

En 2018, j’ai été le directeur de campagne de Lamuka (de Martin Fayulu) pour l’élection présidentielle à l’Équateur. L’impressionnant accueil réservé à l’époque par les Mbandakais à ce dernier, j’en suis l’organisateur.
De retour à Kinshasa après la proclamation des résultats… faussés, j’avais reçu le récit des événements de la bouche de Fayulu dans son bureau, à Faden House. Après les dépouillements, Corneille Naanga apporte au président de la République Joseph Kabila les vrais résultats. Martin Fayulu devance largement Shadari et Tshisekedi. Il est le vainqueur. Les diplomates de quelques pays, informés de sa victoire, lui adressent aussitôt leurs félicitations, les uns le font par téléphone, les autres se succèdent physiquement chez lui.
Kabila lui envoie l’algérienne, la cheffe de la Monusco de l’époque [Leila Zerrougui], porteuse d’un message de celui-ci qui souhaite parler à l’élu Fayulu. La dame insiste pour que ce dernier daigne se rendre à Kingakati pour la rencontre. Craignant pour sa sécurité, Fayulu propose que l’entretien se passe en terrain neutre, chez l’algérienne, à la Monusco. Celle-ci pose quelques questions au président élu, certainement suggérées par Kabila et auxquelles il attend des réponses au retour à Kingakati de son « envoyée spéciale ». « Que pensez-vous de la loi sur le statut des anciens présidents de la République? Que dites-vous du code minier? » Et Fayulu de rassurer: « Ce sont des lois votées par le parlement. Tout le monde doit s’y soumettre tant qu’elles ne sont pas modifiées ». Elle abordera quelques autres sujets qui, d’évidence, préoccupaient le fils et successeur de Laurent-Désiré Kabila, lequel voulait connaître les intimes opinions de celui qui a été jusque-là parmi ses farouches adversaires, infiltrer son tréfonds sur des questions qu’il lui paraissait cruciales, vitales pour son avenir et celui de sa famille politique. C’est un vendredi.
Martin Fayulu reçoit le soir l’appel téléphonique du président Sassou Nguesso qui lui demande d’aller urgemment le voir. Il traverse le fleuve le lendemain. Il reçoit le même message qui lui a été apporté la veille par l’algérienne, cette fois de la bouche du vieux « Otshumbé »: « Kabila tient à te parler, seul à seul ». Martin Fayulu lui répond tout de go: « Je ne peux me rendre seul chez lui, à 60 kilomètres. Demandez-lui que la rencontre ait lieu dans un autre endroit que Kingakati ». Ils ne conféreront pas. Joseph Kabila a vite conclu à une inflexibilité de la part du vainqueur pas propice à une éventuelle « entente ».
À son retour à Kinshasa, Martin Fayulu entendra Corneille Naanga proclamer Félix Tshisekedi vainqueur de l’élection. On a parlé d’un « deal » qui aurait été conclu – devant d’illustres témoins – dont le contenu a été récemment révélé par Paul Kagame. Félix Tshisekedi n’a pas publié un démenti, ni ses zélés et habituels communicateurs. Les chefs d’État cités par lui comme témoins n’ont pas non plus (ni leurs ambassadeurs accrédités à Kinshasa et à Kigali) objecté aux affirmations du président rwandais!
Qui se tait consent, a-t-on dit…
Wina Lokondo
Cadre de Ensemble pour la République