Fabien Kusuanika: L’homme à la double « casquette »

Journaliste et « chanteur engagé ». Patron de la webtv « Télé Tshangu » que l’on ne présente plus, Fabien Kusuanika a célébré, samedi 29 août, sa vingtième année d’exercice du métier de journaliste. Devant une trentaine d’invités (parents, confrères et amis), il a procédé, à cette occasion au « vernissage » de son tout premier album intitulé: « Le peuple gagne toujours ». Le chanteur lead n’est autre que lui-même. Pour jouer ce « rôle », « Fabien » a troqué le pseudonyme de « Fa-Jah- Kongo ». Le CD est disponible sur toutes les plateformes.

Affiche du lancement de l’album « Le peuple gagne toujours »

Fabien Kusuanika fait partie de cette grande majorité des Congolais qui continue à considérer l’irruption au sommet de l’Etat de celui qu’il aime affubler du surnom de « l’homme venu d’ailleurs » comme une « catastrophe nationale ». Vous avez compris. Il s’agit de « Joseph Kabila », cet improbable successeur de Mzee qui a dirigé l’Etat congolais du 26 janvier 2001 au 24 janvier 2019. Soit, au total, dix-huit années.

« Je suis de ceux qui pensent que tous les moyens sont bons pour libérer notre pays ». Cette phrase prononcée, samedi 29 août, résume à elle seule la personnalité de cet homme qui se dit « journaliste engagé » qui croit dur comme fer que le Congo-Kinshasa est « occupé » par certains pays voisins bien connus. Des pays qui rêvent de « balkaniser » l’ex-Zaïre. Inutile de dire que le patron de Télé Tshangu estime imbuvable le « deal » conclu entre l’ex-président « Kabila » et Felix Tshisekedi Tshilombo.

En dehors de la chanson dédiée à sa mère pour les sacrifices endurés pour assurer son éducation, « Fabien » retrace, dans ses rengaines, les événements tragiques survenus durant « les années Joseph Kabila ». Outre les tueries et viols dans les deux Kivu et en Ituri, il égrène le massacre des partisans du chef Kamuina Nsapu au Kasaï, les assassinats de Floribert Chebeya, Fidèle Bazana, Armand Tungulu. Sans oublier, les « exécutions » de Thérèse Kapangala et Rossy Mukendi Tshimanga. « Makila ya bana Congo, bokofuta mbula na mbula », chante-t-il. Traduction littéralement: « Ceux qui ont versé le sang des enfants du Congo auront à rendre compte tôt ou tard ».

Sous la modération de Patoma Gboya, animateur de la tranche africaine de la « Radio Air Libre » de Bruxelles, la manifestation a commencé par le témoignage de l’Abbé Alain Lukanga, prêtre du diocèse de Kikwit. Il a connu « Fabien » à la Faculté catholique de Kinshasa (FCK) où ils ont étudié « l’Economie du développement » durant cinq ans: 1992-1997. A en croire ce religieux, leur promotion dénommée « Mapendo » s’est muée, au fil du temps, en un « terrain de débat politique ».  « Fabien faisait déjà montre de talent de chanteur et d’acteur de théâtre », conclut Alain Lukanga.

Abbé Alain Lukanga

« JE SUIS UN MUYAKA A 100% »

Adulé par certains, exécré par d’autres, le journaliste Fabien Kusuanika ne laisse personne indifférent. L’homme aime rappeler ses débuts à la télévision commerciale « Raga » à Kinshasa. C’était le 29 août 2000. A Bruxelles, il a dirigé les médias en ligne « K-Concept-over-blog » et « Congo Lex ». La webtv « Télé Tshangu » est le couronnement d’un travail mérité.

Lors de la présidentielle du 28 novembre 2011, « Fabien » a fait partie de la grande majorité des Congolais qui soutenait la candidature du leader de l’UDPS, le regretté Etienne Tshisekedi wa Mulumba.  Il était là avec sa caméra dans toutes les manifestations organisées en Belgique. Il était là également lorsque des Congolais de Belgique entonnait: « Ohoo Ya Tshitshi, zongisa ye na Rwanda ».

Proclamé « vainqueur » au terme d’un vote émaillé de fraudes et irrégularités, « Kabila » qui semblait rêver d’une « présidence à vie » s’est accroché au fauteuil présidentiel au-delà du 19 décembre 2016, date de l’expiration de son second mandat. « Dès le 19 décembre 2016, j’ai pris la résolution de ne plus considérer Joseph Kabila comme chef de l’Etat », tonnait Kusuanika. Pour lui, ces chansons visent à « sensibiliser » les Congolais « sur la situation de leur pays ».

