Que sont-ils devenus? Le cas Jeannot Mwenze Kongolo

Numéro deux dans les deux premières équipes gouvernementales formées par le président Laurent-Désiré Kabila en mai et juin 1997, Jeannot Mwenze Kongolo sera, après les Affaires intérieures, le « tout-puissant » ministre de la Justice de 1998 à 2002. Depuis 2002, il n’assume aucune fonction officielle. L’homme fait partie du « petit cercle » de gens (Gaëtan Kakudji, Eddy Kapend, She Léonard Okitundu, Pierre-Victor Mpoyo, Abdoulaye Ndombasi…) qui détiennent – ou détenaient – deux grands secrets d’Etat. A savoir: les circonstances exactes du décès de LD Kabila et le processus de désignation d’un certain « Joseph Kabila » à la tête de l’Etat. Dans plusieurs interviews, « Jeannot » qui n’est pas en odeur de sainteté à la « ferme de Kingakati » ne rate jamais l’occasion de « flinguer » le successeur de Mzee qu’il accuse d’avoir « trahi » les idéaux du défunt Président. Dans un entretien avec les animateurs de l’émission « Po na Ekolo », en septembre 2017, Mwenze de lancer: « Joseph Kabila a mis en place une dictature pire que celle de Mobutu. Les Congolais n’ont pas besoin d’une alternance mais bien d’une alternative ». Propos d’un aigris? Depuis 2002, Jeannot Mwenze Kongolo poursuit « sa traversée de la savane ». La photo qui illustre cet article – dont l’auteur n’est pas connu – suggère que l’ex-tout-puissant ministre de la Justice broie du noir. Sans jeu de mots. Preuve, s’il en était besoin, qu’il n’y a pas de situation définitive. Tout passe!

Agé de 59 ans, Jeannot Mwenze Kongolo est un Luba du Katanga. Après avoir décroché une licence en pédagogie appliquée (option: anglais), il prend un vol. Destination: les Etats-Unis d’Amérique où il obtient un diplôme en criminologie. Il est embauché en qualité d’huissier à l’office d’un procureur.

Après la publication de la « Lettre des 13 parlementaires » adressée au président Mobutu fin 1980 suivie, deux années après, de la naissance clandestine de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), il était de bon ton de militer dans ce parti qui défiait le « Grand Léopard ».

Arrivée de LD Kabila à Kinshasa après la chute de Mobutu

Aux Etats-Unis, Mwenze est membre d’une association (All North America Conference on Zaïre) qui regroupe les Zaïrois vivant en Amérique du Nord. C’est à ce titre qu’il revendique son appartenance à l’UDPS avec un certain Mawampanga Mwanananga. Celui-ci est actuellement ambassadeur du Congo-Kinshasa à Harare, au Zimbabwe.

Fin octobre 1996, l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre) voit le jour quelque part au Rwanda. C’est une « rébellion zaïroise » qui a à sa tête un « revenant » politique nommé Laurent-Désiré Kabila. En janvier 1997, « Jeannot » et son compère décident de rejoindre l’AFDL à l’étape de Goma. Le premier est désigné commissaire à la Justice. Le second prend l’Agriculture.

Après la prise du pouvoir par l’AFDL à Kinshasa, le 17 mai 1997, Mwenze est propulsé numéro deux dans les deux premières équipes gouvernementales formées par Mzee Kabila. Il a en charge le très régalien ministère des Affaires intérieures, selon la dénomination de l’époque.

VERROUILLAGE DES ESPACES DE LIBERTÉ

En date du 28 mai 1997, le ministre Mwenze publie une circulaire interprétant le décret-loi n°001 du 17 mai 1997 qui suspend les activités des partis politiques sur l’ensemble du territoire national. Un verrouillage des espaces de liberté dans un pays qui s’initiait tant bien que mal à la démocratie. « Le gouvernement n’hésitera pas à prendre des mesures sévères à l’encontre des récalcitrants : individus ou partis politiques », peut-on lire.

En juin 1998, Mwenze devient le tout-puissant ministre de la Justice et des affaires parlementaires. L’homme y vit l’ivresse du pouvoir. Le 6 novembre de cette année, il fait révoquer 315 magistrats. Sans avoir été entendus dans une procédure contradictoire, ces derniers sont accusés collectivement de: moralité douteuse, corruption, désertion, incompétence. Une décision arbitraire aux conséquences dramatiques sur le plan humain (décès. dislocation des foyers).

Fin juillet 1998, LD Kabila décide de rompre la « coopération militaire » avec l’Ouganda et le Rwanda. Début août, une nouvelle « rébellion congolaise » est née… à Kigali: Rassemblement des Congolais pour la démocratie. Une nouvelle guerre commence. Celle-ci est unanimement qualifiée de « guerre d’agression ». Et ce contrairement à la guerre de l’AFDL appelée « guerre de libération ».

