Simon Diasolua Zitu: « La création d’une nouvelle compagnie aérienne parait prématurée avant la liquidation complète de L.A.C »

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Pilote émérite successivement à Air Congo, Air Zaïre et LAC (Lignes aériennes congolaises) et ancien directeur des Opérations d’Air Zaïre, Simon Diasolua Zitu, qui est appelé affectueusement « Commandant » par ses amis et proches, commente le lancement d’une nouvelle compagnie aérienne dénommée « Air Congo ». L’annonce a été faite, le week-end dernier, par le ministre des Transports et voies de communication, Cherubin Okende Senga. Cette société devrait acquérir « très prochainement » sept aéronefs dans le cadre d’un joint-venture avec Ethiopian Airlines. D’après le ministre Okende, il y a urgence pour résoudre le problème de transport. Et ce dans la mesure où « la population a besoin de voyager dans des meilleures conditions de sécurité ». INTERVIEW.

Le ministre Cherubin Okende en charge des Transports et voies de communication a annoncé le lancement d’une nouvelle compagnie aérienne dénommée… « Air Congo ». Quelle est votre réaction?

Cette dénomination me fait penser à l’ancienne compagnie nationale « Air Congo », rebaptisée « Air Zaïre » en 1971 par le président Mobutu Sese Seko. J’imagine que ceux qui ont décidé de créer une nouvelle compagnie ont des raisons pour le faire.

Fallait-il créer une nouvelle compagnie aérienne en plus de « Congo Airways » et surtout que la liquidation de « LAC » est toujours en jachère?

Au lendemain du lancement de la compagnie aérienne « Congo Airways », j’avais émis des réserves. Je n’ai pas compris que l’on créé une nouvelle entreprise d’exploitation aérienne alors que la liquidation des « Lignes aériennes congolaises » est loin d’être achevée. J’ai été approché à l’époque. Ma réponse était simple: j’attends d’abord – au même titre que les autres membres du personnel – la liquidation des arriérés de salaires et des droits sociaux. Pour répondre précisément à votre question, je suis d’avis qu’il n’est pas judicieux de mettre sur pied une nouvelle compagnie avant de résoudre les litiges découlant de la gestion de « LAC ». Un assainissement préalable me semble l’idéal.

Ne devrait-on pas fusionner « Congo Airways » et « Air Congo »?

Je crois qu’il faudrait fusionner « LAC » et « Air Congo ».

D’aucuns pourraient sourire d’autant plus que la compagnie aérienne « LAC » n’a plus d’existence en tant que telle…

Erreur. Juridiquement parlant, la compagnie aérienne LAC continue d’exister. Il n’y a aucun acte officiel attestant que cette compagnie nationale a cessé d’exister. Cette entreprise d’Etat a été créée par une ordonnance présidentielle. Il n’existe pas encore de nouvelle ordonnance abrogeant la précédente.

L’ancien Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, avait pourtant fait procéder à la liquidation de « LAC »…

A quel titre Matata a-t-il ordonné cette liquidation?

Evidemment, en sa qualité de chef du gouvernement…

Comme je l’ai dit précédemment, seul le Président de la République dispose de la compétence de dissoudre l’ancienne compagnie aérienne. C’est le président Joseph Kasa Vubu qui avait créé la compagnie aérienne « Air Congo » en juin 1961.

Le ministre des Transports et voies de communication Cherubin Okende Senga

D’après le ministre Okende, la nouvelle compagnie pourrait démarrer ses activités avec une flotte composée de sept aéronefs. Quelle est votre réaction, en votre double qualité d’ancien pilote et de directeur des Opérations d’Air Zaïre?

Il importe de savoir si la nouvelle compagnie va limiter ses activités au niveau national et de la sous-région y compris l’Afrique du Sud. Si elle avait des ambitions au niveau continental et au-delà, il y aura un petit souci. Au motif que notre pays est toujours « blacklisté ». En clair, les aéronefs immatriculés au Congo-Kinshasa sont interdits dans l’espace aérien hors de l’Afrique centrale et de l’Afrique du Sud. Le recours à des appareils immatriculés ailleurs n’est pas mauvais en soi.

Quelles sont, selon l’expert que vous êtes, les conditions de viabilité d’une compagnie aérienne tant sur le plan matériel que du personnel?

Si la nouvelle compagnie n’envisage d’exploiter que le « réseau domestique », il lui faudra une dizaine de moyen-courriers. Je dois avouer que je ne dispose pas de tous les détails de la mission du ministre des Transports en Ethiopie. Toutefois, la location d’avion ou l’exploitation commune des avions avec Ethiopie sont deux choses tout à fait différentes. Notre pays n’a pas formé des pilotes depuis vingt à trente ans. Conséquence: les avions de la nouvelle compagnie devraient avoir des équipages étrangers. Ce sont les Ethiopiens qui vont piloter les avions portant le label « Air Congo ». Ce n’est pas mauvais au regard de la peine qu’endure notre population pour se déplacer d’un point du territoire national vers un autre. Le transport aérien est devenu un « must ».

Quelle est la durée de formation d’un pilote?

Le candidat pilote doit être titulaire d’un diplôme des humanités, de préférence, scientifiques. Il doit également posséder de bonnes notions en langue anglaise. Un pilote professionnel peut être formé en trois ans maximum. Celui-ci pourra servir de co-pilote dans tous les types d’avion. Il ne pourrait jouer le rôle de commandant de bord que dans les avions de moins de cinq mille kilos. Il ne deviendra pilote de ligne qu’au bout de 1.500 heures de vol. Il faut donc deux ans pour atteindre ce dernier niveau. Au total, il faut quatre à cinq ans pour obtenir la licence de pilote de ligne.

 

Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi

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