Kalemie: Une « principauté » pour la fratrie « Kabila »?

A coup de milliers de dollars « glissés » aux députés provinciaux, l’ex-président « Joseph Kabila » a fait élire, en avril 2019, son jeune frère « Zoé » au poste de gouverneur de la province de Tanganyika. Vote au suffrage indirect, chaque « grand électeur » était muni, à cette occasion, d’un stylo-camera pour filmer le bulletin de vote glissé dans l’urne. Prenant ses fonctions, le nouveau chef de l’exécutif provincial avait provoqué la stupeur par son incapacité à lire le discours inaugural rédigé en français. Comment avait-il pu convaincre les « électeurs »? Derrière ce « plébiscite » pourrait se cacher un projet aux conséquences imprévisibles tant pour l’intégrité du territoire que la sécurité nationale. En avril 2016, des chars notamment amphibies furent transférés dans l’ex-province du Katanga. Que sont-ils devenus? Au cours de la même période, « Joseph Kabila » a commencé à investir dans les infrastructures à Kalemie. En ce mois de septembre 2020, il est question de l’érection de « la nouvelle ville de Kalemie ». Problème: d’où proviendra le financement? Blanchiment?

Mercredi 9 septembre, le « plan directeur » de la « nouvelle ville de Kalemie » réalisé par les sociétés « Newton Company » et « Open Architecte » a été présenté au gouverneur  du Tanganyika, Zoé « Kabila ». Celui-ci était entouré notamment des membres du gouvernement provincial.

Le Premier ministre Ilunga Ilunkamba

Dans une brève allocution, le ministre local en charge des Infrastructures et urbanisme, Fidèle Kitenge cha Mugeya, a indiqué que l’ex-président « Joseph Kabila » est l’initiateur de ce plan. Et que « Zoé » l’a « matérialisé ».

Cette nouvelle cité aura une superficie de 6.000 hectares, autrement dit 60 km². Elle va s’étirer de l’aéroport de Kahinda à la plaine de la Rungumba, au Nord de « l’ancienne ville » de Kalemie. Un hôtel du gouvernement provincial, un hôpital moderne, des complexes scolaires, des réseaux routiers vont être construits. Sans omettre un quartier résidentiel. Questions: combien ça coûte? D’où proviendra le financement étant donné qu’au stade actuel, cette province née du démembrement de l’ex-Katanga ne produit quasi-rien?

Lors du séjour du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba à Kalemie, fin décembre 2019 et début janvier 2020, des activistes de la société civile du Tanganyika avaient appelé l’attention du chef du gouvernement sur une vague de spoliation des terres des agriculteurs dans les localités de Lukwangulo et de la plaine de Rungumba.

EXPROPRIATIONS ET SPOLIATIONS

En date du 20 décembre 2019, des chefs coutumiers locaux avaient adressé un mémorandum au Président de la République pour signaler des arrestations arbitraires et des expropriations. On imagine que les adeptes du juridisme pourraient ergoter qu’on peut exproprier pour cause d’utilité publique. Sans doute. Sauf que dans le cas sous examen, on cherche en vain tant les pouvoirs publics que le bien commun. Il s’agit d’un projet conçu par un privé sur le domaine public de cette province. Et si le mutisme qui entoure le coût du projet et l’origine du financement cachait, en réalité, une opération mafieuse?

Le gouverneur Ngoie Kitangala

Ce n’est pas la première fois qu’on entende parler d’un projet « pharaonique » dans la province du Tanganyika. Le 26 septembre 2018, Richard Ngoie Kitangala, alors gouverneur, avait créé un pseudo-événement en rendant public un « plan de développement » sur quatre ans (2019-2024). Coût: 3 milliards de dollars. Quid de l’origine du financement? « Le projet sera financé par le peuple du Tanganyika », grommelait un Ngoie Kitangala qui dissimulait mal un embarras certain.

Bordée par le lac Tanganyika, la ville de Kalemie est quasiment en face de la ville tanzanienne de Kigoma. Les deux agglomérations ne sont séparées que par le lac. La Tanzanie est le pays qui a vu naître « Joseph » et sa fratrie. L’ex-chef de l’Etat et sa sœur Jaynet ont, d’ailleurs, effectué le service militaire au pays du Mwalimu Julius Nyerere. Preuve s’il en était besoin qu’ils ont été, à un moment de leur parcours, titulaires de la nationalité tanzanienne.

Qu’est ce qui fait courir la fratrie « Kabila » à Kalemie? Selon diverses sources, des experts auraient « reniflé » l’odeur de l’or noir dans le lac Tanganyika. D’autres font état de ressources insoupçonnées dans le sous-sol. C’est le cas du lithium.

BLANCHIMENT À GOGO

En avril 2016, « Kabila », dont le second mandat devait expirer le 19 décembre de cette année, a fait transférer plusieurs chars et de matériels militaires du port d’Ilebo à la province du Tanganyika. Qu’en est-il advenu de cet arsenal? Quid des troupes qui l’escortaient?

Le bateau « Amani » , propriété de « Joseph Kabila »

Au cours de cette même année, le successeur de Mzee a commencé à investir dans les infrastructures. Des dépenses non-prévues dans les différents budgets de l’Etat. A titre illustratif, la piste d’atterrissage de l’aéroport de Kalemie est passée de 1.700 à 2.500 mètres. Une société française a été chargée de baliser cette dernière pour les vols nocturnes. Vous avez bien entendu. Un bateau de 3.500 tonnes a été construit pour relier Kalemie notamment avec la ville tanzanienne de Kigoma. D’où provient l’argent? Mystère! Du blanchiment à gogo.µ

 

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En avril 2020, une vidéo a fait sensation sur les réseaux sociaux. On y voit le gouverneur Zoé « Kabila » parader au milieu de plusieurs centaines d’ex-combattants du mouvement rebelle pro-rwandais du M23. Ceux-ci étaient, semble-t-il, en « recyclage » à la Base militaire de Kamina. Un repas gargantuesque clôturé cette « démonstration de force ».

Pour mémoire, Laurent-Désiré Kabila, alors chef rebelle dans le maquis de Fizi-Baraka au Sud-Kivu, venait opérer à Moba dans l’actuelle province du Tanganyika. Une jonction est donc possible.  « Joseph Kabila » et sa famille biologique envisagent-ils de battre le rappel des bandes armées qui opèrent dans les deux Kivu pour transformer Kalemie en une « citadelle » voire une « principauté » familiale? Affaire à suivre.

 

B.A.W.