Cupidité et arrogance: marque de fabrique de nos criminels en col blanc

Read Time:7 Minute

Dans notre pays, la cupidité des criminels en col blanc n’a d’égal que leur arrogance. D’ailleurs c’est à leur arrogance qu’on les reconnait. Elle pourrait aussi devenir leur talon d’Achille.

Persuadés de leur impunité totale, certains vont jusqu’à la provocation: vis à vis de la majorité de nos concitoyens – qui subissent – mais également vis-à-vis de la communauté internationale. Les USA et l’UE, ont pris, récemment, des mesures (sanctions) à l’encontre d’une série d’individus accusés de corruption et d’entraves au processus démocratique. Parmi eux, des dirigeants de la centrale électorale qui se seraient rendus coupables de malversations portant sur des centaines de millions de $US. Suite à ces accusations les intéressés multiplient les coups de gueule: « tout cela est faux », « je ne suis pas américain » etc. Poussant l’arrogance plus loin, dans une déclaration publiée par Mediapart, Le Monde et Jeune Afrique un des responsables s’est vanté d’être propriétaire de mines d’or en Ituri. Existerait-t-il un lien entre la mine d’or et les accusations de corruption? Mr Sigal Mandelker, sous-secrétaire au Trésor américain en charge du terrorisme et du renseignement financier, initiateur des sanctions connait probablement la réponse à cette question.

Les individus concernés sont emblématiques de la catégorie des cupides/arrogants qui dominent le pays sans entrave ni opposition si ce n’est quelques articles et interventions sur les réseaux sociaux.

Cette situation à quelque chose d’ahurissant. Nous avons à faire à des violeurs récidivistes de la constitution, foulant au pied les lois des finances et des marchés publiques, architectes et organisateurs d’une énorme fraude électorale en refusant de respecter les prescrits de la loi électorale. Ils sont accusés par les USA et l’UE qui sont en possession de dossiers accablants. Mais dans notre pays, ils ne sont aucunement inquiétés et jouissent en toute quiétude de leur fortune mal acquise.

Les institutions et les composantes de la société qui visent le respect de l’Etat de droit et particulièrement la lutte contre la corruption semblent peu réactives. L’observatoire de surveillance de la corruption et de l’éthique professionnelle en sigle « OSCEP » (Etablissement Public) n’a – comme d’habitude – rien observé ni surveillé. Parmi les organisations de la société civile, « Les Congolais debout » et « l’Association congolaise pour l’accès à la justice » (ACAJ) ont demandé au procureur général de la République d’initier des enquêtes « sur ce qu’elles estiment être des allégations suffisantes pour ouvrir un dossier judiciaire ». Cette démarche n’a eu évidemment aucune suite. Les mesures prises à l’encontre des dirigeants de la centrale électorale ont même donné à ceux-ci une notoriété supplémentaire qui semble avoir boosté leur arrogance.

On constate donc une fois de plus que les articles, pages d’opinion et autres analyses ont peu de résultats et on peut se demander pourquoi ces organisations n’ont pas déposé simplement des plaintes.

L’affaire des dirigeants sanctionnés peut paraître ahurissante mais en réalité elle n’est qu’une suite de nombreuses autres démonstrations de cupidité et d’arrogance au plus haut niveau du gouvernement.

Le dernier en date ayant défrayé la chronique est un des champions de l’arrogance pris dans une sombre affaire de gros diamant certifié par les autorités minières de la région d’origine de la pierre et devenu pierre sans valeur lorsqu’elle a été retrouvé entre les mains de notre champion.

On a également connu un premier ministre champion du clientélisme qui après avoir créé le plus pléthorique cabinet de l’histoire du pays, aurait acquis un patrimoine immobilier important décrit dans un article précédent intitulé « Grande corruption, impunité et violences: parmi les principaux responsables… » publié le 25 juin 2018 par le site Congo Indépendant. Soupçonné de manquements dans sa gestion il a bu, sans honte, l’humiliation de se voir retirer, par le Président de la république, une série de pouvoirs dans le domaine des finances. Sa réputation a franchi les frontières et il a été cité dans la presse internationale pour ses liens présumés avec un politicien belge poursuivi pour des affaires de corruption. Dans une interview publiée par JA le 29 septembre 2011, à la question « Quels rapports entretenez-vous avec Kabila? » il répondait: « Ils sont très bons. C’est un camarade de gauche. Nous sommes des descendants de gens qui ont fait de la résistance. C’est aussi le chef des institutions. Je crois avoir bénéficié de son expérience, parce qu’il est à la tête du pays depuis dix ans ».

