Affaire Catalan & Sharp: Jean-Paulin Ntshaykolo, juge ou « voyou »?

Président de la Cour militaire qui siège depuis bientôt quatre ans à Kananga, Jean-Paulin Ntshaykolo – qui arbore depuis peu le grade de général de brigade – est un magistrat militaire d’un professionnalisme et d’une moralité discutables. Les agissements de cet officier supérieur de l’armée congolaise paraissent aux antipodes de la mission que l’Etat lui a confiée: faire éclater la vérité à chaque dossier judiciaire. C’est le cas notamment de la recherche des circonstances exactes de l’assassinat des experts onusiens Zaida Catalan et Michaël Sharp. Ce magistrat est manifestement chargé d’une « mission occulte » consistant à éluder tout témoignage ou allégations susceptibles d’éclabousser des autorités tant militaires que politico-administratives dans ce double homicide. Quelle en est la contrepartie? Et si c’était la promotion au grade de Général? Rien d’étonnant que cette juridiction donne l’impression de tourner en rond depuis bientôt quatre ans. Les juges semblent éviter soigneusement d’identifier la personne qui avait une raison personnelle de tuer les deux Occidentaux.

Depuis bientôt quatre ans, la Cour militaire de Kananga patauge dans la recherche de la vérité sur les circonstances exactes de l’assassinat des experts onusiens Zaida Catalan (Suédoise) et Michaël Sharp (Américain). Jeudi 11 mars, cette juridiction a procédé à l’audition du témoignage sonore du « renseignant » Gabriel Ilunga Kayembe. Un témoignage d’une haute importance qui tourne autour de la détention de certains effets personnels des deux victimes par un ancien « administrateur » de l’Agence nationale de renseignements (ANR). Nom? Mystère!

Le général Jean-Paulin Ntshaykolo, président de la Cour militaire de Kananga

Dans son témoignage, Gabriel Ilunga a accusé un officier supérieur des Fardc (Forces armées de la RDC), non autrement identifié, d’avoir « fourni les munitions » ayant servi à la commission de ce double homicide.

A la surprise générale, le général Jean-Paulin Ntshaykolo, qui fait office de juge-président, a bondi de son siège pour « exhorter » le renseignant Ilunga à faire preuve de « retenu » et d’éviter de se lancer « à corps perdu », dans des déclarations « sensationnelles ». Une prise de position surprenante de la part d’un juge qui s’évertue à intimider un témoin au lieu de l’encourager à dire sa part de vérité sur l’énigme criminelle à dénouer. Tout justiciable n’est-il pas responsable de ses déclarations? Quel est le bien-fondé de ce « recadrage »?

Représentant du ministère public, le général de brigade Cyprien Muwau a également surpris l’auditoire en abondant dans le même sens que le président Ntshaykolo avant de se ressaisir. Le magistrat avait-il compris sa bourde? Il a fini par prendre au sérieux les affirmations du sieur Ilunga Kayembe. Pour le général Muwau, qui fait office de procureur, les allégations de ce dernier ne manquent pas d’intérêt. Elles sont susceptibles « d’être prise en compte par l’accusation ».

Ce n’est pas la première fois que le juge militaire Ntshaykolo affiche une attitude pour le moins partisane. Lors de l’audience du 20 septembre 2019, un prévenu avait été rabroué par ce magistrat. Il s’agit de José Tshibuabua. Ce dernier avait accusé l’ancien administrateur général de l’ANR, Kalev Mutondo, de l’avoir « enlevé » discrètement de Kananga en l’emmenant au siège de cette Agence à Kinshasa. A en croire Tshibuabua, il aurait été interrogé par Kalev, en personne, en présence de l’ex-président « Joseph Kabila ». Pris de panique, Ntshaykolo de se lancer dans une improbable « plaidoirie »: « Aucune autorité politico-administrative ni un membre quelconque du gouvernement congolais n’a utilisé des miliciens pour occire les experts onusiens et leurs accompagnateurs congolais ». Quels sont les éléments de fait en sa possession?

