Diplomatie congolaise: Le cri de détresse d’un diplomate à Harare

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Au cours de l’émission « Masolo na député », du mercredi 17 février, les téléspectateurs ont pu suivre le « SOS » lancé par le premier conseiller d’ambassade Jean-Paul Lohola de la capitale zimbabwéenne. Depuis lundi 15 février, ce diplomate congolais et sa famille dorment à la belle étoile à l’entrée de la représentation diplomatique du Congo-Kinshasa. En cause, le nom paiement de loyer qui est devenue une sorte de « pandémie » au sein du monde diplomatique congolais. Il ne se passe pas un mois sans que l’on apprenne l’expulsion d’un diplomate de son logis. Et ce aux quatre coins du monde.

« Lundi [15 février]. Il est 18 heures. Je vais passer la nuit dehors devant l’entrée de l’ambassade. Faute de paiement de mon loyer. Ce matin, le bailleur est venu. Il m’a jeté dehors moi et ma famille. Je passe la nuit devant l’entrée de l’ambassade ». L’homme qui parle est un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères du Congo-Kinshasa. Il été envoyé en poste à Harare, au Zimbabwe, pour servir dans la représentation diplomatique du pays. Nom: Jean-Paul Lohola Ngandu. Grade: premier conseiller.

Ce compatriote accuse une année de loyer impayé. Selon lui, l’ambassade disposerait d’un solde créditeur estimé à 25.000 $ en banque au titre de frais de fonctionnement. « L’ambassadeur ne voudrait pas qu’on touche à cet argent », lui aurait dit un membre de l’ambassade prénommé « Jacky ».

L’ambassadeur de la RDC à Harare, Mawampanga Mwana Nanga

Prenant son courage avec ses deux mains, Lohola Ngandu est allé voir l’ambassadeur qui n’est autre que l’inamovible Mawampanga Mwana Nanga. « Kabiliste historique », ce dernier dirige cette représentation diplomatique congolaise depuis 2002 soit une année après la mort du président Laurent-Désiré Kabila.

Lors de cet entretien, le diplomate a dit son étonnement suite au non-paiement du loyer de son habitation alors que l’ambassade a reçu deux mois de frais de fonctionnement (12.500 $ x 2) qui sont logés à la banque. Mawampanga de répondre: « La gestion de frais de fonctionnement relève du pouvoir discrétionnaire de l’ambassadeur ». L’ambassadeur n’a pas non plus accepté que le diplomate et sa famille trouvent « refuge » momentanément dans les installations de l’ambassade.

 

 

Ancien ministre des Finances sous Mzee Kabila et « Joseph Kabila », Mawampanga Mwana Nanga fait partie de ces « personnalités » congolaises qui considèrent le « pouvoir discrétionnaire » comme un pouvoir arbitraire. Alors qu’il s’agit d’un pouvoir légale qui laisse au responsable concerné une marge de manœuvre pour apprécier et décider en fonction de l’opportunité. L’élément central reste l’intérêt général et non le « bon vouloir » dudit responsable.

Que dit la loi? La Circulaire n°1 relative au déroulement de la carrière et avantages, promulguée par arrêté n°130/000160/87 du 20 janvier 1987 énonce notamment que les agents sont affectés dans les représentations diplomatiques et consulaires, en principe, pour un terme de quatre ans. « Chaque agent a droit à un logement fourni gratuitement par l’Etat », peut-on lire au paragraphe 14 de la section 3, Les « dysfonctionnements » déplorés ici découlent de la défaillance des structures de contrôle et de l’impunité.

A l’époque où le Congo-Zaïre vivait la période des « vaches grasses », les contrats de logement des diplomates étaient établis au nom de la Représentation diplomatique et signés par le chef de mission. L’accumulation de retard de paiement de loyer a érodé la confiance. Les bailleurs exigent aux locataires de contresigner les contrats. Il est plus aisé de faire déguerpir un diplomate insolvable que de s’attaquer à la mission diplomatique via les Affaires étrangères.

La diplomatie congolaise (Administration centrale et postes diplomatiques) a urgemment besoin des réformes. Il s’agit essentiellement de réduire un personnel pléthorique. Il en est de même des représentations diplomatiques. Le Congo-Kinshasa compte près de 70 postes diplomatiques pour atteindre quels objectifs, avec quels moyens?

Le cas de Lohola Ngandu n’est que la partie immergée de l’iceberg. Le mal est profond. Les abus sont légion. A titre indicatif, à Bruxelles, un ancien ambassadeur continuerait – preuve à l’appui -, depuis près de deux ans, à percevoir son « salaire ». Montant: 5.714 €. Le problème, l’homme exerce d’autres fonctions à Kinshasa. Le même employeur le paie deux fois.

La Circulaire précitée permet au diplomate rappelé de toucher son indemnité de poste et les autres avantages sociaux jusqu’au retour de sa famille. Retour devant intervenir à la fin de l’année scolaire en cours.

Ministère des affaires étrangères

A Bruxelles toujours, il y a des diplomates qui ne sont plus accrédités au ministère belge des Affaires étrangères. Ils ont de ce fait perdu le statut diplomatique. Comble de paradoxe, ces diplomates sont rayés des listes de paie pendant que leur rapatriement se fait attendre. Certains de ces fonctionnaires ont des graves soucis de santé. L’Etat congolais aurait-il perdu l’humanité?

Revenons à Harare. Il ne reste plus au 1er conseiller Lohola Ngandu que de lancer un cri de détresse en direction de l’Administration centrale. C’est ce qu’il fait. « Je sollicite l’intervention des autorités du pays », dit-il. Il cite au passage la ministre des Affaires étrangères Marie Ntumba Nzeza – dont le bilan reste mitigé – et le directeur des services généraux.

Concluant son cri de détresse, le diplomate de marteler: « L’ambassade a reçu deux mois de frais de fonctionnement. L’ambassadeur vient de transférer 15.000 $ à Kinshasa ». Selon Lohola Ngandu, l’ambassadeur Mawampanga a vendu une Jeep à l’ambassade d’Angola. Montant: 75.000 $. Ce n’est pas tout. « L’ambassadeur a vendu au total quatre véhicules de l’ambassade ». Ce diplomate sera-t-il entendu? C’est à voir!

 

B.A.W.

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