Discours sur l’état de la nation: Felix Tshisekedi en rassembleur!

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Dans sa deuxième allocution sur l’état de la Nation, le président Felix Tshisekedi Tshilombo a réaffirmé sa volonté de « rassembler » le personnel politique congolais au-delà des clivages idéologiques. Pour lui, seul compte la réponse à donner aux attentes de la population congolaise. Il a rendu hommage à tous les députés et sénateurs – « toutes tendances politiques confondues – qui avaient participé aux consultations qu’il avait lancées en vue de la mise sur pied de « l’Union sacrée de la nation ».

Palais du peuple, le siège du Parlement congolais

Dimanche 13 décembre, l’annonce de l’allocution présidentielle sur l’état de la nation a été suivie par des informations parcellaires – pour ne pas dire des rumeurs – faisant du report sine die de la cérémonie. On apprendra, de bouche à oreille, que le « Bureau d’âge » mis en place après l’éviction, jeudi 10 décembre, du « Bureau Mabunda », ne serait pas habilité à convoquer le Congrès. Les législateurs de 2005 sont restés muets sur le sujet. Au début de la soirée, une déclaration émanant du directeur de la presse présidentielle a mis fin à la controverse: la cérémonie aura bel et bien lieu lundi 14 décembre.

Il importe d’ouvrir la parenthèse ici. Annoncée à 11 heures, la cérémonie n’a commencé qu’aux environs de 13h30. On espère que ce changement d’horaire a été communiqué aux différents invités. A savoir notamment les représentants du corps diplomatique. Ceux-ci ont des journées bien programmées. Les spectateurs de la RTNC ont vu des diplomates en train de somnoler dans l’hémicycle du Palais du peuple. Effet de la chaleur? Lassitude?

C’est le lieu de rappeler aux responsables du service du protocole d’Etat rattaché à la Présidence de faire preuve de rigueur dans la gestion du temps du chef de l’Etat. « L’heure, c’est l’heure; avant l’heure, c’est pas l’heure; après l’heure, c’est plus l’heure », disait Charles Baudelaire. Ancien chef du Protocole à l’Elysée sous le président Jacques Chirac, Paul Poujade écrit notamment que le titulaire de ce poste doit « avoir un sens aigu de la ponctualité et veiller de manière sourcilleuse au respect du programme établi » (voir Paul Poujade, Dans l’ombre du Président, Ed. Michel Lafon, 2014). Dieu seul sait le nombre des plaintes qui fusent ici et là sur le laxisme ambiant. On ne pourrait s’empêcher de déplorer la présence d’un public bruyant dans l’hémicycle du Parlement, un lieu réputé neutre. Fermons la parenthèse.

« FATSHI » MECONNAISSABLE

Alexis Thambwe Mwamba, alors ministre de la Justice

Revenons au Congrès. La séance plénière a été présidée par le numéro un du sénat Alexis Thambwe Mwamba. Après avoir constaté que le « quorum est atteint » (398 députés sur 500  et 88 sénateurs sur 108), Thambwe a cédé la parole à l’illustre orateur du jour.

Pendant une vingtaine de minutes, le président Felix Tshisekedi a parlé sans accrocs. C’est ici qu’il importe de s’attarder sur la forme et le fond de l’adresse présidentielle.

Sur la forme, le chef de l’Etat – qui a fait preuve d’éloquence autant que de solennité lors de ses discours du 23 octobre et du 10 décembre – a surpris plus d’un observateur par ses hésitations. Est-ce la fatigue? Avait-il disposé du temps nécessaire pour se familiariser avec son texte? D’aucuns redoutaient que l’homme soit épuisé par cette série de discours. D’autres laissaient entendre que le chef de l’Etat semblait avoir des difficultés visuelles pour lire son texte. Que s’est-il passé?

Sur le plan du fond, « Felix » a commencé par rappeler son premier discours du genre prononcé le 13 décembre 2019. Il avait annoncé, à cette occasion, que l’année 2020 sera « une année de l’action ». Selon lui, sa « détermination était renforcée par l’alternance pacifique intervenu au sommet d’Etat ». Il a dû réaliser que son « seul vouloir n’allait pas suffire ».

Il a rappelé, dans la foulée, les « efforts » qu’il a déployés et les « sacrifices » consentis. Sans omettre les « humiliations » qu’il a subies en silence en espérant parvenir au fonctionnement harmonieux de la coalition. Au fil du temps, il devenait aléatoire de mettre en route les réformes réclamées par la population. C’est ainsi qu’il a décidé de « réagir face à une situation qui menaçait à la longue le bon fonctionnement des institutions » dont il est le garant.

Il a rappelé également son discours du 23 octobre au court duquel il a lancé les « consultations  » avec les forces vives en vue de « rechercher la voie de sortie de crise ». Dans son message du 10 décembre, il a relevé la « convergence » apparue entre lui et les « consultés » sur la nécessité « de rompre avec une coalition Cach-Fcc devenue paralysante ».

Pour le chef de l’Etat, un informateur devrait être nommé en vue d’identifier une coalition majoritaire pour former le gouvernement de « l’union sacrée de la nation ».

HOMMAGE APPUYÉ AUX DÉPUTÉS ET SÉNATEURS

Une vue de l’hémicycle du Palais du peuple

Felix Tshisekedi a rendu un hommage appuyé aux députés et sénateurs qui avaient pris part à ces consultations. Pour lui, ces parlementaires ont montré à la face du monde qu’ils travaillent pour l’intérêt du peuple dont ils sont les représentants. « Vous avez un rôle a joué pour corriger les excès du passé », a-t-il souligné. Et d’ajouter: « Que l’on soit de la majorité ou de l’opposition, chacun doit jouer sa partition dans l’amour du pays, de son peuple et dans le respect des institutions ». Pour lui, « le processus de maturation de notre démocratie est irréversible. Il doit se refléter dans les prochaines échéances » de remplacement du Bureau de l’Assemblée nationale.

Il a, par ailleurs, invité les « congressistes » à soutenir son action en vue de rétablir l’autorité de l’Etat dans la partie orientale du pays où la situation sécuritaire reste « préoccupante ».  Une minute de silence a été observée à la mémoire des victimes.

Pour l’avenir, le locataire du Palais de la nation a énuméré plusieurs actions. On pourrait citer notamment la libéralisation du secteur de la distribution d’eau et de l’électricité. Désormais le marché est ouvert à d’autres opérateurs. On pourrait citer également la création d’une école de guerre en 2021 grâce à la coopération française et la construction d’une académie de la police par l’Union européenne. La Chine, elle, devrait construire de nouvelles infrastructures.

Pour le président Felix Tshisekedi, le Congo-Kinshasa est en passe de reprendre « progressivement sa place dans le concert des nations » avec comme point culminant la présidence en exercice tournante de l’Union Africaine qui lui reviendra en 2021. Pour lui, le moment est venu d’améliorer l’image du pays par « une bonne prise en charge de nos ambassades ». Tout au long de son speech, le numéro un Congolais a joué la carte de « rassembleur » en s’efforçant de se mettre au-dessus des contingences idéologiques.

 

Baudouin Amba Wetshi

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