Budget 2021 en RDC: Comédie ou Escroquerie?

1. C’est quoi cette histoire?

Tongele N. Tongele
Tongele N. Tongele

Les réseaux sociaux en RDC sont remplis d’écrits sur les budgets 2021 en RDC. Budgets au pluriel parce que certains de ces écrits concernent le budget 2021 de telle ou telle autre province, et d’autres écrits concernent le budget national 2021. Beaucoup des réseaux sociaux en RDC font circuler des informations sur « budget 2021& » tant provincial que national. La vérité est que l’année dernière, il y avait budget 2020, et avant cela c’était budget 2019, et chaque année il y a, et on parle toujours de budget de l’année suivante. Mais c’est quoi cette histoire?

a) Un budget provincial ou national est un acte par lequel sont prévues et autorisées les recettes et les dépenses de l’Etat provincial ou national, pour une année civile. Il s’agit donc des recettes et dépenses de la province ou de la nation, estimées pour l’année du budget en question. Donc, budget 2021 sera un document qui décrit les recettes et les dépenses de l’Etat, soit de la province soit de la nation. En d’autres termes, budget 2021, comme budget de chaque année antérieure, est ou devrait être constitué d’un ensemble des comptes qui décrivent toutes les ressources et toutes les charges de l’Etat et des ministères.

Notez bien l’expression « toutes les ressources et toutes les charges de l’Etat et des ministères ». Cela veut dire que le « budget » n’est pas constitué des chiffres imaginaires, c’est plus qu’une simple estimation et autorisation. Le « budget » c’est le programme d’action du gouvernement (provincial ou national) et constitue le reflet chiffré de la politique de développement que le gouvernement (provincial ou national) entend mener pendant l’année du budget.

b) Ce document « budget 2021 », ou budget de chaque année, c’est un document publié; ce n’est pas un document secret, non, c’est d’un document publié, qui doit et devrait être publié, sur le site du gouvernement provincial ou national, ou publié dans le journal officiel du gouvernement provincial ou national. Donc, tout le monde peut et devrait trouver cela, lire cela, et féliciter les dirigeants de la province ou de la nation qui ont confectionné ce document. Et donc, tout le monde doit et devrait savoir, et être en mesure d’estimer qu’à partir du budget 2021, la province ou le pays projette de réaliser ceci ou cela. En conséquence, lorsque le gouverneur ou le président de la République fait un discours annuel sur l’état de la province ou l’état de la nation, le peuple attend écouter ce qui a été réalisé, ce qui n’a pas pu être réalisé, par rapport au budget de cette année-là, et quels dispositifs sont pris pour faire mieux l’année suivante.

2. Budget annuel en RDC: comédie ou escroquerie?

a) Jeunes intellectuels, étudiants, professeurs, juristes, journalistes: vous êtes le cerveau du peuple, vous êtes supposés porter de lumière et clarification sur les actions du gouvernement par rapport au développement de la RDC, pour que les populations puissent mieux comprendre les enjeux de ce qui se passe dans le pays. Vous êtes supposés être des critiques de la société congolaise non pas au sens négatif mais au sens de pointer du doigt ce qui ne va pas et indiquer la bonne direction pour la nation. Dites-nous: est-ce que vous lisez et commentez dans vos journaux, dans vos conférences, dans vos médias, dans vos réseaux sociaux, dans vos salles de classe, le contenu du budget annuel et les programmes d’action que ce budget projette d’accomplir pendant l’année budgétaire? Est-ce que vous savez où est-ce que ce document du budget annuel est publié dans votre province ? Avez-vous déjà retrouvé et discuté le contenu d’un budget annuel (de votre province) ou de la nation avec des amis, des collègues, des étudiants, ou sur les plateaux de radio et télévision locales? Est-ce que vous suivez de près, chaque mois de l’année budgétaire, comment l’argent du budget (de votre province ou de votre nation) est dépensé par rapport à ce qui est prévu dans le budget même? Savez-vous que c’est votre droit et devoir moral de suivre de près l’exécution du budget (de votre province ou de votre nation) pendant l’année budgétaire en question? Est-ce que vous faites usage de ce droit et de ce devoir moral? Si vous ne le faites pas, alors vous avez failli à vos propres droits et obligations, et cessez donc de pleurnicher et de vous lamenter que les choses ne marchent pas dans le pays, car c’est vous-mêmes qui tolérez des abus budgétaires qui s’abattent sur vous et vos familles.

b) Dans le contexte de la RDC, des budgets provinciaux et national sont élaborés chaque année ou devraient être élaborés chaque année. Or, le « budget » c’est le programme d’action du gouvernement (provincial ou national) et constitue le reflet chiffré de la politique de développement que le gouvernement entend mener pendant l’année du budget.

