« Grand Katanga »: Ces politicards qui considèrent le Congo-Kin comme un bien personnel de « Kabila » et son clan

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Depuis que le président Felix Tshisekedi a dénoncé le « deal » Fcc-Cach, on assiste à des grincements de dents dans les milieux kabilistes. Une minorité de politiciens « katangais » – qui considère le Congo-Kinshasa comme le « bien personnel » de l’ex-président « Joseph Kabila » et ses acolytes -, a accueilli cette annonce comme « agression » contre les natifs du « Grand Katanga ». Dans un communiqué daté du 18 décembre 2020, rédigé manifestement sous la dictée de quelques « ultras » bien connus, cette frange de katangais estime que par cet acte, le chef de l’Etat « a renié sa légitimité ». Parmi les signataires, on trouve quelqu’un que l’on aurait aligné parmi les « sages ». Il s’agit de l’ancien ministre Célestin Mbuyu Kabango.

« Joseph Kabila » séjourne dans le « Grand Katanga » qu’il considère comme son « fief ». Après quelques jours passés à Kolwezi, dans la province de Lualaba – où trône le kabiliste pur et dur Richard Muyej Mangez -, l’ancien président de la République et « autorité morale » du Front commun pour le Congo (Fcc) est arrivé, vendredi 18 décembre, à Lubumbashi, le chef-lieu du Haut Katanga. Mécanicien-diesel de profession, l’ex-raïs a parcouru les 302 kilomètres qui séparent les deux villes au volant d’une Jeep Land cruiser.

Coïncidence ou pas, le même vendredi, un communiqué conjoint émanant de trois associations (Fondation katangaise, Espace katangais et Coordination de l’espace katangais) est diffusé sur les réseaux sociaux. Deux signatures seulement sont lisibles. Il s’agit de celles de Mashini Ngongo et de Célestin Mbuyu Kabango.

LE PRESIDENT FELIX TSHISEKEDI « A RENIÉ SA LÉGITIMITÉ »

Les trois associations donnent leur position après la « rupture » de la coalition Fcc-Cach « décidée de manière unilatérale par l’une des composantes ». Cette situation, estiment ces organisations, « a envenimé les relations entre les communautés, et risquent même de faire reculer notre pays de 50 ans ».

A gauche, l’ex-chef milicien Kyungu Mutanga « Gédéon » et son bras droit Thierry Mukelekele

Il importe d’ouvrir la parenthèse pour préciser que par « communautés », les signataires de ce texte sous-entendent les « katangais » et les « kasaïens » en général et les Luba-Kasaï en particulier. Des apprenti-sorciers de deux camps ne cessent d’attiser la haine entre les membres de ces deux groupes. Certains politicards natifs du « Grand Katanga » semblent considérer cette province comme un territoire jouissant d’un statut spécial. Les « autres Congolais » devraient à la limite solliciter un « visa » pour s’y rendre. Et pourtant, tout citoyen congolais est légitimement chez lui dans les 26 provinces que compte le Congo. L’ex-Katanga ne peut constituer une exception. Les autorités politico-administratives ont du travail. Fermons la parenthèse.

Revenons au communiqué. Les trois associations se disent « très choquées » par « cette confusion entretenue par certains politiciens ennemis des acquis de l’alternance politique et démocratique en RDC (…)« . Pour elles, en rompant la coalition Fcc-Cach, le président Felix Tshisekedi « a renié sa légitimité ». Question: quel est le mécanisme habilité à constater ce reniement?

MUKELEKELE EN PLEIN DELIRE

Le 8 décembre dernier, un enregistrement audio a circulé sur les réseaux sociaux. Le locuteur n’est autre que Thierry Mukelekele, le porte-parole du « parti » MIRA (Mouvement international des révolutionnaires africains) de l’ex-chef milicien Kyungu Mutanga, alias « Gédéon ». Dans une sorte de délire, Mukelekele prétend que des personnalités katangaises étiquetées Fcc seraient menacées. Par qui? Pourquoi? Silence radio. L’homme cite trois noms: Felix Kabange Numbi, Daniel Mulunda Ngoy et India Omari.

