Nord Kivu/Ituri: « Fatshi » en mode compassion. Le climat politique à Kin reste maussade

Transmettre un message de « compassion nationale » aux habitants de Goma après les dégâts causés par l’éruption du volcan Nyiragongo et évaluer l’état de siège. Telles sont les deux objets de la visite que le président Felix Tshisekedi a entamé samedi 12 juin à Goma. Le chef de l’Etat se rendra, par ailleurs, à Beni et en Ituri. A Kinshasa, le climat politique parait de plus en plus maussade. La confiance mutuelle au sein de l’Union sacrée de la nation n’est plus que de façade. Un certain « ras le bol » est perceptible tant au sein de « l’Ensemble pour la République » de Moïse Katumbi que dans l’UNC de Vital Kamerhe. Leader du MLC, Jean-Pierre Bemba a donné de la voix. Le pays a besoin d’un « démineur ».

Trente-quatre morts et près de 3.500 maisons détruites par les laves. C’est le bilan établi, une vingtaine de jours, après l’éruption du volcan Nyiragongo, situé près de Goma. On dénombre 17.000 personnes qui se retrouveraient aujourd’hui sans abri. De l’avis des observateurs, la « crise humanitaire » tant redoutée semble « écartée ».

Au cours de la conférence de presse qu’il a animée, dimanche 13 juin à Goma, le président Felix Tshisekedi a précisé le but de son séjour dans cette partie du pays. A savoir, écouter et réconforter les Gomatraciens. De même, « superviser » le relogement des compatriotes dont les maisons ont été détruites par cette calamité naturelle.

Pour « Fatshi », la « délocalisation » du chef-lieu du Nord-Kivu n’est pas à l’ordre du jour. Par contre, le « dégazage » du lac Kivu reste une priorité pour éloigner le danger qui menace les habitants de cette ville.

Le chef de l’Etat a annoncé qu’il se rendra ensuite à Beni et en Ituri. Il en profitera pour procéder à l’évaluation de l’état de siège. Il n’a pas exclu la prorogation de cette mesure exceptionnelle jusqu’à l’éradication du phénomène « bandes armées ».

CRISE LATENTE AU SEIN DE L’UNION SACRÉE

Sans vouloir faire une digression, le séjour présidentiel à l’Est intervient au moment où l’ambiance générale est plus que délétère au pays. Les voyageurs en provenance notamment de Kinshasa clament en chœur: « La vie quotidienne devient de plus en plus difficile du fait de manque d’eau courante et de l’électricité ». Tous les yeux sont tournés vers « Fatshi ». D’aucuns s’étonnent que la SNEL (Electricité) et la Regideso soient toujours dirigées par les mêmes comités de gestion. Comme si de rien n’était.

Dans un communiqué daté du 11 juin 2021, l’ancien vice-président de la République, Jean-Pierre Bemba Gombo, est sorti de son silence. « JPB » dit avoir constaté un « déferlement d’intolérance ». Il impute cette situation au personnel politique. « Les discours séparatistes, haineux, portent atteinte à la cohésion et l’unité nationale et font reculer la paix, la stabilité », souligne-t-il avant de condamner « avec la dernière énergie, tout acte et discours visant à semer le tribalisme et inciter le peuple congolais au séparatisme ».

L’ancien « dircab » à la Présidence Vital Kamerhe

On peut gager que le « chairman » dont la formation politique fait partie de l’Union sacrée de la nation évoque en termes à peine voilés l’absence de solidarité de plus en plus perceptible entre les alliés de l’USN. Sans omettre la polémique qui oppose Noël Tshiani Mwadianvita au « clan Katumbi ».

Ancien candidat à l’élection présidentielle du 30 décembre 2018, Tshiani a initié un « projet » destiné à légiférer le « verrouillage » de ce qu’il appelle les « fonctions de souveraineté ». Il faudrait, selon lui, être Congolais de père et de mère pour postuler notamment au poste de Président de la République. Pour les « katumbistes », on voudrait barrer la route vers la présidentielle de 2023 à l’ancien gouverneur du Katanga. Tshiani est suspecté de « rouler » pour Felix Tshisekedi. Une allégation balayée du revers de main par des « Fatshistes ». « On peut tout reprocher à Felix sauf ce genre de coup bas ». D’aucuns espèrent néanmoins que le chef de l’Etat « sifflera la fin de la recréation ».

