Des organisations citoyennes imperturbables: « Vincent Karega doit partir! »

Une nouvelle manifestation en faveur du départ de l’ambassadeur Vincent Karega du Rwanda est prévue le vendredi 18 septembre prochain à Kinshasa. Un premier rassemblement devant la représentation diplomatique rwandaise a été dispersé sans ménagement par des éléments de la police nationale. C’était le vendredi 4 septembre. Les mouvements citoyens parmi lesquels Lucha, Filimbi, Les Congolais Debout, Eccha RDC persistent et signent.

Marie Tumba Nzeza, ministre des Affaires étrangères

On apprenait dimanche 13 septembre que le mini-sommet qui devait réunir, à Goma, au Nord Kivu, les chefs d’Etat de l’Angola, du Burundi, du Congo-Kinshasa, de l’Ouganda et du Rwanda  a été « reporté sine die ». L’annonce a été faite le même jour par la ministre congolaise des Affaires étrangères Marie Tumba Nzeza, citée par Radio France Internationale.

Des observateurs espéraient que cette rencontre de haut niveau allait être l’occasion pour le chef de l’Etat congolais de « suggérer » à son homogue rwandais de rappeler son ambassadeur qui a pris ses fonctions en juillet dernier.

Les mêmes observateurs se disent surpris par le report de cette réunion. Il importe d’ouvrir la parenthèse pour relever qu’au-delà des justifications officielles sereines – à savoir notamment que certains dirigeants étaient occupés à préparer leur participation à l’Assemblée générale des Nations Unies dont les travaux débutent mardi 15 septembre -, le successeur de Pierre Nkurunziza se méfierait de son homologue congolais qu’il considère comme un allié du Rwanda de Paul Kagame, l’ennemi du Burundi.

A en croire des sources congolaises à Gitega, la ville de Goma serait perçue, à tort ou à raison, comme un « nid d’espions ». Des espions qui seraient au service du maître de Kigali. Un avis qui serait partagé par l’Ougandais Yoweri Kaguta Museveni, l’ex-mentor de Kagame. Les mêmes sources congolaises estiment que le Congo-Kinshasa aurait dû associer la Tanzanie à ce sommet. Ce dernier pays serait le « parrain » du régime burundais.

Au total, il est reproché aux autorités diplomatiques congolaises d’avoir minimisé la « méfiance cordiale » existant d’une part entre Kigali et Gitega (Bujumbura) et d’autre part entre Kampala et Kigali. De même, les rapports congolo-burundais sont loin d’être au beau fixe. Aussi, les contacts préliminaires devraient-ils commencer au niveau ministériel. Fermons la parenthèse.

MOUVEMENTS CITOYENS MOBILISÉS

En attendant que la diplomatie congolaise « règle » le cas Karega, les mouvements citoyens restent « mobilisés ». Dans un communiqué daté du 11 septembre 2020, ils persistent et signent: « Vincent Karega, ambassadeur du Rwanda doit quitter la RDC ». Et ce en protestation des propos « négationnistes » et « révisionnistes » tenus par le diplomate sur les atrocités imputées aux troupes rwandaises notamment dans les provinces du Kivu.

 

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Il est, par ailleurs, reproché à Karega une « arrogance déconcertante ». Après la manifestation du 4 septembre, indique ce communiqué, l’homme s’est répandu dans les médias sur un ton « méprisant » tant vis-à-vis de la société congolaise que du docteur Denis Mukwege. Prix Nobel de la Paix, celui-ci ne cesse d’appeler la mise sur pied d’un tribunal international pour se pencher sur le « Rapport Mapping » rédigé par des experts onusiens.

Pour les organisateurs de la manifestation annoncée, il n’est pas question de baisser la garde. « Nous restons déterminés et mobilisés jusqu’au départ de l’ambassadeur Karega, indique le communiqué. Il y va de notre dignité en tant que peuple mais également pour honorer les millions de morts massacrés par l’armée rwandaise et ses complices congolais ». Le texte indique que les mouvements citoyens sont opposés à la venue du chef d’Etat rwandais au mini-sommet (finalement) avorté de Goma.

LE CAS KAREGA MET KINSHASA DANS L’EMBARRAS

Le président Felix Tshisekedi recevant l’ambassadeur Vincent Karega le 25 août 2020.

Le « cas Karega » constitue un « casse-tête » pour une diplomatie congolaise qui se cherche. Une diplomatie qui ne dispose plus de représentations diplomatiques dignes de ce nom pour « observer » et « informer » l’Administration centrale du département. En cause, l’impécuniosité dont souffrent les diplomates congolais. Ici et là, les fonctionnaires sont délogés suite au non-paiement de loyer. Des agents diplomatiques vivent un véritable calvaire aux quatre coins du monde. A ce jour, le Congo-Kinshasa « entretient » 61 missions diplomatiques disséminées dans quatre continents. Pour promouvoir quels intérêts? Avec quels moyens humains et matériels?

Revenons à l’ambassadeur Vincent Karega. Né à Walungu, au Sud-Kivu, ancien étudiant à l’université de Lubumbashi avant de rejoindre le nouveau régime installé à Kigali par le FPR (Front patriotique rwandais) en 1995, Karega semble ne pas avoir cette « connaissance intime » du pays d’accueil que l’on conseille aux diplomates. A preuve, au lieu d’éteindre le feu, il s’est évertué à souffler sur les braises. Une attitude qui met les dirigeants congolais dans un embarras certain. Le président Felix Tshisekedi, en tête.

Ce diplomate s’est trompé d’époque. Il pourrait apprendre à ses dépens que le Congo-Kinshasa d’aujourd’hui n’est plus celui de l’époque où les questions touchant Rwanda de Paul Kagame étaient estampillées « Sujet tabou ». Il pourrait également apprendre à ses dépens que contrairement au Rwanda où la société civile et la presse sont « caporalisées », il existe dans l’ex-Zaïre une société civile dynamique et une presse libre. Bref, une opinion publique. Celle-ci le considère comme « indésirable » et exige son départ.

S’il est vrai que les ambassadeurs ne sont pas accrédités auprès de la « population », il n’en demeure pas moins vrai que la situation du diplomate rwandais pourrait devenir intenable avec « l’isolément » qui pointe à l’horizon…

 

Baudouin Amba Wetshi