Jeunes intellectuels, étudiants, professeurs, juristes, journalistes, comment pouvez-vous ne pas poser les questions suivantes: Qu’est-ce que chaque ministère a fait avec l’argent du budget 2020 qui fut élaboré en 2019? Prenez par exemple le ministère de transport: combien de kilomètres de routes nationales et de chemin de fer en état de délabrement furent réhabilités en 2020? Combien de ports et aéroports d’intérêt national, à travers le pays, furent réhabilités en 2020? Prenez le cas du ministère d’énergie: pourquoi le barrage d’Inga I et II continue à se ruiner avec performance qui continue à se détériorer? Pourquoi les multiples centrales hydroélectriques à travers le pays sont en panne et ne sont pas réhabilitées alors que le ministère a un budget ou devrait prévoir ces choses dans son budget? Prenez le cas de chaque ministère et demandez au ministre de faire le bilan de ce que l’argent du budget 2020 a fait.

Jeunes intellectuels, étudiants, professeurs, juristes, journalistes: c’est vous qui devez et devriez chaque mois poser ces questions à chaque ministre pour qu’il/elle puisse rendre compte de comment l’argent du budget est en train d’être utilisé conformément au budget de l’année en cours. Vous devriez poser ces questions au Président de la République pour qu’il explique au peuple congolais ce qu’il sait et ce qu’il pense de l’exécution des programmes de développement prévus par le budget en cours. En posant ces questions, en publiant les réponses des ministres, en félicitant ceux et celles qui font du bon travail, et en dénonçant ceux et celles qui font des magouilles, vous conscientisez les populations des villages, villes et cités à s’associer à vous pour être tous vigilants et veiller à ce que les programmes du développement prévus par le budget soient proprement exécutés.

3. Conclusion

Chaque année, les provinces en RDC, le gouvernement national, tous préparent et écrivent des budgets ou devraient élaborer des budgets. Chaque année, les provinces et la nation se détériorent, les infrastructures se ruinent davantage, les institutions provinciales et nationales fonctionnent de manière chaotique. Curieusement, ni les gouverneurs, ni les ministres, ni le Président de la République n’expliquent aux populations ce que le budget a permis de faire, ce qui n’est pas fait et pourquoi ce n’est pas fait et quelles sont les dispositions prises pour réaliser plus tard ce qui n’est pas accompli au moment présent. Dire que « budget » en RDC c’est de la comédie n’est pas approprié car c’est pire que ça. Dire que « budget » en RDC c’est de l’escroquerie ne signifie pas grand-chose, car c’est pire que ça. La réalité horrible et tragique en RDC indique plutôt que « budget » en RDC est un opium qui décime les populations lentement mais sûrement.

Jeunes intellectuels, étudiants, professeurs, juristes, journalistes: réveillez-vous maintenant avant que ça ne soit trop tard. Le peuple congolais compte sur vous. Organisez-vous à travers vos réseaux sociaux pour exiger que des comptes soient rendus pour budget 2020. N’attendez plus. société civile, débout. Eglises, débout. Vos populations sont décimées lentement mais sûrement. Levez-vous tous, organisez-vous en groupes de pression, pour mobiliser les populations des villages, villes et cités à travers le pays, pour marcher et manifester chaque weekend dans les capitales de toutes les provinces afin d’exiger le bilan de l’exécution du budget 2020, et exiger que justice soit faite lorsque l’argent prévu est dépensé sans que le programme prévu soit réalisé. C’est donc entre vos mains de faire la différence.

 

Tongele N. Tongele, Ph.D.
Docteur en génie mécanique et professeur d’université aux USA
tongele@cua.edu

2 thoughts on “Budget 2021 en RDC: Comédie ou Escroquerie?

  1. Professeur Tongele,
    Votre article concernant le budget en général, et en particulier le budget 2021, en RDC est remarquablement instructif. En effet, la RDC élabore chaque année un budget national, décaisse l’argent autorisé par le budget, et l’argent décaissé est toujours dépensé sans laisser une trace de développement dûe à l’usage de cet argent budgétaire. Tous les Congolais, y compris les intellectuels, s’y sont habitués, et trouve cela normal. Personne n’ose poser la question de savoir ce que fait l’argent du budget national annuel en termes de développement du pays. Avec cet article, Monsieur le professeur, vous avez alerté les intellectuels, les professeurs, les étudiants, les juristes, les journalistes de la RDC à se réveiller et à confronter la triste réalité de budget annuel en RDC qui n’est autre chose qu’un « opium qui décime les populations lentement mais sûrement ». Après la lecture de votre article, j’ai suivi avec beaucoup d’attention le discours du président de la RDC. J’ai pensé davantage à vos écrits, et j’ai trouvé que le discours du président de la République a rejoint votre préoccupation toujours clairement et didactiquement exprimée de voir les dirigeants de la RDC vraiment se préoccuper du développement la nation congolaise, de voir les dirigeants de la RDC discuter et proposer des idées concrètes d’action pour mobiliser et motiver les populations des villages, villes et cités à créer des unités de production par elles-mêmes pour leur autonomie financière et vivre avec dignité. J’ai cru avoir compris que le président de la République a fait le même appel que vous avez toujours fait, aux populations congolaises de se lever pour soutenir une reforme radicale des institutions paralysantes qui sucent le sang des populations tout en les maintenant dans le fleuve de misère. Les animateurs de ces institutions nationales corrompues, pendant des années et des années, se sont toujours servi de budget national pour s’enrichir et piller le pays. Est-ce que le président de la République a-t-il finalement entendu votre voix qui a toujours crié dans le désert ? Ou bien, le président de la République se débat-il plutôt pour sa survie personnelle en face d’un boa qui risque de l’avaler vivant ? Merci professeur, pour vos réflexions toujours encourageantes et engageantes.

