Henri-Paul Vungbo: « La mort de M. Honoré Ngbanda serait due à un sabotage médical »

Petit-neveu de feu Honoré Ngbanda Nzambo ko Atumba, Henri-Paul Vungbo est un ancien étudiant à l’Université de Lubumbashi. Il a vécu, en première ligne, les journées de 9, 10, 11 et 12 mai avec pour point culminant la fameuse affaire dite du « massacre des étudiants ». Il évoque les circonstances du décès de l’ancien conseiller spécial en matière de Sécurité du président Mobutu Sese Seko avant de redire sa part de vérité sur « l’affaire Lubumbashi ». Interview.

Comment allez-vous après la triste nouvelle de la mort de Monsieur Honoré Ngbanda?

La mort de Monsieur Ngbanda Nzambo ko Atumba, le Baobab – pas seulement de l’Equateur ou de l’Ubangi – est une grande perte pour notre pays.

Quelle image gardez-vous de lui?

Je garde de lui l’image d’un homme très serviable. Un homme doté d’un franc-parler.

Que répondez-vous à ceux qui disent que Ngbanda s’était érigé en « donneur de leçon » après avoir sévi sous le régime Mobutu, ce qui lui a valu, dit-on, le surnom de « Terminator »?

Honoré Ngbanda avait évolué dans un système. Par système, il faut entendre des éléments isolés mis ensemble. Qui n’a pas été dans le « système » de la IIème République? Papa Etienne Tshisekedi était dans le même système. « Terminator » était le sobriquet qu’on avait donné à M. Ngbanda au niveau des « services ». De son vivant, il a toujours mis au défi quiconque de prouver qu’il avait ôté la vie à quelqu’un.

Quelles sont les circonstances exactes de son décès?

Il est, pour le moment, prématuré. Honoré Ngbanda est mort au Maroc. Je suis de la famille. Je suis son petit-neveu. La cause du décès reste encore « floue ». Certains parlent de Covid-19. D’autres allèguent le cancer de la prostate. Si M. Ngbanda était malade, nous, les proches, devrions, le savoir. Il y a un mystère autour de sa mort.

Selon une thèse en circulation, il avait subi une intervention chirurgicale. Suite à des complications, son état exigeait une seconde opération qui lui aurait fatale…

Je ne peux ni confirmer ni infirmer cette thèse. Une chose est sûre: Honoré Ngbanda était hospitalisé. La nouvelle de son décès a été connue à Kinshasa avant que vous et moi ne soyons informés.

A qui faites-vous allusion en parlant de « Kinshasa »?

J’entends parler de la Présidence de la République qui a été informée via le Rwanda. Nous détenons des informations sûres et certaines. Je tiens à vous dire que la résidence de Ngbanda au Maroc a été « visitée » par des inconnus. Ces « visiteurs » étaient à la recherche des documents ou des vidéos.

A vous entendre parler, vous semblez privilégier toutes les hypothèses. Devrait-on parler d’assassinat?

A ce stade, on suspecte un « sabotage médical ».

Vous avez été étudiant à l’université de Lubumbashi notamment lors du fameux « massacre des étudiants ». Avez-vous connu un étudiant du nom de Bazin Pembe?

Le nom de Bazin Pembe ne me dit rien du tout. A Lubumbashi, nous nous connaissions entre eux.

Invité à l’émission « Canal presse », lundi 21 mars, Bazin Pembe a déclaré que c’est Honoré Ngbanda qui avait organisé l’attaque de l’Université de Lubumbashi. Il cite un communiqué d’Amnesty International. Qu’en dites-vous?

Cet événement a eu lieu dans la nuit du 11 au 12 mai 1990. Pourquoi Pembe a attendu trente ans pour en parler?

Avez-vous déjà entendu parler de cette thèse?

