Congo Hold up : Et après ?

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Criminel à col blanc

Comme l’a fait Christophe Rigaud dans un récent article concernant l’affaire Congo Hold up, on se pose la question :  Et après ?

Les organisateurs du consortium qui a dévoilé l’affaire ont probablement une stratégie dont l’actuelle campagne n’est que la première étape. A l’exception de l’annonce de prochaines révélations peu semble connu des objectifs et des étapes suivantes.
Normal, on veut surprendre l’ennemi.

Mais il y a deux ennemis: les individus et les systèmes qu’ils utilisent. Il ne suffit pas d’attraper les loups qui entrent dans le poulailler, il faut surtout et d’urgence les empêcher d’entrer en bouchant les trous dans la clôture.

En effet, depuis les activités douteuses de la BGFI Bank qui remontent à environ cinq années, comme ils le faisaient avant, les loups ont continué à entrer, depuis trois ans accompagnés d’une nouvelle meute affamée. Le ministre des Finances a beau déclarer que la BGFI est devenu sainte et que tout va bien madame la marquise, il n’y a pas de doute que sans véritables contrôles et audits indépendants, le pillage continuera.

Toutes les opérations financières frauduleuses, y compris les mouvements massifs en cash illégaux ont lieu sous le regard complaisant et souvent intéressé de la plupart des banques et de la BCC (Banque centrale du Congo).

Les seuls qui peuvent imposer et financer, rapidement, les mesures nécessaires aux contrôles et à la transparence sont : le gouvernement américain, gendarme du dollar, la Banque Mondiale et le FMI.

Le gouvernement US ne peut rester insensible aux opérations en cash portant sur des montants importants en $US qui sont autant d’indices de malversations et de blanchiment d’argent, voire de financement du terrorisme international.
Les départements du trésor et de la justice ont les leviers pour se faire communiquer toute information qu’ils souhaitent de la part des banques et organiser des audits de conformité.

Le FMI a le pouvoir d’organiser des évaluations plus poussées de la gestion des finances publiques et d’imposer une plus grande discipline au trio Finances/budget/BCC, un meilleur contrôle par la Cour des Comptes et la création d’une parquet financier national.

Depuis 2019, le gouvernement a promis la mise en place d’un tel parquet par la voix du Vice-Premier ministre chargé de la justice de l’époque. Ce sujet avait fait l’objet de débats en 2020 lors de la 2ème édition de la Journée africaine de lutte contre la corruption organisée à l’hôtel du gouvernement et plus récemment, le professeur émérite Nyabirungu Mwene Songa a publié un livre intitulé : « Plaidoyer pour un parquet national financier en République démocratique du Congo ».

La BM, quant à elle, peut rapidement organiser et financer des audits financiers et opérationnels des régies financières, d’une sélection d’entreprises publiques et du portefeuille et de d’autres entités. Une telle opération aurait certainement plus de résultats que les 50 millions apportés pour appuyer des projets de réformes sous forme de « renforcement des capacités ».

Mais il n’est pas certain que de telles initiatives sont des priorités pour les gens de Washington pour qui leur vision de la stabilité a toujours primé sur la justice et la bonne gouvernance. Aussi, le consortium devrait essayer de les sensibiliser à la campagne et organiser une campagne de lobbying sinon on peut craindre que le pillage continue.

l’UE n’est même pas un épouvantail pour les voleurs qui détournent leurs dons, la Chine et la Russie gagnent des positions qu’ils n’ont jamais eu du temps de la guerre froide et sont en train de tirer les « marrons du feu« , la Chine loin devant les russes.

Sans sanctions pénales diligentées à la suite de ces enquêtes, comme disait un surréaliste belge, Louis Scutenaire, « bien mal acquis profitera toujours« .

Une autre crainte est la faible implication visible de la société civile RDCongolaise. Pour assurer la pérennisation du contrôle des finances publiques par la société civile en RDC, il faudrait appuyer des organisations ayant démontré compétence et engagement dans le contrôle des finances publiques et particulièrement l’ODEP dirigée par le professeur Florimond Muteba.

La présente campagne semble ignorer complétement la société civile congolaise et alimente la thèse d’une campagne orchestrée par les étrangers contre le « nationaliste » Kabila ou encore pour « déstabiliser le pays ».
 A défaut d’une vaste mobilisation de la société civile congolaise, y compris les grandes églises, pour dénoncer la mauvaise gouvernance par un meilleur contrôle, une plus grande transparence et une redevabilité accrue, nous risquons, même si quelques loups sont neutralisés, de permettre à leurs nombreux congénères de continuer leur sale besogne.


Jean-Marie Lelo Diakese

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6 thoughts on “Congo Hold up : Et après ?

  1. Et après ? RIEN.
    Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.
    Louis Scutenaire avait raison, « bien mal acquis profitera toujours ». Les voleurs d’aujourd’hui ne peuvent juger les voleurs d’hier.
    NINI TOSALI TE ?

    1. Oui, en effet, Nicholas Kazadi et l’IGF Jules Alingete (nous parions sur instruction de leur patron) se hatent de blamer « l’ingerence des Occidentaux dans les affaires interenes » apres les revelations du Gongo Hold-Up. Donc revelations genantes pour Felix vu son deal de proteger Kabila et sa Bande. Entre autres signes, demandons-nous pourquoi Albert Yuma, le Majordome financier des Kabila, continue comme PDG de la Gecamines 3 ans apres la (pretendue) passation des pouvoirs et apres ses scandales financiers inclu detournements de $43 Million de la BCC par Deo Mutombo et Albert Yuma au profit de la boite EGAL appartenent aux Kabila. Devrions-nous ajouter que Kazadi et Alingete sont revenus de leur pretendue-inspection du port frontalier de Kasumbalesa (dont le monopole de perception de frais d’entree et sorties est tjrs. sous gestion de la boite ISP des Kabila) sans aucune suite a ce dossier-mafieux? Ce sera le cas dans Congo Hold-Up. Apres Kabila = avant Kabila. Les loups ne se boffent pas.

