RDC: le désir de changement et la réalité politique sur le terrain

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Mwamba Tshibangu
Mwamba Tshibangu

Les élections sénatoriales ont mis à nu une réalité qui n’était que très connue. La corruption est un mal qui a caractérisé le régime sortant. On ne pouvait pas s’attendre qu’elle disparaisse d’un coup du paysage sociopolitique du fait d’avoir à la tête du pays un nouveau président qui a clamé haut vouloir combattre ce fléau. L’opposition systématique du FCC face aux mesures prises par Félix Tshisekedi de suspendre jusqu’à une nouvelle date l’installation des sénateurs ainsi que la poursuite des élections de gouverneurs révèle l’ancrage des antagonismes démesurés sur le plan politique avec la coalition CACH. Pareillement, à travers la révolte qu’elle a suscitée, elle donne une grille de lecture indiquant clairement l’aspiration de la population pour un changement de fond, idéalement incarné par une nouvelle classe politique.

Les résultats électoraux publiés par la CENI ne peuvent tromper personne. Le FCC peut prétendre disposer de la majorité à la députation nationale et provinciale, en plus des sièges raflés au sénat, tout cela ne suffit pas à camoufler le désir de changement ou de la mise en place d’une ère nouvelle qui tourbillonne dans le chef du souverain primaire. La discordance sur la façon d’accéder aux affaires publiques entre ceux qui ne pensent qu’à leur ventre et la population est abyssale au point de révolter les militants de l’UDPS, généralement pacifistes. Ces derniers n’ont pas accepté que l’on continue, impudiquement et impunément, à cultiver les antivaleurs; à se moquer des souffrances de la population pour le plaisir et le confort matériel et financier de quelques-uns.

Certains acteurs politiques ont voulu ériger les élections en paravent pour continuer tranquillement à rouler la population. Leur but ultime, sans contour, est l’enrichissement par tous les moyens, mettant en péril le bien-être commun. Le comble de la situation est que cette vieille garde qui a saccagé l’économie du pays, laminant en passant l’espérance des gens, continue à penser qu’elle est la mieux placée pour redresser la situation socio-économique, ignorant les ravages causés par sa gestion calamiteuse du pays.

Alors que sous d’autres cieux, les politiciens démissionnent et autres grands commis de l’État abandonnent leur carrière, poussés soit par des contraintes objectives ou soit encore par la volonté de tourner la page pour s’occuper de leurs vies privées ou familiales, en RDC, c’est bien le contraire. On n’abandonne pas pour la limite d’âge ou pour le nombre de mandats accomplis, plafonné ou non. Généralement, les acteurs politiques ne démontrent aucun sens critique pour l’évaluation de leur tâche publique. Imbus d’eux-mêmes et animés d’une insouciance aux notions de valeur, de rentabilité et d’imputabilité, les mêmes caciques se représentent aux fonctions électives, sans référence à leur bilan politique ou à leurs actions en tant que mandataires des fonctions publiques. Dépourvus de la moralité publique, ils ignorent l’honneur à faire valoir qui bâtit, toute chose étant égale ailleurs, le lien de confiance avec les électeurs. Champions de la nonchalance, ils font plutôt l’étalage de l’esprit de prédation. Ils s’accrochent et s’agrippent au pouvoir oubliant sa raison première qui est le service pour le bien public, pour le peuple congolais en vue de son émancipation collective et individuelle et de son développement intégral.

Le spectacle que vivent les Congolais après les élections est le moins que l’on puisse dire, bizarre. Ceux qui devaient être sanctionnés par le peuple sont récompensés pour la non-réalisation de leur mission, pour le non-accomplissement adéquat de leurs tâches et responsabilités envers la nation. À la lumière de la situation épouvantable du pays, ils pouvaient au moins tirer leçon de leurs échecs pour se remettre en question et aspirer à mieux faire. Tel n’est pas le cas. Enfermés dans leurs vilaines convictions, ils sont encore nombreux à croire que leur autorité morale pourrait encore revenir aux commandes du pays oubliant son échec sur le plan économique, son lourd bilan sur l’insécurité au pays et ses multiples complicités dans les guerres d’invasion qui ont ensanglanté le pays.

Paradoxalement, eux, qui hier bafouer allègrement la constitution, trouvent aujourd’hui matière à redire en pointant l’inconstitutionnalité de la décision prise par le nouveau président pour permettre à la magistrature de procéder aux investigations face aux allégations de corruption qui ont émaillé les élections au niveau sénatorial et à celui des gouverneurs des provinces.

Le mal du pays est si profond au regard également des agissements des députés et d’autres membres de l’UDPS. Au lieu d’apporter le vent de changement, ils se sont imbriqués dans le jeu rampant et nauséabond de la corruption.

Toute somme, la situation politique telle qu’elle se profile à l’horizon, au regard de la bataille rangée entre ceux qui ont vilipendé les institutions hier et qui continuent à s’imposer par la fraude et par la corruption et le nouveau président et son équipe, est potentiellement grave. La ligne de démarcation entre l’idéal d’amener le changement auquel aspire légitimement le peuple congolais et la volonté de ménager ceux qui ont trempé dans la magouille et dans des crimes odieux de tout genre, en vue de sauvegarder la paix sociale, doit être vite franchie.

 

Par Mwamba Tshibangu

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