Congo-Kin: Un « bretteur » nommé Pascal Mukuna

« Touché mais pas coulé! » C’est en résumé la réaction de Pascal Mukuna, évêque de l’église évangéliste « ACK » (Assemblée chrétienne de Kinshasa) après la diffusion d’une vidéo (sextape) pour le moins embarrassante où l’on voit un homme qui lui ressemble en plein ébats avec une dame dont le visage a été sciemment « préservé ». A qui profite le crime? Depuis le mois de décembre 2019, cet ancien boxeur porte deux casquettes: prédicateur et pourfendeur des « années Joseph Kabila ». L’homme accuse le prédécesseur de Felix Tshisekedi Tshilombo de « bloquer » les réformes initiées par celui-ci. Pour lui, l’ex-Président « a pris le Congo en otage » du fait de sa mainmise sur les institutions à l’exception de la Présidence de la République. Pour lui, aucun changement ne pourrait intervenir tant que le « Système Kabila » ne sera pas « mis hors d’état de nuire ». « Tatu Mukuna » pourra-t-il réussir là où d’autres, avant lui, ont perdu la santé et même la vie?

Invité, lundi 4 mai, à l’émission « Bosolo na Politik », Pascal Mukuna n’a pu s’empêcher d’écraser une larme avant de pointer un doigt accusateur en direction de ses ex-amis de la mouvance kabiliste dite « Front commun pour le Congo ». Pour lui, c’est le FCC qui a commandité et « monté » la sextape qui circule sur les réseaux sociaux. Va-t-on assister à un « duel à mort » entre « Joseph Kabila » et le « bretteur » Mukuna? Qui aura la peau de l’autre?

Adulé par certains, exécré par d’autres « pour son opportunisme », « l’évêque », comme l’appellent les Kinois et les fidèles de son église, ne laisse personne indifférent. Après avoir évolué dans la mouvance kabiliste, il a rompu le « cordon ombilical » qui le rattachait au « raïs » dès le lendemain de l’investiture de Felix Thsisekedi à la tête de l’Etat. Opportunisme? Tribalisme?

Pascal Mukuna qui appartient à l’ethnie Luba du Kasaï à l’instar de « Fatshi » balaie toutes ces critiques. Il explique, non sans pertinence, ce qui ressemble à première vue à un virage à 180 degrés.

Pour lui, il a côtoyé « Joseph Kabila » à l’époque où celui-ci était Président de la République. « Depuis le 24 janvier 2019, c’est Felix Tshisekedi qui est le chef de l’Etat. Je constate que le nouveau Président n’a pas les mains libres pour conduire ses réformes. Le pays est pris en otage par Kabila », répète-t-il.

Emmanuel Shadary, le « dauphin »

Personnage controversé pour avoir notamment fait partie de l’équipe de campagne d’Emmanuel Ramazani Shadary, le dauphin de « Kabila » à l’élection présidentielle du 30 décembre 2018, Mukuna se lance dans une croisade. Il veut éveiller la « conscience politique » de ses concitoyens. Il veut les sensibiliser sur le fait que « le Congo appartient aux Congolais ». Et qu’ils doivent s’en réapproprier après avoir été dépouillés par des pseudo-libérateurs qui ont mis le « pays à genoux » par le pillage de ses ressources.

L’évêque Pascal est conscient des risques qu’il prend. Il n’a pas oublié qu’avant lui le Pasteur Albert Lukusa de Lubumbashi avant défié le pouvoir kabiliste par des sermons très critiques. Ce dernier est décédé en décembre 2004 dans des circonstances non élucidées.

En 2006, Le pasteur Kutino Fernando avait lancé le mouvement « Sauvons le Congo ». Il dénonçait tant la misère sociale que l’occupation du pays par des « étrangers ». Accusé de détention illégale d’armes et des propos incitant à la haine, Kutino fut condamné à dix ans de prison. « Aujourd’hui Kutino est devenu un handicapé », lança Mukuna lors de l’émission précitée.