« LES RELATIONS NE SONT PLUS BONNES ENTRE L’UDPS ET UNC »

Après l’insécurité à l’Est, le président Felix Tshisekedi devrait jouer les « démineurs » pour ramener la sérénité au sein de l’USN. Invité, mardi 8 juin, à l’émission « Bosolo ne Politik », Billy Kambale, le tout nouveau secrétaire général de l’UNC, a menacé d’attaquer en justice certains « thuriféraires » proches de l’UDPS. « Nous en avons marre des injures proférées contre notre leader », a-t-il martelé en affirmant que « les relations ne sont plus bonnes entre l’UNC et l’UDPS ». Pour lui, il faut qu’on clarifie cette situation.

Dans un communiqué conjoint publié le 9 juin 2021, la Conférence nationale épiscopale du Congo (Cenco) et l’Eglise du Christ au Congo (ECC) disent tout le mal qu’elles pensent des réformes opérées sur la loi portant organisation et fonctionnement de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante). Les signataires déplorent ce qu’ils considèrent comme un acte de politisation de cette Centrale électorale du fait de « la composition de la Plénière de la Ceni reste disproportionnées entre la composante politique prévue à 10 et celle de la société civile prévue à 5 ». Ils « constatent avec regret » la faible représentation de la société civile au sein du Bureau.

Revenons à Goma. Le président Felix Tshisekedi – qui est accompagné de la première dame Denise Nyakeru – a salué la « chaîne de solidarité » qui s’est organisée pour secourir les déplacés. Le chef de l’Etat congolais parait décidé à aller jusqu’au bout de la logique de démantèlement des bandes armées.

Au cours de sa réunion de vendredi 11 juin, le Conseil des ministres a adopté un projet de loi d’habilitation permettant au Président de la République d’agir par ordonnance-loi sur certaines matières relevant de la loi. C’est le cas notamment de la prorogation de l’état de siège. A Kin, le climat politique, lui, appelle une intervention urgente du chef de l’Etat.

 

B.A.W.

9 Commentaires on “Nord Kivu/Ituri: « Fatshi » en mode compassion. Le climat politique à Kin reste maussade

  1. N’exagérons rien, le débat politique dans tous les régimes démocratiques est un signe de vitalité. La gestion des ambitions n’est pas une chose aisée. Individuellement, il est légitime que chacun des protagonistes affute ses armes à prévision des échéances avenir. Le plus important, c’est la discipline et l’intérêt général. Le débat lancé par Mr Tshiani n’est pas sans intérêt, il appelle à un examen de conscience compte tenu de la situation de notre pays. Je me suis toujours interrogé sur la soudaine ambition de Katumbi de devenir Présent de la république en RDC. Nous savons tous que ce monsieur a scandaleusement profité de sa proximité avec l’homme venu d’ailleurs pour s’enrichir, ayant atteint ses objectifs, certains petits malins lui ont fait comprendre qu’au Congo, il suffit d’avoir de l’argent pour tout acheter – même le pouvoir – voilà le nœuds du problème. Les Congolais qui gravitent autour de Katumbi doivent se poser la question de savoir ce que leur champion pourra apporter au pays si ce n’est s’enrichir encore et encore. Au Katanga où il était propulsé gouverneur par la volonté de Kabila, il n’a laissé que ruines et désolations, pourquoi ferait-t-il autre chose si par malheur il devenait Président de ce pays mille fois convoité. Si les congolais veulent vraiment noyer davantage ce grand pays, ils savent ce qui leur reste à faire. Quant à J.P. Bemba, on comprend parfaitement sa frustration, car, recalé en 2018, il piaffe d’importance, sauf que son dossier est pour le moment bloqué à cause du jugement inique de la cour constitutionnelle de l’époque. Je suis presque sûr que toutes ses déclarations actuelles reflètent la pression qu’il met sur Tshisekedi pour que celui ci intervienne directement ou indirectement sur son cas. Pour ce qui est de Kamhere, c’est le PPRD qui lui a réglé son compte en lui faisant payer ses différents reniements et volte-faces successifs, Tshisekedi n’est que le bénéficiaire qui a joué à ce qu’on appelle l’occasion fait le ….., pour le reste, le Congo est frappé comme les autres pays par les effets de cette pandémie dévastatrice qui a mis toutes les économies à genoux. Il est question maintenant d’élaborer une politique économique efficace et ambitieuse pour profiter de la forte croissance qui s’annonce un peu partout.

