Gécamines: « Kabila » et Yuma liquident le patrimoine immobilier

A quelques six mois de la tenue (?) de l’élection présidentielle, le tout-puissant président du conseil d’administration (PCA) de la Gécamines, Albert Yuma Mulimbi, un des intouchables de l’oligarchie en place, a décidé de mettre en vente les villas, appartements et terrains appartenant à cette société d’Etat tant au pays qu’à l’étranger. La société belge « Unibra s.a » serait candidat acquéreur du très prestigieux immeuble situé sur le Boulevard du Souverain 30-32 à Bruxelles. Valeur marchande: +/- 6.000.000,00 €. Sur la photo, on voit « Joseph Kabila » lors de l’inauguration du « siège réhabilité » de la Gécamines à Lubumbashi. A ses côtés, il y a l’incontournable Yuma.

Depuis plusieurs semaines, une lettre circule en photocopie à Lubumbashi. Datée du 21 octobre 2015, cette correspondance émane du secrétaire général de l’Unibra s.a, Christophe Thibaut. Celui-ci écrit à la dame Kelly Lunda, directrice du département immobilier de la Gécamines.

On peut y lire que dans le cadre de ses « activités de développement immobilier » en Belgique, l’Unibra s.a souhaiterait acquérir l’imposant immeuble de la Gécamines situé aux numéros 30-32 Boulevard Souverain à 1070 Bruxelles. « Si vous êtes ouvert à cette proposition, souligne-t-il, puis-je vous demander une visite du bâtiment ainsi que les conditions financières liées à une potentielle transaction? »

Albert Yuma Mulimbi

Selon des sources bien informées, la directrice Kelly Lunda a été chargée par le PCA Albert Yuma Mulimbi d’inventorier tous les biens immobiliers de cette société d’Etat. Outre les terrains, appartements et maisons situés dans l’ex-Katanga, pas moins de dix immeubles ciblés se trouvent en Europe et en Afrique.

« L’ANARQUE »

Selon un document que l’auteur de ces lignes a pu parcourir, les biens immobiliers ci-après seraient concernés par cette opération:

  • Immeuble de bureaux sis 56, rue de Bassard, 75008 (Paris)
  • Immeuble de bureaux sis 5, rue Vernet, 75008 (Paris)
  • Villa sise Vossenstraat, 14 à 3078 Everberg (Kortenberg – Belgique)
  • Appartement sis rue Belle Vue – 1000 Bruxelles
  • Appartement sis avenue Général De Gaule, 42 à 1050 Bruxelles
  • Villa sise avenue de Foestraets, 6 à 1180 (Uccle – Belgique)
  • Immeuble sis Boulevard du Souverain 30-32, 1170 Bruxelles
  • 2 villas situées à Dar-es Salaam (Tanzanie) dont l’une est enregistrée sous le nom de l’ambassade du Congo-Kinshasa.

D’après les sources précitées, les bâtiments situés en Belgique étaient estimés, en 2015, à un montant total de 10 millions €; ceux qui se trouvent en France, 35 millions €.

A Lubumbashi, des agents crient à l’ « arnaque ». Au motif que  le tout-puissant PCA a agi « de manière unilatérale » et dans une « totale opacité ». « La décision d’aliéner ces biens immobiliers n’a guère été débattue au conseil d’administration de la société, commente un expert. La Gécamines étant une société d’Etat, une telle mesure devait faire l’objet d’une délibération en conseil des ministres… »

De l’avis de plusieurs agents joints au téléphone, l’idée de « brader » le patrimoine immobilier de la Gécamines remonte à plusieurs années. « Yuma semble profiter de l’ambiance de fin de règne qui prévaut au pays pour procéder à la liquidation de ce patrimoine à vil prix », estime l’un d’eux. Un autre d’enchaîner: « Cette opération de vente est tout à fait injustifiée. Les puissants du moment vont sans doute acheter ces immeubles à vil prix avant de les revendre chèrement… » On ne prête qu’aux riches, la fratrie « Kabila » est pointée du doigt.

LE « BRAS FINANCIER » DU « RAIS »

Ahmed Kalej Nkand

Depuis l’éviction du dernier Administrateur-délégué de la Gécamines en l’occurrence Ahmed Kalej Nkand, le poste est toujours vacant. Et ce depuis juillet 2014. Depuis bientôt quatre ans, le PCA Yuma Mulimbi porte également la casquette d’administrateur-délégué de fait. En clair, il est à la fois gestionnaire et contrôleur. L’homme est un parfait « cumulard ». Président du patronat congolais (FEC), il est également administrateur à la BCC (Banque centrale du Congo) et PDG de la société « Egal », spécialisée dans l’agro-alimentaire.

De l’avis général, le bilan de Yuma à la tête de la Gécamines est « désastreux ». Une phrase est revenue sans cesse comme un credo: « La Gécamines se porte très mal ». Que reproche-t-on à cet homme qui a mis l’Utexafrica en faillite?

Il est reproché à Yuma de « négliger la production » par la création de nouvelles usines. L’outil de production est devenu obsolète. Le personnel, lui, accuse 12 mois de salaires impayés. « La Gécamines n’a plus de fonds propres, elle vit des ressources financières que lui rétrocèdent ses partenaires qui sont venues avec la nouvelle technologie », conclut un de nos interlocuteurs.

Dans une interview accordée au magazine parisien « Jeune Afrique » le 22 novembre 2016, Augustin Matata Ponyo avait avoué implicitement qu’il y a des secteurs de l’économie nationale qui avaient échappé au contrôle de son gouvernement. « (…), si j’avais eu le contrôle de tous les secteurs, la Gécamines aurait dû m’obéir (…) », déclarait-il. Quid de ses successeurs Samy Badibanga et Bruno Tshibala?

L’ancien « Premier » Matata voulait-il dire que la Gécamines est « affranchie » de tout contrôle du fait de la « protection » que son PCA Albert Yuma Mulimbi jouit du fait qu’il serait le « bras financier » du « raïs »?

 

Baudouin Amba Wetshi