RD Congo: Une justice injuste et immorale

Les jugements sont fantaisistes. Avec le dernier remaniement ministériel du mois de mai, un nouveau ministre de la Justice est arrivé comme Zorro. Il s’appelle Constant Mutamba.

Gaston Mutamba Lukusa

Il parait que la magistrature est corrompue dans notre pays convoité par tous les Etats voisins et la Chine. Les procès se gagnent à coup d’argent. Les jugements sont fantaisistes. La réparation des dommages n’est pas proportionnelle au préjudice subi. La justice est devenue une source d’enrichissement sans cause pour certains. Le pouvoir judiciaire a démissionné de toute responsabilité, laissant parfois libre cours à une justice privée, la vengeance. Enfer et damnation! D’après mon ami qui sait ce qui se passe dans tous les coins et recoins de Kinshasa la déglinguée, les décisions judiciaires sont effectivement devenues un moyen de survie pour les magistrats si pas une source d’enrichissement. C’est le plus fort qui gagne les procès en versant des dessous de table aux juges. Il leur arrive de fixer la hauteur des dommages de manière fantaisiste ne reposant sur aucun critère objectif, quitte à la partie gagnante de les rémunérer. Saperlipopette!

Avec le dernier remaniement ministériel du mois de mai, un nouveau ministre de la Justice est arrivé comme Zorro. Il s’appelle Constant Mutamba. Il déclare urbi et orbi: “Le Chef de l’État nous a nommés pour redresser notre justice et redorer son image. Rien n’arrêtera cet engagement ferme du Magistrat Suprême. Les réformes courageuses en cours vont se poursuivre à la satisfaction générale de notre peuple. Des réseaux mafieux démasqués craquent déjà. Seule la justice élève une Nation”. C’est dire que depuis, les magistrats véreux sont dans le collimateur. Il en est de même de ceux qui ne respectent pas les lois, règlements et la paix sociale. Il y a aussi les pasteurs des églises de réveil passés maîtres dans l’art de sauver les âmes des défunts et de soulager les poches des vivants. Tiens! Cela rappelle Don Quichotte accompagné de son fidèle compagnon Sancho Panza, faisant la guerre aux moulins à vent qu’il confond avec des géants! Il est amoureux de la sans pareille Dulcinée du Taboso, une paysanne qu’il n’a jamais rencontrée. Il se bat pour la libérer d’un sort qui lui aurait été jeté par des sorciers. Pour ceux qui ne le sauraient pas, ce roman a été écrit par l’espagnol Miguel de Cervantes en deux parties, la première en 1605 puis la seconde en 1615. Bref, passons!

Toute action entraîne une réaction égale et opposée. C’est la troisième loi de Newton. Ceci expliquant cela, les pasteurs célébrèrent des messes noires. Le Syndicat autonome des magistrats du Congo (SYNAMAC) est sur le sentier de la guerre. Pour eux, l’action du ministre de la Justice n’est qu’une rhétorique populiste et outrageante, visant à faire des magistrats les boucs émissaires des dysfonctionnements du système judiciaire. Agir ainsi expose les magistrats, dont la sécurité est déjà précaire ou pas du tout assurée… Si la chaîne justice est malade, c’est donc tous les maillons qui sont malades y compris le ministre de la Justice, a conclu le syndicat. Stupeur et tremblements!

Le travail de Constant Mutamba est apprécié par la population qui souhaite que cela perdure. Mais les belles choses ne durent souvent que le temps d’un matin. Mon ami qui est devenu fou cherche aussi à rencontrer le ministre. Il a juste cette question à lui poser qui est vieille de 2.000 ans: “Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?” D’après mon ami qui sait tout, la justice doit demeurer le dernier rempart de sauvegarde et de protection des droits des Congolais. Elle doit être distribuée dans un esprit d’indépendance, d’objectivité et d’impartialité. Pour cela, il faut restructurer son administration, l’assainir, la motiver pour qu’elle puisse remplir son rôle éminemment protecteur des citoyens. Sa place en tant que troisième pouvoir de l’Etat doit lui être reconnue.

On dit chez nous que la vie est parsemée de difficultés que chacun doit apprendre à surmonter.

GML