Qui menace l’avenir du Congo-Kinshasa?

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A quelques jours de la commémoration de son 57ème anniversaire d’existence en tant qu’Etat, le Congo-Kinshasa semble avoir renoué avec les démons de l’instabilité. On se croirait revenu 57 années en arrière.

En cette année 2017, ce grand pays aux atouts insoupçonnés arbore la mine lugubre d’un « grand malade ». La terre entière se précipite à son chevet. Il y a urgence.

C’est le sens de la démarche entreprise par Kofi Annan. Dans une lettre publiée le vendredi 16 juin, l’ancien secrétaire général des Nations Unies a lancé un véritable cri d’alarme: « L’avenir de la République démocratique du Congo est en danger ».

L’ancien patron de l’ONU n’a pas agi en solo. Il a associé neuf anciens chefs d’Etat du continent qui ont fait preuve d’une exemplarité certaine en assurant une alternance démocratique, sans heurts, dans leurs pays respectifs. Tout un symbole.

Il s’agit de: Thomas Boni Yayi (Benin); John Kufuor et John Mahama (Ghana); Thabo Mbeki (Afrique du Sud); Benjamin Mkapa (Tanzanie); Festus Mogae (Botswana); Olusegun Obasanjo (Nigéria); Pedro Pires (Cap Vert) et Cassam Uteem (Maurice).

Pour ces anciennes « têtes couronnées », la situation qui prévaut au Congo-Kinshasa menace la paix et la sécurité dans toute la sous-région. En cause, la crise politique née suite à la non-convocation du scrutin de l’élection présidentielle en septembre 2016.

Kofi Annan et ses « amis » se sont gardés d’aller jusqu’au bout de leur logique en désignant le coupable. Personne n’est dupe. Des doigts accusateurs sont implicitement pointés en direction de « Joseph Kabila ». Depuis le 19 décembre dernier, ce dernier est hors mandat. Il exerce un pouvoir illégitime.

Les signataires de ce cri d’alarme invitent les protagonistes aux discussions directes du Centre Interdiocésain à mettre en œuvre en toute « bonne foi » l’Accord de la Saint Sylvestre. Est-ce encore possible?

Pour eux, c’est l’unique voie pour restaurer la confiance entre le pouvoir et les forces politiques et sociales. Et partant, garantir la tenue des élections équitables « d’ici la fin de l’année« . Cette prise de position a fait bondir le « clan kabiliste ».

Les auditeurs de Radio France Internationale ont suivi samedi 17 juin la réplique pour le moins affligeante de l’ex-mobutiste André-Alain Atundu Liongo, porte-parole de la mouvance kabiliste. Pour lui, cette déclaration vient conforter les thèses soutenues par le « Rassemblement tshisekediste ».

Atundu a avoué implicitement que « Joseph Kabila » n’a jamais voulu la tenue des élections. Il dit n’avoir noté « aucune allusion à la croisade » menée par le Président sortant « depuis 2015 pour rechercher un dialogue inclusif et une gestion consensuelle de l’Etat ». « C’est une lettre déséquilibrée », a-t-il conclu.

Lors de la promulgation de la Constitution en vigueur, il y a onze ans, les Congolais avaient espéré que leur pays tournait définitivement le dos au despotisme et à l’arbitraire. Et qu’il faisait son entrée dans le petit cercle des Etats où règne la primauté du droit et son corollaire le respect de la vie et de la dignité de la personne humaine. « Je vous annonce la fin de la recréation », clamait, à juste titre d’ailleurs, « Kabila » dans son allocution du 18 février 2006. Onze années après, c’est la grande désillusion!

L’appétit venant en mangeant, l’homme a changé. En mal. Il a pris goût au pouvoir ainsi qu’aux privilèges qui s’y rattachent. La cupidité a pris le dessus sur le service à rendre à la collectivité.

Pire, « Kabila » a passé par pertes et profits le serment qu’il avait fait « devant Dieu et la Nation » notamment « d’observer et de défendre la Constitution et les lois de la République ».

Depuis 2014 à ce jour, le Président sortant et ses thuriféraires n’ont pas cessé de multiplier des artifices pour conserver le pouvoir: campagne en faveur d’une nouvelle Constitution, création de l’Office national de l’identification de la population, tentative de modification de la loi électorale. L’organisation d’un référendum constitutionnel est la dernière trouvaille de la mouvance kabiliste.

Kofi Annan et les neuf anciens dirigeants africains cités précédemment ont été bien inspirés. L’avenir du Congo-Kinshasa est effectivement menacé. Il est menacé par l’ambition et la voracité d’un homme qui considère l’Etat congolais comme un « bien personnel ». L’avenir de ce pays est menacé par la cupidité et la folie d’une bande d’opportunistes et d’oligarques médiocres.

Nombreux sont aujourd’hui des Congolais qui ont acquis la conviction que le salut de leur pays dépend de la « neutralisation » de cette racaille. A tort?

 

Baudouin Amba Wetshi

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