Les prochaines élections seront porteuses soit de progrès soit d’instabilité

Pour les experts du FMI, l’Etat congolais doit poursuivre des politiques économiques prudentes et des réformes. Il s’agira sur le plan budgétaire de garder les dépenses non essentielles sous contrôle, de rationaliser les dépenses en biens et services, tout en préservant les dépenses sociales et les investissements prioritaires. La corruption doit être combattue avec vigueur. Des contrats miniers léonins ont été signés, qui sont entachés de corruption et d’irrégularité. Ils ne profitent ni à la population ni au pays.

Gaston Mutamba Lukusa

Selon le calendrier de la CENI (Commission électorale nationale indépendante), les Congolais sont appelés aux urnes ce dimanche 20 décembre 2023 pour se choisir un Président de la République ainsi que les membres de l’Assemblée nationale et de l’Assemblée provinciale et enfin les conseillers communaux. Ces élections pourront-elles être source d’instabilité ou de prospérité ? La population aspire à un changement, à une meilleure vie. Elle attend de ces élections une amélioration des conditions d’existence. Si ces élections ne sont ni transparentes ni crédibles, le pays pourrait sombrer dans le chaos. Des fraudes électorales ne seront tolérées ni par la population ni par la communauté internationale. Leurs auteurs et le pays s’exposeront à de lourdes sanctions. Après les scrutins, il faudra gérer le pays. Des réformes doivent être entreprises afin de préserver la paix sociale. Sinon l’après-élection risque d’être pire qu’avant. L’amélioration des conditions d’existence passe notamment par la création de milliers d’emplois. Pour cela, une bonne gouvernance, un bon climat des affaires et un environnement économique assaini sont nécessaires. Voici reprises ci-dessous quelques pistes de réflexion. Le pays doit publier en temps opportun les contrats miniers.

Il faut instaurer la rigueur dans la gestion monétaire et budgétaire

Ces  derniers mois, nous assistons à une dépréciation du taux de change qui balaie le pouvoir d’achat de la population. Le pays est désormais aux prises avec une inflation en hausse. L’histoire du pays nous apprend que la dépréciation monétaire est toujours liée aux déficits budgétaires. C’est ainsi que pour y mettre fin, il a été coulé dans la loi que le recours aux avances de la Banque centrale (soit la planche à billets) est prohibé tant pour le pouvoir central que pour la province et l’entité décentralisée. Malheureusement, l’exécution du budget de l’Etat se fait en violation de la loi financière et du règlement général sur la comptabilité publique. Le défaut d’exécution des dépenses publiques de façon systématique perturbe tout processus planifié de développement économique et social. Une attention particulière doit de ce fait être accordée à l’exécution du budget de l’Etat et à la qualité des dépenses.

Le gouvernement qui sortira des urnes devra poursuivre l’accord triennal au titre de la facilité élargie de crédit (FEC). Cet accord avait été approuvé par le Conseil d’administration du FMI le 15 juillet 2021 pour un montant total de 1.066 millions de droits de tirages spéciaux (DTS) (environ 1,52 milliard de dollars). C’est dans ce cadre qu’une équipe du Fonds monétaire international (FMI), a séjourné  à Kinshasa du 18 au 31 octobre 2023, pour discuter des progrès des réformes et des politiques des autorités. Après approbation de la revue par le Conseil d’administration du FMI, à la mi-décembre, le pays pourra bénéficier d’un décaissement de 152,3 millions de DTS (soit environ 200 millions de dollars) pour constituer des réserves en devises.

Selon l’équipe du FMI, l’économie est restée résiliente malgré un environnement difficile et incertain provoqué par la pandémie de COVID-19, la guerre en Ukraine et les conflits à l’Est du pays. Pour les experts du FMI, l’Etat doit poursuivre des politiques économiques prudentes et des réformes. Il s’agira sur le plan budgétaire de garder les dépenses non essentielles sous contrôle, de rationaliser les dépenses en biens et services, tout en préservant les dépenses sociales et les investissements prioritaires. Sur le plan monétaire, la Banque centrale du Congo devra renforcer sa politique monétaire afin de contenir les pressions inflationnistes. La flexibilité du taux de change reste essentielle pour absorber les chocs extérieurs et préserver les réserves en devises. Les experts du FMI ont aussi recommandé l’intensification des efforts pour améliorer la transparence et la gouvernance. Le pays doit publier en temps opportun les contrats miniers. En appliquant toutes ces recommandations, il sera possible d’avoir une bonne qualité des dépenses publiques et de stabiliser le taux de change.

Une bonne gouvernance doit être de règle

La Banque mondiale  définit la gouvernance comme le processus à travers lequel l’autorité est exercée dans un pays, à savoir: a) comment les gouvernements sont sélectionnés, tenus redevables, surveillés et remplacés; b) les capacités des gouvernements à gérer les ressources; c) l’aptitude des autorités à fournir les services efficacement ainsi qu’à formuler et à mettre en œuvre de bonnes politiques et réglementations; d) le respect des institutions qui gouvernement les interactions économiques et sociales.

En l’absence d’une bonne gouvernance, il est impossible d’amorcer une croissance économique inclusive et de permettre à la population de jouir pleinement des fruits du processus de démocratisation. La corruption demeure un fléau qui ravage le pays. Elle doit être combattue avec vigueur. Des contrats miniers léonins ont été signés, qui sont entachés de corruption et d’irrégularité. Ils ne profitent ni à la population ni au pays. Le prochain gouvernement devra négocier leurs amendements ou les annuler tout simplement. Le problème relatif à la réforme de l’armée ainsi que des services de sécurité reste entier. Si on arrivait à faire en sorte que l’armée soit motivée pour défendre les frontières et ne s’occupe pas des opérations de police, on aurait déjà fait un grand pas. Il y a la question urgente des guerres entretenues en Ituri et au Kivu par des milices armées auxquels s’ajoutent les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda.