Le même magistrat Ntshaykolo s’est vivement opposé à la comparution de l’ancien ministre de l’Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary. Une comparution demandée, en vain, par les avocats du prévenu Thomas Nkashama. Ce dernier assure avoir été reçu par Ramazani Shadary. Date: le 12 mars 2017. Lieu : Kananga. Coïncidence ou pas, c’est ce jour que les deux experts du Conseil de sécurité avaient quitté l’hôtel Woodland où ils résidaient au chef-lieu de l’ex-Kasaï Occidental. C’est le même jour que leur « disparition » fut annoncée. « Ils sont tombés dans une embuscade tendue par les Kamuina Nsapu », déclarait Lambert Mende Omalanga, alors ministre de la Communication et des médias et porte-parole du gouvernement. En fait l’exécution avait déjà eu lieu.

Dès le 22 mars 2017, des sources bien informées détenaient déjà l’information selon laquelle les deux experts avaient été tués. Et que « Zaida » avait été décapitée. Les autorités gouvernementales d’alors ne pouvaient ignorer cette nouvelle..

Zaïda Catalan et Michaël Sharp

Comme pour conditionner l’opinion tant nationale qu’internationale sur la « barbarie » des miliciens Kamuina Nsapu, le 24 mars, des officines à barbouzes montèrent un pitoyable scénario. Le rôle principal est joué par le président de l’Assemblée provinciale du Kasaï d’alors, François Kalamba. L’homme annonça que « près de 40 policiers ont été décapités par des présumés miliciens Kamuina Nsapu ». Sceptique, le vice-gouverneur du Kasaï, Hubert Ndingo Mvala ne confirma pas cette « information » se contentant de parler d’une « perte de contact » avec le convoi. Quatre années, on cherche en vain les vidéos ou photos des obsèques de ces policiers. Manipulation?

Curieusement, les corps sans vie de deux Occidentaux seront « découverts » vingt-quatre heures après « l’exécution » de ces policiers. Deux questions restent sans réponses: Quel est l’indice qui a permis à la police judiciaire d’identifier la « bonne » fosse commune? Est-il vrai que la localité de Bunkonde où « l’embuscade » a eu lieu se trouvait dans un périmètre contrôlé par l’armée congolaise?

On ne dira jamais assez que Michaël Sharp et Zaida Catalan ont perdu leur vie alors qu’ils enquêtaient sur des graves violations des droits humains dans le Kasaï. Une certitude: les présumés miliciens Kamuina Nsapu n’avaient aucune raison profonde pour attenter à la vie de ces experts. Ni haine, ni cupidité, ni vengeance.

La nomination d’un nouvel auditeur général des Fardc près la Haute cour militaire est un moment d’espoir après les années Mukuntu Kiyana. Fidèdle d’entre les fidèles de « Kabila », l’ancien auditeur général des Fardc avait mis cette branche de l’administration publique au service de l’ancien régime. On espère que Likulia aura à cœur d’écarter tous ces magistrats militaires aux allures de « voyou ». Les fameux « Mukuntu boys » qui font plus la pluie que le beau temps à la Cour militaire de Kananga.

 

Baudouin Amba Wetshi

9 Commentaires on “Affaire Catalan & Sharp: Jean-Paulin Ntshaykolo, juge ou « voyou »?

  1. « Ntshaykolo »
    Ce patronyme ne nous dit-il pas déjà tout?
    Il s’agit (sans doute) de l’un de ces envahisseurs venus d’ailleurs!

  2. CRISE DIPLOMATIQUE
    Ce que ce juge « général » ne sait pas est que la RDC a une crise diplomatique sur les bras depuis 4 ans et chaque mois, les diplomates congolais doivent repondre aux questions du ministère des AE en Suède.. On ne sait pas ce que les USA font comme pression pour obtenir justice.
    Citer Kabila et Kalev pour couvrir l´histoire ne suffit pas. Ceux qui sont auteurs de ces crimes devraient être identifiés.. en tout cas, Kabila et Kalev ne peuvent pas être les executants..
    Pour remonter vers eux, il faut commencer par se saisir des executants.
    SÄPO le service de renseignement de la Suéde possede toutes les preuves.. car ls suèdoise assassinée avait pris soin de laisser un système électronique sophistiqué avec les noms, les dates et même des elements sonores de tous ceux qui étaient impliqués dans l´affaire.

