Arrestation de deux activistes de la société civile du Territoire de Faradje (Haut-Uélé)

Read Time:4 Minute

La tribune intitulée « Haut-Uélé: Que se passe-t-il derrière le conflit récurrent entre le Parc national de la Garamba et les communautés riveraines?« , rédigée par notre chroniqueur Jean-Bertrand Madragule Badi serait à l’origine des « ennuis judiciaires » d’un lecteur de Congo Indépendant prénommé « Robert ». Dans un message envoyé via les réseaux sociaux, ce dernier écrit notamment: « Je suis poursuivi par le parquet de Watsa pour avoir commenté un article publié sur Congo Indépendant (…). Le parquet me demande de démentir l’information. (…) ». Ce lecteur demande à notre journal quelque chose d’inédite. A savoir lui permettre d’accéder aux commentaires de l’article querellé pour lui permettre « de poster son démenti ». Une demande impossible à satisfaire. Ci-après la lettre que l’association « Kongo-Social-Care » a adressée au magistrat du parquet de Watsa.


Monsieur le Magistrat
du Parquet près du Tribunal de Paix de Watsa
M. Bienvenu NIER
Bnier26@gmail.com

Le 30 décembre 2019

Transmis copie pour l’information à:

  • Monsieur le ministre de l’Intérieur
  • Monsieur le ministre de la Justice
  • Monsieur le ministre des Droits de l’Homme
  • Monsieur le Procureur Général de la République
  • Monsieur le Premier Président de la Cour de Cassation
  • Monsieur le Gouverneur de la Province du Haut-Uélé
  • Monsieur le vice-Gouverneur de la Province du Haut-Uélé
  • Monsieur le Président de l’Assemblée provinciale du Haut-Uélé
  • Monsieur le Ministre Provincial de l’Intérieur du Haut-Uélé
  • Monsieur le Directeur Général du Parc National de la Garamba – Nagero
  • Messieurs les Administrateurs des Territoires de Faradje, Dungu et de Niangara
  • Messieurs les chefs coutumiers des Territoires de Faradje, Dungu et Niangara
  • Mesdames et Messieurs de la Communauté Internationale.

 

Monsieur le Magistrat,

Nous vous écrivons au sujet de l’arrestation des deux leaders de la société civile du Territoire de Faradje dans Province du Haut-Uélé, M. Jean-Claude Malitano et de M. Étienne Tandele, respectivement Coordonnateur de l’ONG APRu (Action pour la Promotion Rurale) et Président de la Nouvelle Société Civile de Faradje. Ils ont été emprisonnés à Watsa après une audition du Parquet près du Tribunal de Paix de Watsa, le vendredi 13 décembre 2019.

Cette arrestation intervient au moment où un conflit récurrent oppose le Parc National de la Garamba (PNG) et les communautés riveraines des territoires de Dungu, Faradje et Niangara dans la Province du Haut-Uélé. À l’origine de cette situation conflictuelle se trouve la notification de l’Arrêté ministériel du 23 août 2019 interdisant l’exploitation artisanale dans les domaines de chasses autour du PNG. Cette situation conflictuelle ne cesse de s’empirer de jour en jour.

Alors que la tension était très élevée entre le PNG et la population riveraine, le 31 octobre 2019 un véhicule transportant des matériels pour le PNG a été pillé à Faradje par la population. Le lendemain, le Vice-Gouverneur de la Province du Haut-Uélé s’est rendu à Faradje. Il s’est fait accompagner par des Gardes du PNG ce qui fut considéré par la population comme une provocation. C’est ainsi que certains jeunes ont jeté des pierres sur le véhicule du PNG et les Gardes du PNG ont tiré sur la population avec des balles réelles.

Deux jours après, la plateforme des jeunes de Faradje a écrit une lettre au Vice-Gouverneur dans laquelle les jeunes lui demandaient pardon pour cet incident malheureux.

Le 19 décembre 2019, le juge des détentions a rendu une ordonnance de détention préventive et accorda 15 jours au parquet pour approfondir les enquêtes. M. Malitano et M. Tandele sont accusés d’être des auteurs intellectuels des deux incidents: pillage d’un véhiculé du PNG (31 octobre 2019) et caillassage d’un véhicule du PNG (1er novembre 2019).

Pendant cette période tendue entre les mois d’août et décembre 2019, M. Malitano et M. Tandele ont joué un rôle crucial et constructif en essayant d’entretenir le dialogue entre les deux parties au conflit et en insistant pour une solution pacifique. Séjournant à Dungu, Jean-Claude Malitano est intervenu, par exemple, le 16 octobre 2019 par téléphone à la Radio Rhinoceros Blanc de Faradje pour demander à la population de bien vouloir donner un couloir pour laisser passer les véhicules du PNG. En outre, M. Malitano propose que PAX-Pays-Bas puisse offrir ses services de médiation entre le PNG et la population riveraine.

Nous considérons extrêmement important que l’État congolais garantisse l’espace public aux leaders de la société civile afin que ceux-ci puissent défendre dans la liberté les droits de la population dans le cadre du principe d’un État de droit.

Monsieur le Magistrat, nous vous appelons à commencer une enquête sur le terrain à Faradje sur les faits de l’incident, en écoutant tous les témoins, tels que les jeunes qui se trouvaient au lieu de l’incident et les Chefs coutumiers. Nous avons reçu des informations crédibles selon lesquelles M. Malitano n’était pas au pays pendant l’incident du jet des pierres le 1er novembre 2019. En outre, nous voudrions vous demander respectueusement de nous donner des raisons pour lesquelles la « mise en liberté » souhaitée par M. Malitano et M. Tandele n’est pas encore octroyée.

Nous vous fournissons à titre d’information un exposé factuel de l’enchainement des événements et nous réservons une copie aux autorités congolaises, aux organisations et aux représentants de la communauté internationale. L’exposé est basé sur les informations dont nous disposons à ce jour.

Veuillez recevoir, Monsieur le Magistrat, l’expression de notre haute considération.

 

Les Signataires:
International Refugee Rights Initiative
Jupedec
Kongo Social-Care
Hannelore Vandenbergen KMMA – Université Gent
PAX – Pays Bas

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %
Previous post Le DG de l’Ogefrem déplore le désordre dans le poste frontalier de Lufu
Next post Affaire 200 millions (cette fois des Euros): nouvel épisode du théâtre de chez nous