  2. Un message de « compassion »? J’en doute!
    Ça ressemble beaucoup plus à une vadrouille que l’on pratique à ses heures perdues.
    Félix Tshilombo a déclaré avoir interrompu ses voyages pour venir en aide aux populations frappées par la calamité naturelle, fichtre!
    Et il se propose de délocaliser les populations lorsqu’on sait que celles-ci manquent de tout, même de l’eau à boire.
    Et qu’en est-il de la situation désastreuse du Kasai-oriental?
    Qu’est devenu Minembwe à l’heure qu’il est?
    Je dirais plutôt que Félix opère en mode « UBWENGE » à la rwandaise.

    1. Noko kolomabele@ LES MAINS VIDES !
      La compassion du président qui se pointe devant ses citoyens… frappés d´une catastrophe humanitaire.
      Etrange,.. ce que Felix a une solide majorité au Parlement et pouvait faire voter une « modification » du budgét de cette année afin que cette catastrophe humanitaire trouve un « financement » Étatique au lieu de rechercher un « nsisani » où les parlementaires font un don d´un % de leurs salaires.
      Si Felix pouvait renoncer á un mois de son salaire.. afin d´apporter une aide humanitaire, son train de vie ne va pas baisser.. kie kie kie
      Non, il n´ya ni compassion.. ni même une politique de gouvernance lisible en matière d´aide… humanitaire en faveur de la population.

  3. @ Ainsi donc le climat politique au sein de la majorité présidentielle nommée Union sacrée pour la Nation serait maussade, l’entente entre ses différentes composantes ne serait plus que de façade : l’Unc et Ensemble pour la Nation boudent l’Udps et Bemba joue aux pompiers. Questions : est-ce vraiment nouveau, pourquoi cela ? Personnellement j’y vois une mise au jour des rivalités qui existaient déjà et la raison principale est que face à l’avenir tous n’ont pas exactement les mêmes agendas, ce qui face à l’emprise du monopole qu’instaure progressivement Tshisekedi sur l’Union sacrée, sur le pays et en vue de 2023, exacerbe les tensions.
    @ Tshisekedi planche ouvertement pour sa reconduction et si Bemba n’a pas d’ambition présidentielle, Katumbi lui compte toujours briguer un mandat présidentiel. Quant à l’Unc, elle assiste jour après jour à la relégation de son Chef Kamerhe ; plus à tort qu’à raison il croit celui-ci sacrifié sur l’autel judiciaire d’un État de droit à géométrie variable. Il ne restera que la grâce présidentielle pour le sauver de la prison.
    @ Devant cette bousculade d’ambitions la parole de Tshisekedi aura-t-elle quelque effet d’apaisement ? A part discipliner les membres de l’Udps qui ont l’habitude d’admonester publiquement et même d’insulter leurs partenaires de la majorité je ne vois pas Tshisekedi se faire hara-kiri en taisant aujourd’hui ses ambitions de seul maître à bord.
    Voilà à brûle-pourpoint mes avis sur l’article ci-dessus !

