Faut-il préserver la biodiversité au détriment du développement économique?

La question la plus discutée entre les pays du Sud et du Nord a toujours été celle du financement des efforts de préservation de la biodiversité. Qui doit payer la facture?

Gaston Mutamba Lukusa

La Conférence des parties (COP) sur la biodiversité s’est tenue à Montréal (Canada) du 7 décembre 2022 au 19 décembre 2022. Il s’agissait de la 15ème conférence organisée par les parties de la Convention des Nations unies (COP15) sur la diversité biologique. La biodiversité désigne l’ensemble des milieux naturels et des formes de vie (plantes, animaux, champignons, bactéries, etc.) et leurs interactions. L’accord de Kunming-Montréal a été signé par 195 pays et l’Union européenne.

En tout, 23 mesures ont été adoptées. Il s’agit de protéger 30% de la planète d’ici 2030, de restaurer 30% des écosystèmes, de réduire l’impact des pesticides et d’augmenter les financements en faveur de la protection du vivant. Selon des écologistes, 75% des milieux terrestres et 40% des écosystèmes marins sont fortement dégradés. Sur Terre, un million d’espèces sont actuellement menacées d’extinction. On parle même d’une sixième extinction de masse car le rythme de disparition des espèces est 100 à 1.000 fois supérieur au taux naturel.

Tout le monde est d’accord que la biodiversité est vitale pour la survie de la Terre. Les scientifiques sont unanimes à reconnaître que la biodiversité joue un rôle fondamental dans la régulation du climat (humidité, température). Pour la préserver, il faut selon la COP, « arrêter sa dégradation qui est provoquée par la destruction des écosystèmes naturels (pour l’expansion de l’agriculture notamment), l’artificialisation et l’urbanisation des sols, les pollutions industrielles ou urbaines, le réchauffement climatique, l’introduction d’espèces invasives ».

La question la plus discutée entre les pays du Sud et du Nord a toujours été celle du financement des efforts de préservation de la biodiversité. Qui doit payer la facture? Suivant le Centre d’études stratégiques, le continent africain (20 % des terres de la planète) abrite un quart des espèces de mammifères et un cinquième des espèces d’oiseaux de la planète. Au moins un sixième des espèces végétales du monde sont endémiques à l’Afrique. Le continent compte également 369 zones humides d’importance internationale. Plus de 62% des habitants des zones rurales dépendent des divers écosystèmes naturels du continent africain pour leur alimentation, leur eau, leur énergie, leur santé et la sécurité de leurs moyens de subsistance. Cette biodiversité constitue un arsenal de capital génétique bénéfique non seulement pour les personnes vivant dans ces écosystèmes, mais aussi pour le monde entier. Le déclin de la biodiversité écologique de l’Afrique menace d’entrainer une insécurité alimentaire accrue, des conflits pour les terres et la transmission de maladies zoonotiques pouvant conduire à de nouvelles pandémies.

Le Congo-Kinshasa n’est pas épargné par la dégradation de la biodiversité

Le Congo-Kinshasa se classe parmi les 10 plus grands pays du monde disposant d’une méga biodiversité. Le pays compte environ 480 espèces de mammifères, 565 espèces d’oiseaux, 1.000 espèces de poissons, 350 espèces de reptiles, 220 espèces de batraciens et plus de 10.000 angiospermes (plantes à fleurs) dont 3.000 seraient endémiques. La République démocratique du Congo a créé neuf parcs nationaux, soit 13,8% du territoire national. Parmi ces aires protégées, quatre parcs sont désignés comme sites du patrimoine mondial par l’UNESCO. Il s’agit des parcs suivants: Virunga, Kahozi-Biega, Salonga, et Garamba. Mais tout ce capital n’a pas été épargné par les divers conflits dans l’Est du pays entretenus par le Rwanda depuis les années 1970. Ils ont un effet dévastateur sur la faune et sur la flore. Des milliers d’hectares de forêts sont dégradés, entraînant la perte de la biodiversité. Les aires protégées font l’objet de spoliation, de contrebande et de braconnage. Les guerres successives que le pays connait se traduisent par la destruction de l’environnement et de l’écosystème. Les groupes armés s’illustrent non seulement par le déboisement des forêts mais aussi par l’exploitation des minerais. Il en est de même du braconnage des éléphants, du gibier et des espèces rares dans les réserves naturelles afin de s’enrichir et de se procurer des armes.

La question du financement de la protection de la biodiversité

L’accord signé le 19 décembre 2022 à Montréal prévoit de mettre à disposition au moins 20 milliards de dollars par an d’ici 2025, puis 30 milliards de dollars d’aide internationale annuelle pour la biodiversité d’ici 2030. C’est peu par rapport aux efforts demandés aux pays du Sud pour préserver la biodiversité alors qu’ils ne sont pas suffisamment aidés financièrement par les pays du Nord. A Montréal, les pays du Sud ont défendu l’idée de création d’un fonds mondial dédié à la biodiversité. Mais cette initiative n’a pas été retenue par les pays développés. Un compromis a néanmoins été trouvé. Il été convenu de créer une branche dédiée à la biodiversité au sein du Fonds pour l’environnement mondial (FEM).

Pour pouvoir vérifier si ces nouveaux engagements sont honorés, les signataires se sont accordés sur un cadre de suivi. A cet effet, un bilan mondial doit être réalisé dans quatre ans. Toutefois, l’accord ne prévoit pas de mécanisme contraignant pour inciter les pays à respecter leurs engagements. La crainte est réelle de voir les pays du Nord ne pas respecter leurs engagements. C’est comme dans le cas de la promesse faite à Copenhague, en décembre 2009, de décaisser 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 pour permettre aux pays en développement de faire face au changement climatique.

Dans le même temps, sous prétexte de protéger la biodiversité, des ONG (Organisation non gouvernementale) internationales font pression sur les gouvernements et les banques afin de ne pas entreprendre ni financer des projets qui seraient un risque pour la biodiversité. C’est ainsi que la Banque mondiale ne finance plus la construction de grands barrages hydroélectriques. Cette prise de position a influé négativement sur la construction du barrage d’Inga 3 en République démocratique du Congo. Les défenseurs de l’environnement attaquent aussi l’initiative du gouvernement congolais relative à la vente aux enchères de 3 blocs gaziers et de 27 blocs pétroliers. Ils affirment que cela va à l’encontre de l’accord de Paris sur le climat de 2015 visant à limiter le réchauffement climatique à +1,5°C.

Certaines ONG menacent même de porter l’affaire en justice et poussent les autochtones à la contestation. Et pourtant le pays a besoin de ce genre de projets pour financer le développement et lutter contre la pauvreté. En Ouganda, il y existe un projet de 10 milliards de dollars dont la société française TotalEnergies est l’actionnaire majoritaire. Il porte sur la construction d’un pipeline qui va jusqu’en Tanzanie pour exporter du pétrole. Les défenseurs du climat et de l’environnement s’opposent à ce projet qui selon eux, déplacerait des milliers de personnes tout en menaçant l’accès à l’eau de millions d’individus et détruirait l’habitat de nombreuses espèces tout en rejetant des tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Des ONG ont saisi la justice pour arrêter ce projet qui doit permettre à l’Ouganda de produire 230.000 barils de pétrole à partir de 2025. Le coût qui est demandé est trop élevé. Il faut bien défendre l’environnement, mais pas à ce prix. Cela d’autant que les compensations financières promises par les pays du Nord ne sont que de vagues promesses.


Gaston Mutamba Lukusa

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