Je n’ai jamais entendu cette version. Je vous avais dit dans une précédente interview qu’à l’origine, il y avait un affrontement entre étudiants. Il y a des acteurs ou témoins qui sont encore en vie. D’autres sont morts. C’est le cas notamment de l’ancien gouverneur Koya Gialo et du colonel Lokiyo Lianza. Parmi les vivants, je peux citer le colonel Roger Lokombe. Je peux citer également Lili Mavinga. Sans omettre le général Losa. Je suis formel: il n’y a pas eu de massacre à Lubumbashi. La journaliste Colette Braeckman a raconté des mensonges. J’ai déjà eu l’occasion de la contredire. A Lubumbashi, il y a eu un seul mort: l’étudiant Ilumbe wa Ilumbe. Il est mort de ses blessures. D’autres personnes encore peuvent témoigner. C’est le cas de Mova Sakanyi qui était professeur assistant. Il en est de même du professeur Labana Lassay Labar et de son épouse, née Mbikayi Marie Claire. Cette dernière travaille aujourd’hui à la DGM. Pour votre information, Bizima Karaha était étudiant en 1er candidature en médecine vétérinaire. Je l’ai connu en tant qu’étudiant rwandais.

La journaliste Colette Braeckman parle pourtant de 347 étudiants tués par un commando…

Je persiste et signe: il n’y a eu qu’un mort. C’est toujours un mort de trop. Il reste qu’on a déploré un seul cas de décès.

Trois décennies après « Lubumbashi », il y a des compatriotes qui croient mordicus qu’il y a eu un « massacre » d’étudiants dans la nuit du 11 au 12 mai 1990. Que faire pour « dépolluer » les esprits?

Je crois qu’un débat public sur la question est nécessaire.

Un débat à Kinshasa?

A Kinshasa ou ici en Belgique. C’est dommage qu’on parle des journées de 11 et 12 mai en éludant ce qui s’est passé le 9 et le 10 mai.

Que s’est-il passé le 9 et 10 mai?

Il y avait une chasse aux étudiants dits « forestiers ». A savoir, les natifs de l’Equateur, de la Province Orientale et de la province du Bas-Zaïre. Les originaires du Katanga, eux, étaient neutres. Au cours des journées du 9 et 10 mai, trois étudiants originaires de l’Equateur furent molestés avant de subir une sorte d’autodafé. Il s’agit de: Yokoto, Nzongia, Mange. Pour votre information, Nzongia mourra plus tard suite aux mauvais traitements subis. Que dire de Rose Baramoto qui fut violemment agressée? Pourquoi, laisse-t-on sous silence son cas?

Que pensez-vous de Lambert Mende qui avait déclaré au lendemain de la mort de l’ex-gouverneur Koya Gialo {ancien gouverneur du Shaba-Katanga au moment des faits, Ndlr} que « le massacre de Lubumbashi fut un montage des ONG »?

Lambert Mende connait bien l’histoire de ce « massacre ». Mende avait dit la vérité. A savoir que la « communauté internationale » ne voulait plus du président Mobutu Sese Seko.

Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi

14 Commentaires on “Henri-Paul Vungbo: « La mort de M. Honoré Ngbanda serait due à un sabotage médical »

  1. Tout finit par se savoir. Faire taire Honoré NGBANDA c’est là une grave erreur que vient de commettre le Tutsi Power et leurs esclaves à Kinshasa. On ne peut tuer un héros, un visionnaire. Essayer d’éteindre un incendie par un temps venteux c’est aggraver la situation. On assiste à présent à un surgissement des NGBANDA partout.

  2. Monsieur Vungbo,
    Vous n’étiez pas au Maroc. Donc, vous ne savez rien. Par respect pour l’âme de votre oncle, vous devriez vous taire, en entendant que sa femme ou ses enfants se prononcent. Si tel est leur besoin.
    M. Ngbanda était très lié avec tous les cadres des services de renseignement du Maroc. Il était respecté par la maison royale.
    Pour sa Majesté Le Roi MVI, Mobutu, Bongo étaient des  » pères  ». Sa Majesté connaissait aussi très bien M. Ngbanda. S’il y a eu un  » sabotage médical  » comme vous semblez le penser, sa famille sait à qui s’adresser pour faire la lumière et punir les responsables.
    Laissez ceux qui fêtent la mort de Ngbanda fêter. Ne leur donnez pas de l’importance en spéculant. Tôt ou tard, la vérité se saura.
    Paix à son âme !
    Je ne suis pas de la famille.
    Je ne suis pas membre ou sympathisant de l’APARECO.
    Awa naye awa, na fingi moto ?
    Naza na haine ?