  4. L’USN est pleine des vieux routiers de la politique congolaise. Ces messieurs et dames se sont engagés, têtes baissées, dans cette plateforme. Oubliant que dans l’UDPS, les dirigeants monarchiques aiment berner les partenaires et bercer le peuple. Souffrant d’un complexe de supériorité injustifiée, ils regardent les partenaires de haut; les considérant comme moins que rien. Ils sont les meilleurs, ayant réponse à toutes les préoccupations du peuple qu’ils bernent des nombreuses promesses non tenues. Le seul haut fait d’arme de Félix, c’est la démolition de la kabilie. Une démolition qui ne remplit pas nos assiettes et qui ne nous assure pas la paix. Pendant que Félix et les siens se gavent, le peuple meurt de faim et des coups des machettes des groupes armés.
    L’UDPS ne soutient jamais personne, sinon un Tshisekedi. Tout le monde doit soutenir l’UDPS et un Tshisekedi. Les autres membres de l’USN n’ont que deux choix: soit prendre la carte de membre de l’UDPS et rester les valets de Félix, soit quitter le navire.
    Si Bemba et Katumbi ne sont pas candidats à la présidentielle en 2023,ils le seront en 2028. Presque septuagénaires.
    Comme Joe Biden.

      1. @ procongo.
        Touché par une flèche en plein cœur comme un felin, tu as perdu tes moyens .
        A mi-mandat, ton gourou a un bilan désastreux. Aucun emploi de créé. Sauf les emplois fictifs dans son cabinet et dans ceux des autres pouvoirs publics. Pas d’eau, pas d’électricité, pas de logements décents, pas de soins de santé, pas de salles de classes ajoutées. Aucun kilomètre de route construit ou reconstruit.
        De quoi déranger les nerfs d’un homme normal. Sauf celui qui a une case de vide dans la tête.

  5. NAÏVETÉ? À Beni, FATshi déclare __vouloir construire un « pont » entre RDC et Ouganda plutôt qu’un mur entre ces 2 pays__. Ce pont ne risque t-il pas de faciliter le passage d’armes vers la RDC et des pilleurs?

  6. ENFIN, UN CONSTAT LUCIDE..MAIS LA SUITE?
    Pendant son sejour á Beni, Felix insiste que son mandat n´aura aucun sens s´il ne peut pas trouver une solution aux guerres de l´Est.
    Sur le site de RFI, il indique pour la première fois..explicitement que « les magouilles dans l´armée est l´une des causes principales de ces guerres infinies.
    LES GENERAUX ET L´EFFECTIF DES FARDC.
    Quand Felix lance l´offensive contre les milices á l´Est il ya 2 ans, on apprend des généraux..et du chef de l´EMG des FARDC qu´il ya une offensive avec 20 000 hommes !
    Dans son speech, Felix affirme clairement qu´il n´ya jamais eu 20 000 hommes sur le terrain.. et selon lui les généraux qui commandent l´état de siège ont fait un « audit » qui démontre cette « fraude massive » où l´effectif deployé est moindre.. d´où cette question si simple: que compte faire Felix quand il se rend compte que des millions depensés dans les opérations militaires ont été detournés depuis 2 ans ?
    Felix est-il capable de « radier » tous les généraux impliqués dans cette affaire?
    IDENTIFICATIONS DES MEMBRES DE L´ARMÉE?
    Ceux qui ont été membres de la première promotion de la Garde Civile ont fêtés le 11 juin… le 36ème anniversaire de la Garde Civile.. Tous se souvienent que lors de leur recrutement, le service informatique de la présidence faisait la gestion de la logistique et du personel.. 36 ans après, nous retrouvons sans peine le même « sabotage » qu´avait fait Baramoto une fois á la tête de la GaCi..
    Baramoto avait pris la decision de ne plus laisser le service informatique de la présidence faire la gestion de la Garde Civile afin de pouvoir detourner facilement les ressources financières.
    EUSEC, la mission militaire de l´UE a fait la même experience que la GaCi.. en effet, l´EUSEC avait pour mission d´indentifier électroniquement tous les membres des FARDC avec des cartes biometriques. Cette opération a été systematiquement sabotée par les généraux congolais, et 2 ans après Felix ne sait pas avec precision l´effectif des FARDC ni pire le nombre des unités deployées en mission.
    Comment compte-t-il évaluer les perfomances des troupes et même optimiser la gestion de la logistique si lui qui est commandant suprême ne connait pas le nombre des hommes disponibles á l´Est?

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