Moïse Katumbi: « J’aime beaucoup relever les défis… »

Le bras de fer Katumbi-« Kabila » continue à tenir en haleine l’opinion tant congolaise qu’internationale. Mardi 21 août, l’ancien gouverneur du Katanga est sorti de son silence après sa tentative d’entrer au pays pour se faire enrôler et déposer son dossier de candidature à l’élection présidentielle prévue le 23 décembre. Il a animé un point de presse restreint aux médias citoyens de la diaspora congolaise de Belgique. Les bureaux bruxellois de la coalition politique « Ensemble pour le changement » ont servi de cadre. C’était pour lui l’occasion de commenter l’évolution du processus électoral et de donner de plus amples détails sur son voyage. Dans un mot introductif, Olivier Kamitatu Etsu, directeur de cabinet et porte-parole de Moïse Katumbi Chapwe a précisé qu’il est désormais clair que « toutes les actions » menées contre celui-ci « relevaient de la mascarade judiciaire ». Selon lui, le remplacement du passeport semi-biométrique par le « biométrique » avait pour but d’empêcher Katumbi de poursuivre « son intense campagne diplomatique pour le respect de la Constitution, de l’Accord de la Saint Sylvestre et de la tenue des élections crédibles ». Pour « Olivier », face à une série de déconvenues, « Joseph Kabila » a fini par recourir aux « voies de fait ». Objectif: empêcher l’ancien gouverneur du Katanga d’aller déposer sa candidature. Ambiance!

« LE TROISIÈME FAUX PENALTY »

Mardi 21 août, « Moïse », comme l’appellent ses proches et sympathisants, n’était pas comme à son habitude tiré à quatre épingles. Il s’est présenté vêtu d’un polo de couleur blanche et d’un veston.

Avant de répondre aux questions des représentants des médias congolais, il a évoqué les incendies qui ont ravagé plusieurs dizaines de maisons à Bukavu. « Au lieu de s’occuper des problèmes qui touchent au bien-être de la population, le pouvoir en place préfère s’occuper de Moïse Katumbi », lance-t-il. Et d’annoncer, dans la foulée, qu’une délégation du regroupement politique « Ensemble pour le changement » sera dépêchée au chef-lieu du Sud-Kivu pour assister « nos frères ».

Comment va-t-il après son voyage mouvementé à Kasumbalesa? « Je vais très bien ». Il ajoute aussitôt: « Je suis en forme. J’aime beaucoup relever les défis ». Taquin, Katumbi d’estimer que « c’est le Front pour le Congo (FCC) et Monsieur Kabila qui doivent passer des moments difficiles ». Et ce pour n’avoir pas pu « marquer le troisième faux penalty ». Optimiste, l’ancien gouverneur dit haut et fort son espoir de rentrer au pays afin de postuler. « Il nous reste encore les mois de septembre, octobre et novembre », fait-il remarquer.

De retour d’un long « séjour médical » en Europe, Katumbi, alors gouverneur du « Grand Katanga » est arrivé le 23 décembre 2014 à Lubumbashi. Il reçut un accueil digne d’une « star ». Devant une foule immense venue l’écouter à la Place de la poste, il lance sa célèbre métaphore du « troisième faux pénalty inacceptable ». Chacun est allé de son interprétation. « Joseph Kabila » – qui par personnes interposées ne faisait plus mystère de son ambition de briguer un troisième mandat – se trouvait en villégiature dans ses fermes de Kashamata et de Kundelungu. Les propos du « Gouv' » seront interprétés comme un « affront personnel » au « raïs ». C’est la « guerre »! En septembre 2015, « Moïse » démissionne de son poste de gouverneur avant de prendre le chemin de l’exil en juin 2016 dans les conditions que l’on sait.

« PROCÈS POLITIQUES »

Tout au long de ce point de presse, l’orateur va répéter à plusieurs reprises sa « grande joie » de voir que « Joseph Kabila » a choisi son « dauphin ».