Pour sieur Mukelekele, « Il y a quelque chose qui est déjà préparée à partir de Kinshasa ». Et que des « consignes » auraient été données pour que les services de sécurité ne répondent pas aux appels de détresse des victimes éventuelles. Il demande aux personnes menacées de prendre « des mesures d’autodéfense ». Et de conclure: « A l’allure où vont les choses, il [le président Felix Tshisekedi] va perdre le Katanga. Personne n’est d’accord avec le comportement des kasaïens principalement ceux qui se font passer pour des militants de l’UDPS ».

Pour des observateurs tant à Kolwezi qu’à Lubumbashi, le climat délétère qui prévaut dans le « Grand Katanga » mérite une attention particulière des plus hautes autorités. Pour eux, les déclarations de Mukelekele suggèrent que l’ex-chef milicien « Gédéon » est en passe de « reprendre du service ». John Numbi Banza ne serait pas loin. Il semble bien qu’il aurait la haute main sur les « Bakata Katanga ».

Le cercueil de Laurent-Désiré Kabila est porté par des officiers congolais le 21 janvier 2001 à son arrivée à l’aéroport N’djili de Kinshasa. Joseph Kabila (ici en noir), nommé successeur de Kabila, suit le cercueil de son père  (Photo credit should read DESIREY MINKOH/AFP/Getty Images)

Le 16 janvier 2001, le président Laurent-Désiré Kabila est tué dans des circonstances non-élucidées à ce jour. Le défunt président avait une double appartenance tribale: Luba du Katanga et Rund ou lunda. Décidé à garder le pouvoir suprême dans le giron de « l’espace Katanga », une poignée de personnalités natives de l’ex-Shaba ont monté un scénario attribuant au successeur de Mzee, en l’occurrence « Joseph Kabila », une citoyenneté congolaise et une souche katangaise. Alors que l’homme est né en Tanzanie où il a grandi et fait le service militaire. Il n’a, aucune attache avec le Congo-Zaïre.

« LE MZEE KABILA TRAHI PAR LES SIENS »

Procureur général de la République au moment de la disparition de LD Kabila, le katangais Luhonge Kabinda Ngoy était le « maître de cérémonie » lors de l’investiture de « Joseph Kabila » devant la Cour suprême de justice. Un certain Benoît Lwamba Bindu faisait partie des présidents de la Cour suprême de justice. Natifs du Katanga, Luhonge et Lwamba ont inscrit, noir sur blanc, dans le procès-verbal que « Joseph Kabila » est « Congolais d’origine, de père et de mère et qu’il n’y avait aucune cause d’empêchement » pour qu’il accède à la magistrature suprême. (Voir C. Kabuya-Lumuna Sando, 2002, Histoire du Congo, Les Quatre premiers Présidents, éditions Secco & Cedi, p.241). En réalité, les deux compères n’avaient fait faire aucune enquête de moralité sur l’impétrant.

Dans son allocution d’investiture prononcée le 26 janvier 2001, le nouveau président avait pris l’engagement de faire toute la lumière sur les circonstances exactes de l’assassinat de son illustre prédécesseur. Dix-huit années après, la promesse n’a pas été tenue. Aucun Katangais n’osa lever le petit doigt pour demander des comptes à « Kabila ». Ce dernier est devenu une « mine d’or » (dixit Nday Ngoy Matembo, président l’association culturelle Buluba-i-Bukata en 2013) pour les katangais en général et les Lubakat en particulier. Le Mzee a été trahi par les siens.

En juin 2006, soit un mois avant le premier tour de l’élection présidentielle, le Grand Chef Lubakat Kasongo Nyembo a enfoncé le clou en décrétant urbi et orbi que « Joseph Kabila était un Mulubakat à 100% ». Il sortait d’une audience chez le vice-président de la République Abdoulaye Yerodia Ndombasi.

On le voit, la situation quasi-insurrectionnelle qui prévaut au « Grand Katanga » appelle une attention particulière des autorités. Dans leur quête du pouvoir pour le pouvoir, certains politicards de cette Région sont prêts à contribuer à la déstabilisation du pays pour préserver les intérêts de « Kabila » et les leurs. Les Congolais ont encore frais en mémoire ces propos inqualifiables tenus le 10 septembre dernier par l’ex-ministre de la Santé Felix Kabange Numbi: « Chacun a un chez soi. Ici dans l’espace Katanga, c’est chez Joseph Kabila. (…)« . Plus flagorneur, tu meurs!

 

Baudouin Amba Wetshi

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