Le 16 janvier 2001, le Mzee Kabila meurt dans des circonstances non- élucidées à ce jour. L’arme du crime n’a jamais été retrouvée. Le mobile et le commanditaire restent énigmatiques. Le présumé assassin, lui, est abattu en emportant sa part de vérité. Un vrai roman policier.

Durant ses trente mois passés à la tête du pays, LD Kabila mène une diplomatie conflictuelle. Certains membres de son entourage sont dans le « viseur » de certains acteurs de la communauté internationale. C’est le cas notamment de Jeannot Mwenze qui est épinglé en 2002 dans le Rapport mapping sur le pillage des ressources du Congo-Kinshasa. Il est débarqué du gouvernement.

« PARTI DES KABILISTES MZEE »

Jeannot Mwenze lors de l’émission « Po na Ekolo »

En 2004, l’ex-ministre met sur pied une formation politique dénommée « Parti des kabilistes Mzee ». La précision vaut son pesant d’or.

En décembre 2010, Mwenze se rapproche de Vital Kamerhe – un autre déçu de « Joseph Kabila » – qui vient de lancer l’UNC (Union pour la nation congolaise). « Non, je ne suis pas membre de l’UNC », dit-il dans une interview accordée à Congo Indépendant.

Interrogé sur ses accusations selon lesquelles « Joseph » a trahi la mémoire de Mzee, il enfonce le clou en parlant de « déviationnisme » et de volonté de ce dernier de « détricoter l’œuvre de son père ». A-t-il joué un rôle de premier plan dans le processus d’accession de « Kabila » à la tête de l’Etat? Réponse: Oui! « J’ai joué mon rôle de nationaliste en toute honnêteté et en espérant que c’était la meilleure façon de continuer l’œuvre de Mzee et surtout d’honorer son nom et sa mémoire. Mais hélas! »

En juin 2012, la mutinerie du M23 éclate au Nord-Kivu. Mwenze organise un point de presse au cours duquel il accuse le gouvernement du Premier ministre Matata de « trahison » du fait, selon lui, de la « mauvaise gestion » de cette crise. Suivez son regard…

Pour lui, il s’agit d’une nouvelle « agression rwandaise ». Il cite, au passage, la plainte de la RD Congo déposée auprès de la Cour internationale de justice contre le Rwanda. D’après lui, ladite plainte a été retirée par le ministre de la Justice Honorius Kisimba Ngoy. Sur ordre de qui? Mystère!

A l’occasion de la commémoration du 11ème anniversaire de l’assassinat  de Laurent-Désiré Kabila, Mwenze Kongolo sort de son mutisme pour demander, sur les ondes de Radio Okapi, la réouverture du procès sur le décès de Mzee.

« TOUT EST VANITÉ »

En janvier 2014, l’ex-tout-puissant ministre de la Justice « découvre » ce que les « citoyens ordinaires » vivent au quotidien. A savoir: les « visites domiciliaires sans mandat ». Au cours d’un point de presse, il dénonce la perquisition de sa ferme lushoise par des militaires. Mwenze qui connait les « acteurs et le système » redoute que l’on glisse quelques armes dans sa propriété avant de l’accuser de « détention illégale d’armes de guerre ».

Dès ce moment, il ne fait plus mystère de son aversion à l’encontre du système incarné par le successeur de Mzee. En janvier 2015, il dénonce les « tentatives » de ce dernier de faire réviser la Constitution afin de briguer un troisième mandat. « L’alternance est nécessaire pour permettre au pays de respirer et de repartir avec un nouveau souffle », résume-t-il en soulignant que « la population congolaise est fatiguée et a besoin d’un nouveau Président ».

Le 8 octobre 2017, Jeannot Mwenze est interviewé dans le cadre de l’émission « Po na Ekolo ». Il glisse: « Je déplore la manière dont Joseph Kabila gère le pays ». Pour lui, le Congo-Kinshasa n’a pas besoin d’alternance mais plutôt d’une alternative.

Hier tout-puissant ministre de la Justice, Jeannot Mwenze Kongolo n’est plus aujourd’hui qu’un « simple citoyen ». Il n’est plus « harcelé » par des appels téléphoniques des courtisans. Les visiteurs sont rarissimes. C’est la « traversée de la savane ».

Faudrait-il en rire? Absolument pas! Cet exemple devrait servir d’enseignement aux « puissants du moment ». Grisés par le pouvoir, ces derniers finissent très souvent par perdre de vue qu’ils ne sont que des humains. Et que « tout est vanité »

B.A.W.