Que pense-t-il de l’interview accordée à Radio France Internationale mardi 21 août par le président du sénat Léon Kengo wa Dondo? Dans cet entretien, ce dernier a exhorté implicitement Katumbi de solliciter une « amnistie » auprès du Président de la République.

Après avoir reconnu la pertinence de certains propos tenus par le Président de la Chambre haute du Parlement à savoir notamment l’inclusivité qui doit caractériser les consultations politiques à venir, l’ancien gouverneur lance: « Je n’ai pas besoin d’être amnistié ». Pour lui, la raison est simple: « Je n’ai rien fait ». Il invite aussitôt « Monsieur Kabila » à abandonner les « procès politiques » ouverts contre lui.

Pour Katumbi, le plus important maintenant est de faire en sorte que les élections soient libres, transparentes et inclusives. Il n’a pas omis la sacro-sainte « unité de l’opposition ». Il remercie, au passage, « ses frères » de l’opposition (Félix Tshisekedi, Martin Fayulu, Jean-Pierre Bemba, Vital Kamerhe et Freddy Matungulu) pour leur soutien.

Pour lui, les forces de l’opposition ne doivent pas retomber dans les erreurs commises lors de la présidentielle de 2011 en se présentant en ordre dispersé. « Il n’y a qu’un seul poste de Président de la République. Nous allons nous réunir pour évoquer la question relative au candidat commun de l’opposition », souligne-t-il. « Si on choisit quelqu’un d’autres que ce soit Jean-Pierre Bemba, Felix Tshisekedi, Martin Fayulu ou Vital Kamerhe, nous allons l’accompagner ». Et de marteler: « Le plus important pour les forces de l’opposition est d’avoir un seul candidat ».

DES VIES HUMAINES BROYÉES

Olivier Kamitatu et Moïse Katumbi

Katumbi Chapwe s’est montré intransigeant en ce qui concerne la « machine à voter »: « Nous ne pouvons en aucun cas accepter cette machine à voter ». De même, il exige l’audit du fichier électoral de la Commission électorale nationale indépendante afin d’élaguer les 10 millions d’enrôlés sans empreintes digitales.

Qu’en est-il du mandat d’arrêt international émis à son encontre? Pour lui, cette annonce relève de la « pure distraction ». A l’appui de cette thèse, il lance: « S’il y avait un mandat d’arrêt international, je ne pourrais pas être avec vous ». Et de s’étonner avec une pointe d’ironie de voir l’Etat congolais délivrer un mandat contre un « citoyen italien ».

Il a, par ailleurs, abordé la question relative à la fameuse liste des personnes détenant une nationalité étrangère. Après avoir noté que la mention « Italien » est reprise à côté de son nom sur ladite liste, l’ancien gouverneur n’a pas caché sa stupéfaction de n’y avoir trouvé aucun détenteur de la nationalité tanzanienne. « Sur cette liste, je n’ai pas vu des Tanzaniens alors que nous les connaissons ». Une allusion claire à « Joseph Kabila » et sa fratrie. Il poursuit: « Les gens venus de la Tanzanie étaient entrés au pays avec quels documents d’identité? Lorsque Joseph Kabila est venu de la Tanzanie détenait-il un passeport zaïrois? »

Pour Katumbi, le pouvoir kabiliste cherche à détourner l’attention de la population de véritables enjeux. « Nous n’allons pas donner un jour de plus au président Kabila », dit-il. A-t-il un problème particulier avec « Kabila »? « Je n’ai pas de problème personnel avec Joseph Kabila. Notre différend trouve son origine dans le non-respect de la Constitution ».

Pour lui, c’est un gâchis au regard de toutes les vies humaines broyées. Il conclut: « Aucun Congolais ne votera pour le FCC. Voter pour le FCC équivaut à voter pour des assassins. Je regrette tous ces morts inutiles. C’est là que Joseph Kabila a trahi le peuple congolais ».

 

Baudouin Amba Wetshi