TGI de Kinshasa/Kalamu: Procès Mukuna/Tshibola ou Mukuna/Kabila?

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Personne n’est dupe. Le procès qui a démarré le vendredi 29 mai au Tribunal de grande instance de Kinshasa/Kalamu – avant d’être reporté à mardi 5 juin prochain – n’oppose Pascal Mukuna à la dame Mamie Tshibola qu’en apparence. On assiste, en réalité, à un duel singulier entre le leader de « l’éveil patriotique » et l’ex-président « Joseph Kabila », devenu simple sénateur à vie. Tshibola n’est qu’une figurante. Pleutre, l’homme qui a régenté le Congo-Kinshasa en despote intolérant et omnipotent – dix-huit années durant – n’a pas eu assez de cran pour initier une plainte contre Mukuna qui a déballé les crimes commis sous son régime dans une dénonciation déposée le 7 avril 2020 auprès du procureur général près la Cour constitutionnelle. Nombreux sont les Congolais qui peinent à comprendre comment le « commandant Hyppo », alias « Joseph Kabila », qui a foulé le sol zaïro-congolais, sans le moindre sou, chaussé des bottes en caoutchouc, ait pu, en l’espace de deux décennies, asservir tout un peuple y compris les « élites » au point de transformer le pays tout entier en une sorte de « bien personnel ».

Mamie Tshibola

Accusé de viol, détention illicite de titre de propriété immobilière et menaces de mort par la dame Mamie Tshibola, veuve putative de son ancien assistant, Pascal Mukuna, évangéliste de son état, est embastillé à la prison de Makala depuis le jeudi 14 mai. Et ce après audition et confrontation expéditive devant l’avocat général Samy Bunduki.

On imagine que le leader de l’éveil patriotique attendait de pieds fermes l’audience de vendredi 29 mai. Et pas seulement pour demander une libération provisoire dont la réponse est attendue dans les 48 heures. Il était prêt à affronter ses « adversaires » apparents et non-apparents.

Comme cela arrive très souvent devant les cours et tribunaux, de nouveaux éléments ont été versés dans le dossier. Pour que le combat se déroule à « armes égales », les avocats de la défense ont demandé un petit délai afin de parcourir les documents ajoutés. La prochaine audience est fixée au 5 juin prochain.

DEUX POIDS, DEUX MESURES

Au nom de l’égalité des Congolais devant la loi (article 12 de la Constitution), des observateurs s’étonnent de la célérité avec laquelle le ministère public a délivré à l’encontre de Mukuna le très redouté « MAP » (Mandat d’arrêt provisoire). Pour une accusation similaire de « viol », disent-ils, le pasteur Moïse Mbiye est toujours libre de tout mouvement. Deux poids, deux mesures? La justice serait-elle instrumentalisée?

A en croire la dame Tshibola, elle a eu trois « rencontres amoureuses » à des dates non précisées avec l’évêque Mukuna. Elle se rendait chez ce dernier, assure-t-elle, en vue de récupérer des titres parcellaires laissés par son défunt « mari ». Lors d’un de ces « rendez-vous », « Mamie » aura le temps de faire enregistrer son « supplice » sur vidéo. Une vidéo faite manifestement sur commande.

Selon des sources, depuis le lancement de la campagne dite « éveil patriotique » dans laquelle Pascal Mukuna passait au crible le « bilan » des « années Joseph Kabila », l’homme était dans le viseur non seulement du prédécesseur de Felix Tshisekedi mais aussi des caciques de cette espèce de société secrète dénommée FCC/PPRD. « La place de Joseph Kabila est en prison », répétait Mukuna lors de ses harangues largement diffusées sur les réseaux sociaux. Des propos qui ont dû choqué l’ex-Président qui se croyait à l’abri d’un tel « réquisitoire ».

SEXTAPE

Le 6 mai, une sextape circule sur les réseaux sociaux. On y voit un homme qui ressemble à Mukuna en plein ébats avec une dame dont le visage est sciemment éludé. On ne perçoit aucune manifestation de violence d’un côté ni de résistance de l’autre.

Emmanuel Shadary, le « dauphin »

On apprendra notamment par la bouche de Denise Dusauchoy Mukendi que cet enregistrement a été fait sur commande du secrétaire permanent du PPRD, Emmanuel Ramazani Shadary. La « victime du viol » aurait perçu $ 1.200 en guise de rétribution.

Sur ces entrefaites, Mukuna a formalisé ses critiques à l’encontre du régime « Kabila » sous la forme d’une « dénonciation ». Jeudi 7 mai, en compagnie des membres de l’éveil patriotique dont l’avocat Jean-Claude Katende, il va la déposer entre les mains du procureur général près la Cour constitutionnelle. C’est ici que commence une course contre la montre.