  3. La Suède est un pays sérieux. Qu’il ne mette pas plus de pression sur le gouvernement congolais pour connaitre la vérité dans cette affaire est étrange. Très étrange.
    Que la société civile suédoise n’interpelle pas le gouvernement suédois pour connaitre la vérité sur ce crime odieux d’une compatriote à l’étranger, en mission pour les NU, paraît étonnant. Très étonnant.
    Que le Conseil de sécurité des NU ne bouge pas une oreille dans cette affaire n’étonne personne.

    1. Dag Hammarskjöld , suédois , secrétaire général des Nations unies, est mort dans des circonstances non encore élucidées depuis 1961. Un prix Nobel de la paix lui fut même décerné à titre posthume au lendemain de son décès. La communauté internationale est une boite araignée !!!

      1. En Suède nous savons que la Belgique est responsable de l´assassinat de Dag H… Il ya des preuves qu´un avion de chasse Fouga Magister de la Gendarmerie Katangaise piloté par un belge ex membre de la Force avit tiré sur l´avion qui transportait le SG de l´ONU.
        La Belgique qui luttait pour faire imploser le Congo n´a jamais acceptée l´intervention militaire de la Suède dans le cadre de l´ONU.

  4. Jo Bongos@
    La « societé civile » en Suède n´est pas comme celle de la RDC.. Ici le Parlement met pression sur le gouvernement chaque mois.. et ensuite le ministère des AE fait venir le chef de la mission diplomatique..chaque mois, tandis que l´ambassadeur de la Suéde fait la même chose á Kin.
    Pour les USA, ils ont la memoire longue.. Voyez la fin de Kaddafi, liquidé á la fin pour l´affaire de l´avion de PanAm.. ou LDK á cause des touristes américains..

  5. @ Sans entrer dans les détails de ce qui s »est passé au Kasai autour de l’assassinat de deux envoyés de l’Onu, tout observateur sensé sait que le forfait ne pouvait être accompli que par des gens qui avaient intérêt à empêcher que les victimes révèlent les cachoteries criminelles qui se passaient au Kasai. Mme Catalan & Mr Sharp n’étaient pas des effrontés suicidaires qui n’auraient pris aucune précaution pour’ aller dans le fond du Congo faire une enquête et les Kamuina Nsapu n’étaient pas les va-t-en-guerre prêts à tous les crimes tels qu’on a voulu nous les vendre : leurs préoccupations étaient locales, claniques et non contre des étrangers.
    Ne nous restent alors que les autorités politiques de l’époque fossoyeurs impénitents du pays qui avaient planifié de faire leur nettoyage ethnique dans le coin.
    @ Alors depuis, ce procès ne consiste plus qu’à faire diversion pour cacher cette responsabilité et depuis 4 ans les juges commandités s’appliquent à couvrir les véritables coupables.
    Mais c’est vrai l »Onu employeure des victimes comme la Suède et les Usa, leurs pays n’ont pas toujours joué franc jeu comme s’ils voulaient garder à tout prix des bonnes relations avec le pouvoir au Congo mais celui-ci a changé, on attend ainsi d’eux qu’ils agissent d’une façon ou d’une autre pour un procès juste qui dise enfin la vérité. Sieur Ntshaykolo qui siège à Kananga est bel et bien un « juge voyou » ou si vous préférez un juge ripou qui ne cherche pas la vérité mais son mensonge devenu vérité selon les ordres et les finances qu’il en reçoit de ses commanditaires. Jusque quand ? Au secours Tshisekedi !

  6. KUM
    Sieur NTSHAYKOLO est bel et bien un fils du congo grandi à KASAVUBU et Mbinza j ai été dans la même école que lui et quelques uns de ses frères( humanités) il fut qlq’un de bien instruit et éduqué à moins qu il ait changé entretemps.

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