La loi des « Wewa »

Read Time:3 Minute

A Kinshasa, les conducteurs des mototaxis sont communément appelés « Wewa ». Le 17 juillet, une dame conduisait tranquillement ses enfants à Aqua Splash, un parc aquatique dans la commune de Limete. Malheureusement, quand elle avait entamé sa manœuvre pour tourner vers le site, un « Wewa » est venu percuter rudement le flanc arrière droit de son véhicule. Le choc a été violent. Le motard fut éjecté à quelques mètres du point d’impact. Il était blessé et gisait groggy sur la route. Evidemment, il était en tort. Des images furent enregistrées par les caméras de surveillance et diffusées sur les réseaux sociaux. Ces amis « Wewa » qui passaient par là, brûlèrent en représailles la voiture devant les yeux médusés des passants, de la dame et de ses enfants. Enfer et damnation! Ce n’est pas la première fois qu’ils se comportent ainsi en groupe. On les dit protégés par les gens « d’en haut d’en haut ». On ne sait pas lesquels. Sapristi!

« La raison du plus fort est toujours la meilleure ». C’est écrit depuis 1668 dans la fable « Le loup et l’agneau » de Jean de La Fontaine. Les « Wewa » transportent non seulement des passagers sains d’esprit mais aussi des malades, des cadavres et des colis. Saperlipopette! Pour ceux qui ne le sauraient pas, « Wewa » veut tout simplement dire « toi » en Tshiluba. Vers 2007, constatant que l’accès en voiture ou en bus à certains quartiers périphériques était difficile, des jeunes introduisent le transport à moto. Cette activité sera petit à petit reprise en main par d’anciens creuseurs de diamant artisanal venant du Kasaï qui ont déboulé dans la capitale ou ce qu’il en reste.

D’après mon ami qui sait ce qui se passe dans tous les coins et recoins de Kinshasa la déglinguée, ces motards étaient principalement d’anciens creuseurs de diamant reconvertis à la suite d’une crise majeure provoquée par la faillite de la MIBA (Minière de Bakwanga) et par l’épuisement des gisements de diamant artisanal. L’exploitation du diamant n’étant plus rentable, ils se sont donc lancés dans la moto. Au départ, les « Wewa » étaient principalement Kasaïens. Ils proviennent aujourd’hui de tous les horizons. Il y aurait même parmi eux des vaillants policiers et militaires qui cherchent à arrondir les fins de mois et même des universitaires. Personne ne connait leur nombre exact faute de recensement. Il y aurait, selon des estimations, près de dix mille mototaxis à Kinshasa.

Au fil du temps, les Wewa sont considérés comme une association de malfaiteurs, à la base du désordre et de l’insécurité. On leur reproche de ne pas respecter le code de la route. Ils ne portent pas de casque ni leurs clients d’ailleurs. Comme si cela ne suffisait pas, leurs motos n’ont pas de plaques d’immatriculation. Stupeur et tremblements! Comme des virtuoses, ils slaloment entre les automobiles et les piétons. Ils roulent à vive allure et souvent à contresens. Ils percutent des véhicules, des piétons et parfois ils se rentrent dedans. Ceci expliquant cela, les accidents sont légion. Il en de même des blessés et des morts. Gare à tout celui qui est impliqué dans un accident avec eux. Il n’est pas rare de voir des motards pourchasser une voiture comme un essaim d’abeilles vengeresses bourdonnant de colère. Les chances de les semer sont minces. Au bout du compte c’est un passage à tabac en règle ou l’incendie du véhicule incriminé. Ils bastonnent aussi impunément des policiers trop stricts. Saperlipopette! Rien d’étonnant dès lors que nos agents de l’ordre les craignent comme la peste.

Toute action entraîne une réaction. C’est la troisième loi de Newton connue aussi sous le nom de principe des actions réciproques. Les autorités de la ville (ah oui, il y en a!) ont décidé de sévir. Il a été décrété que désormais, tous les « Wewa » doivent se munir des plaques d’immatriculation et porter des casques. Un contrôle sera effectué à partir du 20 août. Attendons de voir la suite avec beaucoup de patience. Les annonces sans lendemain sont monnaie courante ici.

On dit chez nous que mieux vaut marcher sans savoir où aller que rester assis sans rien faire.


GML

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %

4 thoughts on “La loi des « Wewa »

  1. Les mototaxis existent dans plusieurs pays du monde. La réglementation de cette activité est un acte louable mais il faut aller en profondeur jusqu’à la digitalisation de tout ce secteur. A Kinshasa les mototaxis paient, je pense, cinq cents francs congolais par jour. Et si ils sont à dix mille, leur contribution est presque de un million de dollars chaque mois. Cette somme si elle est bien gérée peut bien rentabiliser cette filière et les aider à s’organiser et à améliorer l’environnement de la circulation dans tout kinshasa. Aller en profondeur c’est aussi les identifier par commune, par quartier, par parking etc. Il est souhaitable qu’ils s’organisent sur le plan professionnel comme corporation avec leurs représentants qui joueront le rôle de pont entre les autorités de la ville et leurs membres. En dehors des actes négatifs que certains d’entre eux posent et il y a aussi des effets bénéfiques vu le niveau d’embouteillage à certains endroits et à certaines heures. En échangeant avec un professeur d’université de la place, nous sommes arrivés à la conclusion de pousser nos universités à la recherche appliquée y compris dans ce domaine et bien d’autres comme sur quelle type de circulation pour nos villes et pour le pays. Ce sont plus des hommes qui exercent ce métier très exigeant et certains arrivent à dormir sur la moto avec le guidon comme oreiller. Ils ont droit d’avoir un bureau dans la ville voir des bureaux et une coordination nationale et d’être attachés au ministère de transport par exemple. Et cette réflexion doit s’étendre sur la circulation et les voies de communication en particulier et le transport en général sur quels types de communication ou de transport pour nos villes, villages et pour tout le pays. Un pays peut il prétendre au développement sans un système de transport pratique et robuste ?

  2. Ce contrôle sera sans lendemain. Ce n’est pas la première fois que les autorités de la ville ou celles qui prétendent l’être ont décrétés d’identifier ces personnes. Cela a toujours tourné en eau de boudin. la véritable question à se poser: Qui neutralise les actions des autorités de la ville contre ces individus, milices dangereuses pour la quiétude des kinois ?

  3. C’est la faute de Kabila qui avait construit le pont loange qui permet aux jeune baluba d’arriver a kin et de faire du banditisme urbain. Tous ces jeunes sont des kamwina sanpu et ils sont tous membres de l’udps. Ekoyinda na 2023.

  4. Vous devriez vous demander ou sont partis les rebelles de la milice de kingabwa! ce sont eux les kamwina sampu qui sont devenus des wewa aujourd’hui. Ils reprendront les armes avant la proclamation des resultats de 2023 Tous les congolais savent que ces bandits ont recu des motos a la permanence de l’udps.

Comments are closed.

Previous post Présidentielle 2023: ancien collaborateur d’Étienne Tshisekedi, Gaston Dyndo Zabondo annonce sa candidature
Next post RDC: une pétition de plus de 100.000 signatures déposée à la Présidence pour exiger l’annulation du projet d’Appel d’offre de 30 blocs pétroliers et gaziers