Le vendredi 8 mai, Mamie Tshibola, accompagnée de son avocat, dépose plainte contre l’ancien mentor de son « époux ». Pour crédibiliser la thèse de viol, elle prétend que Mukuna l’avait menacé de mort. Le viol est justement défini comme un « acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise » (Lexique des termes juridiques, Dalloz). Question: comment peut-on expliquer qu’une femme se rende à trois reprises chez son « violeur »? Pourquoi ne pas rencontrer ce dernier sur un terrain neutre?

DÉNONCIATION

La diffusion de cette vidéo avait pour but de faire taire Mukuna. Erreur. La vie privée de cet évangéliste n’intéresse que les naïfs. C’est le message dont il est porteur qui compte. Quel est ce message?

Dans sa « dénonciation » qui s’articule sur dix points, Mukuna a énuméré, à titre illustratif, les crimes commis sous la Présidence de « Kabila ». « Je dénonce tous ces crimes auprès de votre office pour qu’une enquête ouverte et que Monsieur Kabila réponde de ces crimes survenus sous son régime », conclut-il.

Citons ces crimes:

  1. Les massacres des adeptes de Bundu dia Kongo dans la province du Kongo Central (ex-Bas Congo).
    En fouillant les archives de Congo Indépendant, nous tombons sur une interview que « Joseph Kabila » avait accordée au quotidien bruxellois « Le Soir » daté du 24 avril 2008 sur ce double massacre. L’homme a justifié la répression menée dans cette province par une unité spéciale de la police: « Ce qui s’est passé dans le Bas-Congo n’était pas une simple manifestation de mécontentement, il s’agissait d’une rébellion en gestation, d’une révolte contre les institutions établies. Il y avait un grand projet de déstabilisation qui a été déjoué et il a fallu sévir avec rigueur ».
  2. Assassinat d’Armant Tungulu Mudiandambu
  3. Assassinat de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana au siège de la police
  4. Les massacres des jeunes délinquants dits « Kuluna » à Kinshasa par la police nationale dans l’opération « Likofi »
  5. Les fosses communes de Maluku
  6. Les massacres de Mwanza Lomba dans le Kasaï
  7. Massacres et fosses communes dans le Kasaï
  8. Assassinat de deux experts des Nations Unies dans le Kasaï
  9. Assassinat des manifestants et incendies des sièges des partis politiques UDPS, MLP, FONUS
  10. Assassinat de plusieurs personnes lors des manifestations organisées le 31 décembre 2017, 21 janvier et 25 février 2018 par le Comité laïc de coordination au cours desquelles périrent notamment Rossy Mukendi et Thérèse Kapangala.

LE CONGO APPARTIENT À TOUS LES CONGOLAIS

Chacun est libre d’aimer ou de ne pas aimer Pascal Mukuna. Reste qu’en déposant sa dénonciation auprès d’une juridiction, ce citoyen congolais a posé un acte symbolique d’un courage sans précédent. « Joseph Kabila » est ébranlé dans ses certitudes. Pour lui, l’évangéliste doit « payer ».

Barnabé Kikaya bin Karubi

C’est la signification du tweet aux allures de « chant de cygne » revêtu de la signature de Barnabé Kikaya bin Karubi. C’était le 14 mai. Cet ancien conseiller diplomatique de « Kabila » – pour le moins très peu diplomate – y compare Mukuna à « la grenouille qui voulait se faire aussi grosse qu’un bœuf ». Il lui promet ni plus ni moins qu’un « sévère châtiment ». « Makala n’est qu’un avant-goût », écrit Kikaya. Dans le camp de Mukuna, ce « message » a été interprété comme une « menace de mort ».

Le 18 mai, l’équipe des avocats de défense a porté plainte contre sieur Kikaya. Au moment où ces lignes sont écrites, celui-ci n’a pas encore reçu de « mandat de comparution ». Preuve s’il en était besoin que la justice congolaise est inféodée aux fidèles de l’ex-Président. Ceux-ci contrôlent encore les manettes.

Tous ces faits semblent démontrer que la dame Mamie Tshibola n’est qu’un « prête-nom ». Le véritable adversaire de Pascal Mukuna est bel et bien « Joseph Kabila ». Autrefois, le leader de l’éveil patriotique aurait été poursuivi pour « outrage au chef de l’Etat ». Autres temps, autres mœurs.

Rendez-vous est pris pour le mardi 5 juin pour assister au premier round du duel singulier Mukuna/ »Kabila » par Mamie Tshibola interposée. « Papa évêque » qui fut proche de l’ancien Président avant de prendre ses distances, ne sera pas seul. Nombreux sont les Congolais qui adhèrent à son message et soutiennent son « combat ». Un combat qui tient notamment en sept mots: « Le Congolais appartient à tous les Congolais ».

 

B.A.W

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