Natif du village Mawanga dans le Kwango, « Fabien », qui a été orphelin de père à l’âge de 8 ans, aime clamer, avec fierté, son appartenance à la tribu Suku. Sans le moindre sectarisme. « Je suis un Muyaka à 100% », répète-t-il depuis qu’il a été chambré par l’inénarrable Gabriel Mokia.

Après avoir rendu hommage à ceux qui ont participé, à divers titre, à la réalisation de son premier album, Fabien Kusuanika, alias Fa-Jah Kongo, de conclure: « Les origines des gens m’indiffèrent. Seule leur savoir-faire m’intéresse ». Désormais, notre confrère portent deux casquettes. C’est le lieu de lui souhaiter bon vent tout en espérant qu’il démentira ce vieil adage: « Qui trop embrasse mal étreint… ».

 

B.A.W.

9 thoughts on “Fabien Kusuanika: L’homme à la double « casquette »

  1. @ Fabien Kusuanika.
    Je suis tres fier du combat que vous menez et surtout de la maniere dont vous le mene en gardant pure votre moralite, en distinguant le bien du mal, le juste de l’injuste, la verite du mensonge, le vrai du faux, preferant le durable a l’ephemere et la construction, l’education a la destruction. Je vous comprends car je suis aussi un ancien des FCK(facultes catholiques de kinshasa)quelques petites annees avant vous. Les FCK forment comme on nous disait, TOUT L’HOMME. intellectuelement, moralement, spirituelement,…Longue vie a Tshangu tv et merci de bien transmettre l’amour de notre pays aux kongomani.

  2. Toloba, toloba tein !
    Fabien est un de ces hommes des médias congolais qui dénoncent avec véhémence le drame qui se déroule au Congo. Les viols, les massacres, les tueries, les pillages, les déplacements massifs des populations, la destruction de l’environnement (les parcs nationaux) à l’Est du Congo,la menace de la balkanisation,l’occupation,le génocide congolais … sont des sujets qui ne passionnent pas les pouvoirs publics congolais, ni les médias publics ou privés, ni la classe politique, encore moins l’élite intellectuelle et le peuple. Quand on suit les médias congolais en ligne au pays ou les réseaux sociaux, la tragédie congolaise ne fait pas partie de leurs préoccupations. Quand il arrive aux Congolais restés au pays de parler de l’insécurité chronique à l’Est,ils donnent l’impression que ca se passe dans un pays lointain.
    Les talibans radicalisés vous diront que c’est pas Fatshi qui a créé la guerre à l’Est. D’autres disent qu’il ne peut pas terminer ça en 18 mois de pouvoir. D’autres encore soutiennent qu’il n’y est pour rien.Ou que les pouvoirs locaux s’en chargent.Tout cela est la preuve d’une absence totale de conscience politique chez nous.
    Fabien et ses confrères des médias de la diaspora et les autres activistes congolais montrent que on est pas tous pourris. On espère qu’il ne changera pas sa ligne éditoriale. C’est pourquoi on l’aime.
    Toloba, toloba tein! Il faut toloba.
    Nous n’allons pas abandonner notre pays aux mains de seuls hommes au pouvoir dont l’incompétence est avérée, bercés par les applaudissements imbéciles des fanatiques qui ont une case de vide dans la tête.

  3. Toutes mes félicitations à toi Fabien pour ton combat, ton énergie et ta persévérance. Les injures, les mensonges, les accusations, les mépris,…tu les regarde comme de l’eau sur le plumage d’un canard. Beaucoup à ta place se serait déjà compromis. Bravo …..

  4. J’apprecie beaucoup mon jeune frère Fabien avec qui je partage les mêmes valeurs culturelles que nous defendons tous entant que congolais . Il aime bien m’appeler à tout moment mbuta , un heritage propre aux valeurs bantous signe du respect et de consideration.
    POETE ROBERT KABEMBA MANGIDI

  5. Il m’arrive de reprocher à Fabien tel props ou telle attitude que je juges trop radicaux, trop automatiques frisant l’ideologique, dans son entêtement inutile à se défendre de toutes les accusations même lorsqu’elles sont notoirement sectaires. Mais généralement j’aime ses émissions, sa ligne idéologique d’un « journaliste engagé » pour le meilleur du Congo. Même au risque de se complaire dans la seule dénonciation de ce qui se fait, Il faut de l’engagement dans le contextuel de notre pays où fleurisssent moult partis-pris affectifs ou intéressés qui créent des îlots d’omerta ttolérant le pire pour la convenance.
    Bravo et bon courage à Fabien Kusuanika pourvu que ses nombreux chevaux de bataille – journalisme, musique… – ne se télescopent pas trop entre eux et lui laissent l’intelligence et l’énergie de mieux organiser son travail notamment par une meilleure régularité des horaires…

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