Justice: La coalition FCC-CACH « fragilisée » par Mukuna

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En « dénonçant » au grand jour les excès des « années Joseph Kabila », Pascal Mukuna a asséné un sacré « coup psychologique » au prédécesseur de Felix Tshisekedi Tshilombo. Pour la première fois, un citoyen congolais a eu le courage de signaler aux autorités judiciaires congolaises les crimes et délits impunis, commis durant les dix-huit années de pouvoir du successeur de Mzee Kabila. En dépit de la sérénité affichée, on a accusé le coup au FCC/PPRD. Ici, on préfère insister sur la vie intime du pasteur de l’ACK (Assemblée chrétienne de Kinshasa). Et pourtant, le « message » véhiculé par ce « serviteur de Dieu » rencontre les préoccupations de la grande majorité de la population congolaise. Faudrait-il immoler le « messager »? Une certitude: le « raïs » est démythifié. La symbolique est forte!

Pascal Mukuna entouré d’une dizaine de personnes

La vidéo a été diffusée abondamment, jeudi 7 mai, sur les réseaux sociaux. On y voit Pascal Mukuna entouré d’une dizaine de personnes dont l’avocat Jean-Claude Katende, président de l’Asadho (Association africaine de défense des droits de l’homme). La délégation sortait de la Cour constitutionnelle où elle venait de déposer une « dénonciation » contre l’ex-président « Joseph Kabila ».

Cette dénonciation s’articule sur dix dossiers criminels qui vont du double massacre des adeptes du mouvement religieux ex-Bundu dia Kongo à l’assassinat des experts onusiens Zaida Catalan et Michaël Sharp en passant par l’assassinat du défenseur des droits de l’Homme Floribert Chebeya et son chauffeur Fidèle Bazana. Sans omettre, les fosses communes de Maluku et du Kasaï ainsi que la répression sanglante des manifestations pacifiques organisées par le CLC (Comité laïc de coordination).

Pourquoi une « dénonciation » et non une « plainte »? C’est la question qui revient sans cesse dans les conversations. « La dénonciation rend la démarche de Mukuna quelque peu folklorique », ricanait vendredi un confrère kinois.

De manière schématique, nul ne peut déposer une plainte sans avoir été lésé par une infraction. La dénonciation, elle, peut être le fait de tout citoyen lambda qui signale un coupable à la justice ou à une autorité compétence.

Autre question: pourquoi Mukuna a-t-il saisi la Cour constitutionnelle – qui est le juge pénal du Président de la République et du Premier ministre (article 164 de la Constitution) – en lieu et place de la Cour de cassation du fait que « Joseph Kabila » n’est plus « que » sénateur à vie? « Joseph Kabila n’a pas accompli les faits qui lui sont reprochés en tant que sénateur à vie. Il est poursuivi en sa qualité d’ancien Président ». L’homme qui donne ces précisions n’est autre que Jean-Claude Katende que l’auteur de ces lignes a joint au téléphone, vendredi soir, à Kinshasa.

RÉACTIONS

André-Alain Atundu

Au cours d’un point de presse qu’il a animé jeudi, André-Alain Atundu, porte-parole du « Front commun pour le Congo » (FCC), a semblé accuser les partisans du « nouveau régime » d’ériger « Kabila » en bouc émissaire des contre-performances socio-économiques du moment. « L’amélioration de la vie de nos populations dépend plus de la capacité du pays à atteindre un budget à la hauteur de ses besoins et de son ambition que de récrimination contre le régime Kabila ».

Pour lui, les « slogans djihadistes » entonnés contre « Kabila » n’aurait qu’un seul effet. Celui de détourner l’attention des Congolais des véritables problèmes de développement du pays.

Ancien ministre de la Communication et des médias, Lambert Mende Omalanga a pris le relais le vendredi. Selon lui, Pascal Mukuna dont il s’est gardé de citer le patronyme « a l’ait d’avoir un sérieux problème d’équilibre mental. (…)« .

Pour Mende, après avoir été « propagandiste du FCC », Mukuna voudrait « tout simplement séduire le nouveau régime en perdant de vue que le nouveau Président a fait une alliance avec le FCC ». Sans convaincre, « Lambert » de souligner que la coalition FCC-CACH « ne rompra pas ».