Bien qu’il peine à mobiliser les masses congolaises, l’évêque Mukuna a trouvé son créneau. Il s’agit de dire haut et fort ce que les Congolais murmurent dans les « chaumières ». A savoir notamment:

  • Qui a tué le président Laurent-Désiré Kabila? Qui en est le commanditaire?

Pour Mukuna, la présence de Felix Tshisekedi à la tête de l’Etat constitue un moment propice pour rouvrir le procès des présumés assassins de Mzee Kabila. Des hommes et des femmes qui sont en passe de totaliser vingt années de détention à l’issue d’un procès inachevé et inique. Pour lui, Eddy Kapend, aide de camp du défunt chef de l’Etat au moment des faits, doit livrer sa part de vérité.

  • Qui est réellement l’homme qui s’appelle « Joseph Kabila »? Quel est son parcours personnel? Quid des autres membres de la fratrie?

A l’instar de nombreux Congolais, le prédicateur de l’ACK se pose des questions sur la filiation des membres de la fratrie « Kabila » (Joseph, Jaynet et Zoé) avec leur géniteur putatif en l’occurrence LD Kabila. « Le Mzee n’avait pas d’autres enfants? », s’interrogeait-il lors de son passage à l’émission « Bosolo na Politik » avant de sortir l’artillerie lourde: « Ils [les « libérateurs »] sont arrivés dans notre pays en 1997 sans un sou avec des bottes en caoutchouc, aujourd’hui, ils possèdent plusieurs milliards en dollar ». Suivez son regard!

Pour l’évêque « Pascal », « Kabila » a, en dix-huit ans de pouvoir, déstructuré le tissu économique et industriel du Congo-Zaïre. Il a détruit le pays. « Il a laissé dépérir les entreprises publiques qui existaient, pour en créer d’autres ». Il cite notamment: la Minière des Bakwanga (MIBA), la Gécamines et la compagnie aérienne congolaise (LAC). La liste n’est pas exhaustive. Selon lui, le port de Matadi a subi le même sort. « Il a fait ériger un autre un port privé à côté de celui de Matadi ».

  • Les assassinats

Pour Pascal Mukuna, l’heure a sonné pour que l’on sache qui a fait quoi en matière d’assassinats commis durant les dix-huit années de présence de « Kabila » au sommet de l’Etat. Lundi 4 mai, il a cité Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, Rossy Mukendi Tshimanga et Thérèse Kapangala. « Où est le corps d’Armand Tungulu? », s’est-il exclamé chez Israël Mutombo. Et d’ajouter que le moment est venu pour rouvrir le dossier relatif aux fosses communes de Maluku.

On rappelle qu’en février dernier, Pascal Mukuna a été convoqué et auditionné par les services du conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de Sécurité. « Ils ont tenté de m’intimider en me demandant d’arrêter des critiques contre Kabila, je leur ai dit que je ne vais pas céder aux intimidations et que je vais continuer », déclarait-il à la sortie.

A l’instar de la grande majorité de ses concitoyens, ce prédicateur a acquis la conviction qu’aucun changement ne pourrait intervenir au Congo-Kinshasa aussi longtemps que le « système Kabila » ne sera pas mis « hors d’état de nuire ». Il rêve ni plus ni moins que de faire traduire le successeur de Mzee en justice.

Quid de sa motivation? Le « bretteur » Pascal Mukuna se croit investi d’une « mission ». Et que Dieu est avec lui. A l’image de Moïse, cet homme aux biceps de déménageur estime que « Dieu l’a chargé de délivrer son peuple des mains de Pharaon ».

« Joseph Kabila » est, dès lors, prévenu: il sera tenu responsable de tout accident qui pourrait arriver au « Pasteur » de l’église ACK. Et ce y compris le fait que « l’homme de Dieu » glisse dans sa salle de bain…

 

Baudouin Amba Wetshi