Fcc: « Kalev » manifeste contre… les « arrestations arbitraires » et la « dérive dictatoriale »

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Les « partisans » de l’ex-président « Joseph Kabila », regroupés au sein du de la plateforme politique Fcc/Pprd, ont manifesté jeudi 23 juillet à Kinshasa. Un cas sans précédent. Des observateurs ont été interloqués de noter la présence de l’ex-chef barbouze Kalev Mutond. Celui-ci traîne derrière lui la sulfureuse réputation d’un tortionnaire. Durant son mandat à la tête de la sûreté nationale (ANR), l’homme a transformé cet organisme public en une police politique. Mission: traquer les contempteurs du régime Kabila. Et ce en lieu et place de surveiller les « menaces » qui planent sur la sécurité nationale et le fonctionnement des institutions. Certains marcheurs ont déployé une banderole sur laquelle était écrit: « Non à la dictature ». Un comble!

Emmanuel Ramazani Shadary

Dix-huit mois après la « passation civilisée » de pouvoir entre « Joseph Kabila » et son successeur Felix Tshisekedi Tshilombo, le Congo-Kinshasa vit dans une situation de « ni paix, ni guerre ». L’ex-Président semble regretter d’avoir fait un « mauvais calcul » en « donnant le pouvoir » (dixit le Pprd Henri Magie) à un « partenaire » devenu « incontrôlable » voire « dangereux ».

En l’espace de dix-huit mois d’une cohabitation qui ne dit pas son nom, les coups d’éclat et autres grincements de dents ne se comptent plus. Jeudi 23 juillet 2020, la défiance est montée d’un cran avec l’organisation, par la mouvance kabiliste, d’une marche de protestation dirigée manifestement contre le chef de l’Etat.

Que revendiquent les « marcheurs »? « C’est une marche de soutien aux institutions. Nous manifestons contre les conditions sociales difficiles de la population ». L’homme qui parle s’appelle Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent du Pprd (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie). Selon lui, la population continue à « broyer du noir » depuis l’arrivée de Felix Tshisekedi au pouvoir. A l’appui de sa thèse, il épingle la hausse du prix du pain. Selon l’ex-dauphin de « Kabila », la manifestation de ce 23 juillet avait également pour but de « soutenir » le Premier ministre. « C’est une marche d’interpellation », a déclaré, pour sa part, Néhémie Mwilanya Wilondja. L’ancien directeur de cabinet de « Kabila » – devenu coordonnateur du Fcc/Pprd – d’expliquer que leur mouvance aurait tenté, par trois fois, d’évoquer toutes ces questions avec leur partenaire du Cach. En vain.

Ébahis par la présence de l’ex-tout-puissant patron de l’ANR (Agence nationale de renseignements) à cette manif’, des journalistes se sont empressés d’interroger l’intéressé . « Nous marchons contre les arrestations arbitraires », a dit Kalev Mutond. Vous avez bien entendu. Pas très loin de là, une banderole est fièrement déployée. « Non à la dictature! », peut-on lire.

Darryl Lewis

Outre le double assassinat des experts onusiens Zaida Catalan et Michaël Sharp, l’ombre de Kalev Mutond apparaît dans plusieurs cas non seulement d’abus de pouvoir mais aussi de violations des droits de l’Homme. Citons quelques uns.

Dans une plainte datée du 29 juillet 2016, l’Américain Daryl Lewis a attaqué en justice Kalev Mutond et Alexis Thambwe Mwamba alors ministre de la Justice. Le premier est accusé de « torture ». Consultant en matière de sécurité de Moïse Katumbi Chapwe, gouverneur démissionnaire du Katanga, Lewis a été arrêté le 24 avril 2016 à Lubumbashi. C’était lors d’un meeting organisé par les partisans de « Moïse ». Il est aussitôt accusé d’être un « mercenaire » avant d’être transféré à Kinshasa.

L’Américain assure « avoir été torturé, affamé et privé de sommeil » par des agents de l’ANR dont le chef n’était autre que « Kalev ». Le but, selon lui, était de lui arracher de « faux aveux » l’incriminant en tant que mercenaire. « Ne me laissez pas découvrir que vous êtes un mercenaire », lui aurait lancé « Kalev ». Rentré aux Etats-Unis après plusieurs semaines de détention arbitraire au siège de l’ANR, Lewis a décidé d’attaquer le duo Kalev-Thambwe en dommages-intérêts devant les juridictions de son pays.

L’autre cas – parmi tant d’autres – est celui de la juge Chantal Ramazani Wazuri, ancienne présidente du Tribunal de paix de Lubumbashi/Kamalondo. Il s’agit de la magistrate qui a eu à diriger le procès dans le contentieux immobilier entre Katumbi et le sujet grec Alexander Stoupis en juillet 2016.

Dans une lettre, restée sans suite, adressée au ministre de la Justice d’alors Thambwe Mwamba, la juge dénonce les pressions qu’elle a subies tant de la part de sa hiérarchie que de l’administrateur général de l’ANR, Kalev Mutond. Elle devait prononcer la condamnation de Katumbi assortie d’inéligibilité. Depuis juillet 2016, la juge Ramazani vit en exil.

Depuis la « rupture » entre « Joseph Kabila » et Moïse Katumbi suite à la parabole de « trois faux penaltys », fin décembre 2014, l’ancienne province du Katanga a vécu sous le régime d’état de siège de fait. On a assisté à une sorte de « dékatumbisation » des directions provinciales de grands corps de l’Etat. En septembre 2015, Kalev Mutond est descendu sur le terrain. Mission: purger l’administration provinciale des fonctionnaires étiquetés, à tort ou à raison, « G7 ».

Carbone Beni

En décembre 2017, Carbone Beni et quatre de ses camarades du mouvement citoyen « Filimbi » sont arrêtés. Leur crime? Ils faisaient du porte à porte pour sensibiliser les Kinois à prendre part à la manifestation du 31 décembre 2017. Après plusieurs mois de détention arbitraire à l’ANR et à Makala, ils seront condamnés à un an de prison dans le cadre d’une parodie de procès.

En mars 2019, « Kalev » a été relevé de ses fonctions au grand soulagement tant des opposants politiques que des organisations citoyens. L’ancien administrateur général de l’ANR dit marcher contre les arrestations arbitraires alors que cette Agence n’a fait que ça sous sa direction. « Si on était dans un pays sérieux, Kalev Mutond serait déjà devant la justice. Il devrait se cacher », commente un ancien banquier.

Sur son compte Twitter, l’activiste Carbone Beni n’a pas trouvé des mots assez durs pour traduire son indignation: « (…) c’est une insulte. Voir un type comme Kalev Mutond dans une marche contre les arrestations arbitraires, c’est comme voir Ben Laden dans une marche contre le terrorisme. Avant de marcher, vous devriez d’abord vous repentir! »

 

Baudouin Amba Wetshi

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