    1. Cher Sia Koli,
      Les Congolais sont responsables de leur destin. Ils peuvent décider de changer de cœur, de transformer leur état d’âme, de rejeter la mentalité d’user de corruption pour ramasser d’argent facilement et devenir riche rapidement, afin d’embracer la mentalité d’appliquer leurs talents à transformer leurs immenses ressources naturelles en produits finis sur place pour réduire et éliminer la famine, la pauvreté et la misère, et ils seront capables de le faire. Vous avez vu juste. J’ai toujours crié, comme une voix dans le désert, que le Congolais est capable de miracle technologique et industriel. Le Congolais n’est inférieur à personne sur cette planète terre. Pourtant, les dirigeants congolais depuis l’indépendance de ce pays ont maintenu le pays et ses habitants à un niveau de vie inferieur à tout le monde sur cette planète terre. Ce qui est une honte terrible.
      Voici les jalons sur le chemin de sortie de pauvreté en RDC :
      1) Le discours du président de la RDC est un pas dans une bonne direction.
      2) Ce discours doit se matérialiser avec des actions concrètes de réforme et transformation radicale des institutions corrompues, médiocres et pourries de ce pays.
      3) Les jeunes intellectuels ne doivent pas simplement se contenter de transférer et relayer des images et des commentaires concernant ce discours du président de la République. Non. Les intellectuels doivent voir ici une opportunité d’utiliser leurs réseaux sociaux pour réfléchir et échanger des idées concrètes sur ce qu’eux les jeunes intellectuels, les professeurs, les enseignants, les étudiants, les juristes, les journalistes, les médecins, les infirmiers, tous les professionnels, (réfléchir et échanger des idées sur ce qu’ils) peuvent organiser et mettre en pratique dans leurs quartiers, villes, cités, territoires, et provinces, afin de changer les conditions politiques étouffantes et paralysantes chez eux-mêmes. Ça sera une grande honte et un échec terrible si les intellectuels ne se contentent que de faire des transferts des histoires et verbiages de toute sorte dans leurs réseaux sociaux sans saisir ce moment pour imaginer et entamer des actions de changement chez eux-mêmes par eux-mêmes.
      4) Le défi qui est devant tout le monde en RDC se résume à un choix à faire par tous et par chacun : d’un côté, c’est le choix pour réflexions qui aboutissent aux propositions d’actions concrètes pour la transformation de la mentalité d’attente et des mains tendues, c’est le choix pour rejeter la mentalité de vols, corruptions, et compter sur l’influence politique tribale. Ce choix demande du courage et de la détermination, et conduira les Congolais à devenir prospères par les travaux de leurs imaginations et de leurs mains, afin de gagner du respect parmi les nations du monde. De l’autre côté, c’est le choix de vivre avec les habitudes de fainéantise mentale où l’on ne fait rien, on ne crée rien, on attend que le gouvernement fasse tout, on attend tout du ministre ou du président qui est de « notre » village, de « notre » tribu, de « notre » province, etc. Ce choix est la continuité avec la médiocrité tribaliste, continuité avec des lamentations puériles d’être des victimes de pauvreté et de domination par les voisins, par les multinationaux, et c’est toujours l’autre qui est « notre » problème. Non. Le choix est clair. Le peuple congolais doit arrêter avec des bagatelles, avec la fainéantise mentale puérile, et prendre son destin en mains.
      En ce sens, le discours du président de la République se situe dans la ligne de transformation et du changement pour le développement du Congo par les Congolais. Est-ce que des actions concrètes seront décrétées immédiatement pour entamer ce processus de transformation ? Est-ce que le président de la RDC va-t-il se perdre dans des discussions et négociations qui vont étouffer cet élan de changement qu’il a annoncé dans son discours ? Est-ce que les intellectuels, les Eglises, les organisations congolaises des droits humains, est-ce qu’ils saisiront ce moment pour neutraliser les agents de corruption et de blocage au développement dans leurs villages, villes et cités à travers le pays ? Ou bien, vont-ils attendre passivement que le discours du président fasse le miracle à partir de Kinshasa pour les atteindre dans leurs villages, villes et cités ? Voilà un travail important de pensée-action que les Congolais doivent faire à tous les niveaux, car personne d’autre ne fera ce travail à leur place, afin de remettre leur pays sur le chemin du développement socioéconomique, scientifique, technologique et industriel.

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