  2. M . Diakese,
    Bravo pour vos analyses toujours pertientes! Vous posez la question de l’après Congo hold up? Eh bien! les affaires vont continuer à prospérer comme c’est déjà le cas actuellement.
    Avez-vous entendu parler de « l’affaire des 100 jours », du contrat Sicomines, de l’affaire Dig Oil, du scandale de la mine d’or du Haut-Uélé qui appartiendrait à la famille de M. Nangaa, de la libération-surprise de M. Willy Bakonga, du chantier du marché de Kinshasa, de Tshilejelu et de tant d’autres?
    Quelqu’un avait dit  » le chien aboie, la caravane passe et risque même d’écraser le chien ». Avez-vous oublié?
    Quand vous appelez la Banque mondiale, le FMI et Washington à la rescousse, qui vous dit qu’ils ne sont pas mieux informés que nous de ce qui se pass? La bonne question à laquelle répondre c’est la suivante: pourquoi se taisent-ils, ne réagissant que tardivement?
    L’incroyable imbécillité congolaise arrange bien de gens de par le monde, croyez-moi!
    Quel est ce pouvoir qui donnera des moyens à la Société civile pour bien faire son travail de veille et empêcher le festin de se dérouler en toute sérénité?
    PAUVRE PAYS! « Qui ne tire pas les leçons de son histoire est condamné à la revivre »

    1. Une fois encore, bien dit. Les scandales financiers sous FATSHI ne sont plus a compter. La Kleptocratie se porte tres bien en RDC. De l’escroquerie RAM, Depassements (ou detournements) budgetaires, aux Programmes de 100 jours et Tshilejelu, a la surfacturation de reparation d’un vieux jet presidentiel en Espagne ($15 Million alors qu’un jet similaire d’occasion en parfait etat ne coute que $3 Million), nous en passons. Mais le comble est de constater que Fortunat Biselele, proche conseiller en charge de la « maison civile » de Felix s’est mis en alliance avec Corneille Nangaa pour escroquer l’Etat et SOKIMO dans toute impunite..! Cest simple: UDPS-USN = PPRD-FCC.

  3. @ Avec l’enquête Congo Hold-up, on semble marcher sur un puzzle encore difficile à décoder d’autant que les révélations se poursuivent !
    Première question essentielle selon moi : comment les Congolais reçoivent cette enquête, son État, ses forces politiques et sociales, sa population ? Il y’a chez nos officiels jusqu’à notre nouvel héros l’IGF Alingete qui a entre-temps confirmé son allégeance automatique au pouvoir en place en baptisant son amphithéâtre du nom de Tshisekedi, la thèse d’une compagne orchestrée par des ennemis étrangers pour déstabiliser notre cher pays, y défendant même la fameuse BGIF/RDC au cœur du scandale, alors que la nouvelle gouverneure de la BCC l’a elle même disqualifiée un moment. Pas bien clair tout cela !
    @ Autres questions : pourquoi cette divulgation et pourquoi maintenant, quels objectifs précis poursuivent les auteurs, ont-ils un agenda caché qui vise des personnes contre d’autres, un système pour en promouvoir un autre ? Et pourquoi d’ailleurs pas un complot planifié contre notre pays !? Vous affirmez en effet, cher Mr Diakese que le gouvernement américain, la BM et le FMI sont forcément au courant des malversations divulguées en leur qualité de gendarmes du monde mais ne semblent avoir décidé de réagir ; quoi en dire ?
    @ Congo Hold up : Et après ? Selon moi, l’essentiel au-delà de tout le reste est de savoir et de chercher comment sanctionner les coupables et comment peut-on récupérer le butin volé ? Hélas le principal ‘JK’ sera au final inaccessible aux instructions judiciaires à cause de toutes les immunités qu’il s’est constituées mais à coté de lui il y’a des complices qu’on peut atteindre… Pour le reste le système n’a pas notablement changé, les pillages continuent dans et autour du pouvoir en place, l’enquête cite même des noms, comment y mettre davantage de l’ordre ?
    @ La nécessité d’un Parquet Financier National, mais le problème est-il tant dans l’absence de structures de contrôle que dans leur utilisation effective et efficace ? Nous devrions faire davantage pour les compléter mais nous avons davantage besoin d’un projet ambitieux réaliste d »une nouvelle gouvernance qui puisse nous mettre à l’abri de toutes ces impunités. Vaste programme !

  4. Helas Congo Hold-up est un scandale de plus dans le triste bestiaire de notre histoire indépendante couverte par une corruption endémique insupportable mais c’est aussi et d’abord le « comment » ça se passe si mal chez-nous. Pour nous en sortir il faudra bien que nous nous préoccupions aussi « pourquoi » ça se passe si mal. Au-delà du pourquoi des auteurs de l’enquête il est donc question du pourquoi de cette permanence pathologique de turpitudes chez-nous.
    Dans cette optique Congo Hold-up qui détaille de l’intérieur plusieurs faiblesses structurelles de nos organes, bancaires et autres circuits financiers peut offrir des cibles plus accessibles à la justice.et aussi tracer un chemin plus visible des circuits bancaires en amont et en retour lorsqu’il faut chercher à y remettre de l’ordre, récupérer le butin détourné. La machine institutionnelle sera-t-elle au rdv ? Espérons-le !

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