    1. @ Jo Bongos,
      « Vous n’étiez pas au Maroc. Donc, vous ne savez rien. » Tiens, tiens…ce raccourci me surprend un peu. En effet, quel intérêt aurait BAW à faire parler un invité qui ne sait « rien » sur le sujet qui l’intéressait? S’il est de la famille, il doit nécessairement détenir plus d’informations que nous du dehors. Je pense même que s’il avait été mandaté au préalable par la famille, on aurait eu droit à plus de détails…

    2. Je pense que il y a des façons de s´exprimer même auprès d´un neveu. Dire à une personne qui vient de perdre son Oncle :  » Vous devriez vous taire…! », est mal venue. Mon père qui, sous MOBUTU, a eu à travailler aussi avec papa NGANDA, a été le pilier de notre famille. Étant l´aîné et celui qui avait le mieux réussi dans sa famille, il a élevé ses neveux , nièces, etc. Comme ses propres enfants. Donc, ses neveux et nièces qui sont mes cousins et cousines, considéraient mon père comme leur propre père. Donc, vous ne savez pas quelle affinité, mr VUNGBO, qui est le cousin du père de mes enfants, à eu avec son Oncle, papa NGANDA! Donc, je pense que vous et moi sommes mal placés pour nous permettre ce type de commentaire.
      Awa na ye, na fingi muntu?
      Na za na haine?

  3. LES CONGOLAIS ONT LA MEMOIRE COURTE IL Y A EN A QUI ONT BU DU CHAMPAGNE A LA MORT DU VIEUX TSHITSHI LA MORT N EPARGNE PERSONNE .NOUS AVIONS LU DES TONNES ET DE TONNES AVEC APARECO A CE SUJET ON NE JUGE PAS UN MORT IL N ETAIT PAS NON PLUS UN ENFANT DE COEUR AVEC SES VERITES ET BCP DE MENSONGES AYANT DEUNIS LES CONGOLAIS.
    NE CHERCHEZ PAS SON DECES CHEZ FATSHI OU UDPS NON PLUS.
    IL SERAIT RENTRE AU PAYS IL NE SERAIT PAS INQUIETE BARAMOTO Y VIT TRANQULLEMENT . NOUS FUYONS CE QUE NOUS AVONS FAIT AUX AUTRES DES FOIS.

  4. Mr Henri-Paul VUNGBO : il existait aussi n’est-ce pas des taquineries sous le vocable « LITITI MBOKA »;-)? En fin de compte, des anciens de Cassapard s’accordent sur le fait que l’affaire « Massacre de l’UniLu » était UNE TEMPÊTE DANS UN VERRE D’EAU. L’intention aurait été de déstabiliser le Maréchal(en froid avec les belges vers 1989).

  5. Le complotisme est une maladie universelle. Elle ne se soigne pas, il faut faire attention, le drame est vite arrivé.

  6. Etienne Tshisekedi, hospitalisé, est mort dans des conditions similaires, assez floues et en l’abscence des siens en termes de garde-malade. Honoré Ngbanda pareil. Que se passe-t-il avec nos vieux? Leurs proches sont-ils aussi irresponsables au point de laisser ces viellards lourdement chargés de secrets politiques du pays tout seuls dans dans la chambre d’hôpital, à l’étranger de surcroît? Ces 2 cas me laissent très suspicieux. Je me demande entre autres si on n’était pas confronté à un même commanditaire, si crime il y a, à cause de la similitude des circonstances….

  7. @ Jo Bongos,
    Pour une fois, vous avez laissé de coté l’humour pour être vrai et vous exprimer en vrai comme disent les ivoiriens. Je suis totalement d’accord avec vous.
    Mon opinion : notre kulutu Amba n’aurait pas dû publier en ce moment cette interview. Le bon sens et le respect dû aux morts obligent !
    Déjà, le patronyme « VUNGBO« pendant le règne de MOBUTU rappelle beaucoup de choses. Tous les Zairo-Congolais ne sont pas amnésiques. Tous ceux qui ont vécu a Kinshasa entre 1990 jusqu’ l’avènement du congloméra AFDL peuvent se rappeler de ce qui s’était passé. Et qui avait fait quoi.
    Enterrons d’abord notre compatriote. Si vous voulez nous y reviendrons.

  8. @ Monsieur Vungbo,
     » Vous devriez vous taire  »…Cette formule a pu heurter quelques uns. Je le reconnais et je vous prie de m’en excuser.
    Nous sommes nombreux à être dans une grande incompréhension, une grande tristesse, une grande colère mais cela ne permet pas tout. Une autre formule était possible. Je le reconnais et en reste navré.

Comments are closed.