La MONUSCO (Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo) va se retirer dans un avenir pas trop lointain. Ces questions devront donc être réglées à moyen terme par une armée nationale formée et bien équipée. Il est impossible d’amorcer un développement économique durable si l’administration publique n’est pas efficace. Des réformes doivent être poursuivies. La restauration de l’autorité de l’Etat passe par une justice indépendante et apolitique. L’appareil judiciaire demande à être restructuré, son statut revu, renforcé au point de vue des conditions de recrutement, de promotion et de discipline.  Sa place en tant que troisième pouvoir de l’Etat doit lui être reconnu. Elle doit demeurer le dernier rempart de la sauvegarde et de la protection des droits de la personne humaine. Elle doit être distribuée dans un esprit d’indépendance nécessaire à la recherche de la vérité, de l’objectivité et de l’impartialité. Les autorités doivent restructurer son administration, l’assainir, la motiver pour qu’elle puisse remplir son rôle éminemment protecteur des citoyens. L’esprit de solidarité nationale doit se manifester par l’accessibilité des plus déshérités aux soins de santé primaires.

Des infrastructures beaucoup plus performantes

Les infrastructures de base sont en plein délabrement. Il s’agit des aéroports, ports, chemins de fer, ponts, routes, eau potable, énergie électrique. Ces infrastructures sont gérées par des entreprises du portefeuille de l’Etat qui sont en faillite. Ces sociétés rendent des services onéreux et de mauvaise qualité. Il y a nécessité d’appliquer les lois de 2008 relatives à la réforme de ces entreprises de l’Etat afin de faciliter la vie quotidienne des citoyens. Deux présidents africains se sont illustrés ces dernières années dans la construction des infrastructures. Ils constituent un exemple à suivre. Il s’agit du président sénégalais Macky Sall qui a été élu en 2012 et du président ivoirien Alassane Ouattara élu en 2011.

Sous la présidence de Macky Sall, le Sénégal a construit de nombreuses infrastructures pour améliorer les conditions de vie des populations dans toutes les régions du pays. Le pays a réhabilité 40.000 km de routes et de pistes rurales, construit 22 ponts, bitumé 545 kilomètres de routes neuves interurbaines, construit 115 kilomètres d’autoroutes et 245 kilomètres de voiries. Il a bâti aussi le plus grand port multifonctionnel de l’Afrique de l’Ouest. En Côte d’Ivoire, Ouattara, avec une croissance économique moyenne de 8% chaque année, a transformé la Côte d’Ivoire. Il a construit de nombreux projets d’infrastructures. Dans le District autonome d’Abidjan, par exemple, il a construit notamment le quatrième et le cinquième pont d’Abidjan.

Concernant l’évacuation des produits d’exportation, une attention particulière doit être accordée au projet de corridor de Lobito qui reliera l’Angola, la RDC et la Zambie aux marchés mondiaux via le port de Lobito en Angola. Le gouvernement avait signé un accord avec le groupe émirati DP WORLD (Dubaï Port World) pour la gestion et le développement du port de Banana. Le gouvernement doit avoir à l’esprit que pour la relance de l’axe logistique Banana-Kinshasa, les ports fluviaux de Boma et de Matadi doivent s’intégrer dans cette nouvelle configuration malgré les réticences des syndicats et des travailleurs de la SCTP (Société commerciale des transports et des ports). Les prochaines autorités doivent songer à la réfection de la route Banana-Boma, au dragage du bief maritime Moanda-Matadi et à la réhabilitation de la voie ferrée Matadi-Kinshasa. Dans ce cadre, il faut moderniser le port de Matadi pour en faire un terminal très compétitif dans l’intérêt de l’importateur et exportateur congolais.

Des effets d’entraînement favorables sur l’économie sont aussi attendus du projet de construction du chemin de fer qui doit relier Banana à Matadi. Il en est de même de la réfection de la route reliant les deux localités. Il est crucial de désengorger certains centres urbains qui subissent des embouteillages monstres par manque de voiries urbaines. A Kinshasa par exemple, il faut songer à construire deux ou trois ponts sur la rivière Ndjili. Pour la fluidité de la circulation routière, il faut parvenir à transformer le fleuve Congo en un grand boulevard en éliminant toutes les tracasseries qui empêchent les opérateurs économiques d’investir dans le transport fluvial. Le cabotage le long des rivières et des lacs doit être encouragé. Cela peut constituer un vaste réseau de transport relié aux routes nationales et aux routes de desserte agricole. Cela se traduira par une bonne circulation des biens et des personnes. L’énergie électrique est en déficit. Elle est nécessaire pour le fonctionnement des sociétés minières, des opérateurs économiques et des habitants. Une volonté politique doit se dégager afin de faire aboutir le projet de barrage d’Inga III. Les investisseurs privés dans le secteur de l’électricité doivent aussi être encouragés.

Enfin, le prochain gouvernement doit entreprendre la construction d’ un aéroport moderne à Ndjili. Il devra être une belle et magnifique porte d’entrée dans la capitale du pays.

Gaston Mutamba Lukusa

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