Ici le coté ahurissant de l’affaire est que, aussitôt qu’il a été écarté de la mangeoire il a commencé à inonder la presse de tribunes critiquant le gouvernement, formulant des recommandations qu’il a ignorées complètement pendant qu’il avait le pouvoir et poussant l’arrogance hypocrite jusqu’à se faire passer pour un farouche adversaire de Kabila et à parader parmi les opposants de LAMUKA.

Un autre Premier ministre a lui décroché la palme de l’arrogance-qui-se-moque-de-tous. Connu pour s’être enrichi en gérant des milliards d’aide fournie par des institutions financières internationales, il a continué ses pratiques au gouvernement avec de nombreux marchés de gré à gré, en refusant de se soumettre à un audit des marchés publics, en engloutissant plus de 200 millions de $US dans des projets agro-industriels dont un audit international a démontré à peu près toutes les irrégularités qu’on peut imaginer: gré à gré pour plus de 100 millions de $US, surfacturations de plus de 100%, non-respect des règles élémentaires de gestion de fonds publics, de la législation sociale du pays etc. Comme on pouvait s’y attendre l’affaire s’est terminée par la faillite totale du projet et d’une perte sèche de plus de 200 millions de $US pour la communauté.

Avec une partie des résultats de ses pratiques prédatrices camouflées en partie par des « contributions » de sociétés bénéficiaires de juteux contrats obtenus de gré à gré, il a construit une université privée à la gloire de son nom. Non content de ce premier exploit il a poussé l’arrogance jusqu’à la farce grotesque en créant un « prix de la bonne gouvernance » baptisé de son nom et ne laissant aucun doute sur le cynisme de l’individu! Al Capone voulant se faire passer pour Eliot Ness ou pour les plus jeunes El Chapo voulant se faire passer pour Mère Teresa n’auraient pas fait mieux.

Ces exemples montrent que des preuves accablantes de corruption existent non seulement pour les « sanctionnés » mais également pour d’autres: ministres, responsables d’entreprises publiques, hauts magistrats et securocrates.

Qu’attendent nos organisations de la société civile comme les Licoco (Ligue congolaise de lutte contre la corruption), Asadho (Association africaine de défense des Droits de l’Homme) – qui par ailleurs font un excellent travail – pour passer à une vitesse supérieure en traduisant les cupides/arrogants devant les tribunaux, nationaux et internationaux?

En termes de volume de malversations financières au détriment des finances publiques nos Premiers ministres cupides/arrogants ne sont que des amateurs comparés aux dirigeants des secteurs minier et hydrocarbures et plus particulièrement l’inamovible ministre des mines et les dirigeants de la Gécamines. Non contents de s’enrichir personnellement ils bradent les ressources et accumulent des opérations financières opaques avec l’aide de complices étrangers qui fournissent l’ingénierie financière de dissimulation et même des services d’espionnage visant tous ceux qui pourraient faire obstacle à leurs activités criminelles. Ces manœuvres n’ont cependant pas empêché des « sanctions » contre un des ténors de cette mafia en attendant des mesures similaires contre les dirigeants congolais du secteur. Si les opérations offshore sont plus difficiles à détecter, il n’en est pas de même pour les opérations locales. L’impunité dont ils jouissent et l’arrogance qui en résulte fait commettre des imprudences qui commencent à être mises en évidence.

La récente mission du FMI ne fait que confirmer la persistance des pratiques douteuses de ces individus. En effet, si on lit le communiqué du FMI, suite à la mission liée à l’article IV des statuts, les familiers de la lecture entre les lignes de ce type de messages auront compris que cette mission a été un désastre. En effet, après six années d’absence du FMI, la fiabilité des chiffres donnés par le gouvernement et l’absence de transparence à propos des contrats miniers et hydrocarbures sont plus nébuleux que jamais alors que le programme précèdent a été interrompu en 2012 pour ces mêmes raisons .

De nombreuses opérations douteuses ont été révélées récemment et viennent compléter le dossier déjà volumineux constitué par les équipes du gouvernement américain. Parmi elles, les avances fiscales de la GCM « soi-disant » versés à la BCC sans passer par les régies financières ainsi que les divergences importantes entre montants déclarés officiellement et ceux déclarés à l’ITIE préjugent de fraudes aussi vastes que celle de la proclamation des résultats de l’ensemble des élections.

Un sage disait: « L’arrogance précède la ruine, l’orgueil précède la chute ». Et l’apôtre Jacques disait: « La foi sans actions est une foi vide ».

 

Par Jean-Marie Lelo Diakese

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %
Previous post Cherubin Okende: « Ma désignation comme porte-parole du Président en exercice de Lamuka a effarouché des caciques du PPRD ».
Next post Ce que nous ne devons pas accepter en tant que citoyens