Président de la ligue des jeunes du PPRD, Serge Kadima commence par saluer ce qu’il considère comme une « première alternance historique » intervenue le 24 janvier 2019 à la tête du pays. Il feint d’ignorer que l’alternance consiste au remplacement d’une majorité par une autre. Et que outre Mukuna, nombreux sont des Congolais qui sont d’avis que l’alternance n’a pas eu lieu le 30 décembre 2018. « Joseph Kabila et sa famille politique sont majoritaires au Parlement, au gouvernement, aux assemblées provinciales ainsi qu’aux gouvernements provinciaux », aime clamer le pasteur de l’ACK.

Pour Serge Kadima, Mukuna chante le « Djalelo » pour « flatter » le président Felix Tshisekedi. « Chacun peut s’exhiber dans la détestation sans raison de Joseph Kabila, mais il est temps d’arrêter de l’utiliser comme bouc émissaire ou comme alibi pour brouiller les pistes face à des déboires personnels dont il n’est pas la cause », dit-il.

LA COALITION FCC-CACH FACE À L’OPINION

Tout en clamant leur attachement à la coalition qui gouverne le pays depuis 15 mois, ces cadres de la mouvance kabiliste dissimulent à peine leur soupçon à l’égard de l’allié CACH en général et de Felix Tshisekedi en particulier. Ce dernier est implicitement suspecté de « laisser faire » Pascal Mukuna. Et si ce « serviteur de Dieu » ne faisait que dire tout haut ce que l’opinion publique congolaise murmure tout bas?

Quinze mois après la « passation pacifique » de pouvoir entre « Joseph Kabila » et Felix Tshisekedi, il apparaît que les deux parties n’avaient pas tenu compte de la soif du changement qui dévorait la grande majorité de la population. Pour eux, leur « deal » allait passer comme une lettre à la poste.

Kabila et Tshisekedi

Et pourtant. Le 30 décembre 2018, les Congolais sont allés massivement voter. L’objectif était de tourner définitivement la page ou plutôt le chapitre des dix-huit années cauchemardesques de « Kabila ». Dix-huit années d’immobilisme au plan socio-économique. Dix-huit années au cours desquelles, le « Grand Congo » a vu ses valeureux fils et filles tomber sous les balles des janissaires de la « Kabilie ». Rossy Mukendi Tshimanga, Thérèse Kapangala. La liste n’est pas exhaustive.

Méprisant comme à son habitude, « Kabila » qui a toujours considérer l’ex-Zaïre comme une « prise de guerre » n’a jamais été à l’écoute de l’opinion nationale. Pour quoi faire de la part d’un individu qui n’a jamais cru qu’aux rapports de force?

Dans le communiqué conjoint signé le 6 mars 2019 entre le FCC et le CACH, la mouvance kabiliste enjoignait littéralement le président Tshisekedi de « nommer diligemment » un Premier ministre issu du FCC.

CABALE

Le 29 juillet de la même année, les deux parties paraphaient (voir photo en Une) la « déclaration solennelle » scellant la naissance de la coalition. On apprenait que sur les 65 membres du gouvernement à composer, la mouvance kabiliste dont l’échec est patent se réservait 42 postes. Le CACH s’est contenté de 23.

A l’instar de Pascal Mukuna, l’opinion publique nationale a acquis la conviction que le président Felix Tshisekedi n’a pas les « mains libres » pour conduire des réformes. Sa marge de manœuvre est très tenue.

L’opinion congolaise a acquis également la conviction qu’aucun changement qualitatif ne pourrait intervenir aussi longtemps que le « système Kabila » ne sera éradiqué.

Des observateurs impartiaux saluent le courage de « l’évêque Pascal ». En dénonçant les atrocités imputables au pouvoir kabiliste auprès des juridictions compétentes, disent-ils, « l’évêque Mukuna a traduit le refus de 80 millions des Congolais de continuer à courber l’échine face à des individus sortis du néant qui ont pris leur pays en otage ».

Au moment de boucler ce « papier », on apprenait que la dame Mamie Tshibola (l’actrice autoproclamée de la fameuse vidéo) aurait porté plainte contre Mukuna pour… viols. Comment ne pas y voir une cabale. A qui profite le crime? Poser la question, c’est y répondre.

Une chose paraît sûre: la coalition FCC-CACH est « fragilisée » par la méfiance ambiante. En attendant, le clap de fin, les deux « partenaires » vont se tenir par la barbichette. Jusqu’à quand?

 

Baudouin Amba Wetshi

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