de l’existence d’indices de l’or noir.

Après des affrontements entre les éléments des forces navales des deux pays, la population locale s’est enfouie dans la brousse. Des écoles et des dispensaires ont été détruits, dit-on, par des hélicoptères de l’armée zimbabwéenne. Muliro serait déserte. « Même les militaires sont invisibles », rapportent des agences qui citent notamment l’administrateur du Territoire de Moba, Didier Mumbere.

Il semble qu’en ce mois d’avril, des soldats zambiens occupent toujours le village frontalier de Kibanga. Il en serait de même de Lilongwe et de Kalubamba. Et que les pourparlers engagés entre des généraux des deux armées n’ont guère permis le retour à la situation antérieure. L’emblème national aurait été remplacé par le drapeau zambien dans ces localités congolaises.

La ville de Kalemie

EX-COMBATTANTS M23 A KALEMIE

Selon Justicia Asbl, une « psychose d’insécurité » est perceptible actuellement à Kalemie, le chef-lieu de Tanganyika. En cause, la présence confirmée dans la ville de deux compagnies d’anciens combattants du M23. Réputés pour leur cruauté notamment au Kasaï et à Kinshasa, ces miliciens seraient venus de la base militaire de Kamina où ils étaient « en recyclage ».

Pour cette organisation de la société civile, l’acte posé par l’armée zambienne ne peut être interprétée que comme une « déclaration de guerre ». Une situation, souligne-t-elle, qui oblige le gouvernement congolais à tenir la population de ces contrées régulièrement informée sur les opérations militaires en cours. « Ne pas le faire alimente les rumeurs d’un complot contre la RDC avec la bénédiction de certaines autorités (…)« .

Auto-exonéré de l’obligation de rendre compte, Zoé « Kabila », lui, se tait.

Au mois de mars, la ministre congolaise des Affaires étrangères, Marie Tumba Nzeza, s’était rendue à Lusaka, en Zambie. Porteuse d’un message du président Felix Tshisekedi à son homologue Edgar Lungu, la ministre Tumba était accompagnée notamment de son collègue en charge de la Défense nationale, Aimé Ngoy Mukena.

Quelques jours après soit le 24 mars, une délégation zambienne conduite par le ministre des Affaires étrangères, Joseph Malanji, était dépêchée auprès de « Fatshi ». Qu’en est-il du résultat? A la lumière du communiqué de Justicia Asbl, la tentation est forte de conclure à un « échec diplomatique ».

QUE MIJOTE LA FRATRIE « KABILA »?

Depuis bientôt quatre ans, Congo Indépendant tente d’attirer l’attention de l’opinion congolaise sur les « micmac » de « Joseph Kabila » dans la province de Tanganyika dont le gouverneur n’est autre que le très énigmatique « Zoé Kabila ». Et ce depuis le 7 février 2019. L’homme est né en Tanzanie où il a grandi. Il en est de même des autres membres de la fratrie.

Flashback. En juin 2016 soit à quelques mois de l’expiration de son second mandat, « Joseph » a commencé à manifester un intérêt pour le moins inaccoutumé vis-à-vis de Kalemie, une ville qui n’est séparée du pays du Mwalimu Julius Nyerere que par le lac Tanganyika.

Dans un premier temps, on a assisté au départ des chars de combat du Port d’Ilebo. Destination: Kalemie via Lubumbashi. Qu’est-il advenu de cet arsenal? Mystère! Au cours de la même année 2016, des hommes en uniformes, armés jusqu’aux dents, sont arrivés à Lubumbashi où ils n’étaient qu’en transit. Destination finale: Kalemie. Que sont-ils devenus? Double mystère.

Dans un second temps, « Joseph », alors chef de l’Etat, s’est lancé dans le financement de grands travaux. La piste d’atterrissage de l’aéroport de Kalemie est passée de 1.700 à 2.500 mètres. Coût: $ 18 millions. Les travaux sont confiés au Groupe Forrest (EGMF). L’entreprise chinoise SZTC reçoit le marché de construction d’un stade omnisport au Quartier Kichanga. Montant: $ 10 millions. La société chinoise CREC 9 et SODEDIE ont obtenu, pour leur part, le marché de construction de l’Université de Kalemie. Montant non révélé. Dans la foulée, un pont est jeté sur la rivière Lukunga.

La fratrie « Kabila »

ABUS DE POUVOIR

Depuis le 7 février 2019, « Zoé » dirige la province de Tanganyika dans un hermétisme total. Qui oserait lui demander des comptes? Le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba? Allons donc! Le ministre de l’Intérieur Gilbert Kankonde Malamba? Encore moins. Il ne reste plus que le chef de l’Etat.

En attendant, depuis le mois d’avril de l’année dernière, les habitants de Tanganyika en général et ceux de Kalemie en particulier ne cessent de se plaindre des abus de pouvoir imputables au successeur de Richard Ngoie Kitangala. Arrestations arbitraires, expropriations et spoliations. Des griefs que les habitants articulent à l’encontre de « Zoé ».

Revenons au communiqué de Justicia Asbl. Dans ses recommandations, cette association exhorte notamment le président de la République à veiller non seulement sur « la transparence » des opérations militaires en cours au Tanganyika mais aussi à la diffusion de la « bonne information en faveur de la population ».

Questions finales: Que font les ex-miliciens du M23 dans la province de Tanganyika? La fratrie « Kabila » planifierait-elle des « actions subversives » – c’est un euphémisme – dans cette province congolaise?

 

Baudouin Amba Wetshi

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