Manono: L’exploitation du lithium pourrait débuter en 2023

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Gaston Mutamba Lukusa

La société australienne AVZ Minerals prévoit de lancer en 2023 l’exploitation du plus grand gisement de lithium de roche dure au monde à Manono, dans la province du Tanganyika. Des réserves prouvées et exploitables de 132 millions de tonnes de lithium ont été découvertes sur une dizaine seulement de kilomètres du sous-sol alors que le projet Lithium de Manono couvre une superficie de 188 km². Pour concrétiser son projet,  AVZ Minerals a entrepris la réhabilitation de la centrale hydroélectrique de Mpiana-Mwanga ainsi que des routes et ponts menant à Manono. Le Congo-Kinshasa pourrait ainsi devenir incontournable en matière des énergies renouvelables. Le pays est déjà le premier producteur mondial de cobalt, utilisé pour la fabrication des batteries électriques et quatrième producteur mondial de cuivre, qui entre dans la fabrication des voitures électriques et des infrastructures associées à la transition énergétique mondiale. Tous ces minerais sont essentiellement produits par des entreprises chinoises. Aussi, les principaux actionnaires de AVZ Minerals sont des entreprises chinoises, Yibin Tianyi Lithium Industry Co et Huayou International mining (Hong Kong). La Chine ambitionne d’être le leader mondial de la production de voitures électriques dès 2025. 

Le Projet Lithium de Manono

Le projet Lithium de Manono a débuté le 16 septembre 2016 quand fut signé à Lubumbashi un contrat de joint-venture entre La Congolaise de l’exploitation minière (COMINIERE) et la société mauricienne MMCS STRATEGIC relatif au Permis d’exploitation 12202 au Katanga pour l’étain, le wolframite, le coltan et le lithium. Les deux sociétés ont convenu de réaliser leur projet à travers la société Manono Minerals (MANOMIN) constituée à cet effet. Le capital fut reparti à raison de 32% pour COMINIERE et de 68% pour MMCS. La société mauricienne MMCS s’était engagée auprès de la COMINIERE de mettre immédiatement à sa disposition une somme de 2,5 millions de dollars correspondant à la moitié de l’avance sur le pas de porte et de payer le reste suivant un calendrier convenu soit 1,250 millions de dollars 12 mois après le premier payement et 1,250 millions de dollars, 24 mois après le 1er payement. Elle devait aussi conduire une étude techno-économique d’exploitation des remblais en vue d’installer une usine ad hoc ainsi que financer au moyen des avances, d’autres études de faisabilité en vue de construire et d’équiper les usines. En 2016, le ministre des Mines a retiré le permis de recherche à MMCS au motif que cette société n’avait pas effectué de travaux convenus sur la concession. Pour le ministère, rien n’avait été fait pour la prospection et les travaux sur la concession. La société qui ne disposait d’aucune capacité technique voulait avoir le gisement pour  spéculer en bourse et bénéficier  d’une plus-value. Le ministère des Mines avait alors jugé utile de rompre le contrat et d’en signer un autre avec la société australienne AVZ MINERALS. Un contrat de joint-venture a alors été conclu entre AVZ MINERALS et COMINIERE. AVZ MINERALS a alors commencé à prospecter sur le site au Katanga. Dans ce nouveau projet, AVZ MINERALS détient 60% du capital, COMINIERE a 30% et 10% reviennent à DATHOMIR MINING RESOURCES SARL du Chinois Cong Mao Huai,  surnommé Simon Cong. Les débours de MMCS s’étaient élevés à 4 millions de dollars et portaient sur le pas de porte et les salaires. Pour rentrer dans ses droits, MMCS a saisi à l’époque la chambre administrative de la Cour Suprême de Justice à Kinshasa. En droit congolais, le recours en annulation devant la Cours Suprême de Justice ne suspendait pas l’arrêté de révocation du permis. Tant que la Cour Suprême de Justice n’annule pas l’acte administratif, il n’était pas suspendu. Devant cette difficulté, MMCS a par la suite intenté un procès contre AVZ Minerals devant la justice australienne sans obtenir gain de cause puis a lancé, en février 2019, une procédure d’arbitrage contre la COMINIERE auprès de la Chambre de commerce internationale de Paris. Après la sortie, en septembre 2020, du capital de DATHOMIR MINING RESOURCES SARL par la vente de ses parts pour 15,5 millions de dollars, le Projet Manono est détenu à 75% par AVZ Minerals et 25% par la Congolaise de l’Exploitation Minière SA. La joint-venture cherche actuellement à obtenir un permis d’exploitation auprès du gouvernement. A noter que le capital social de la COMINIERE SA est détenu à concurrence de 90% par l’Etat congolais et à 10% par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).  

Les entreprises chinoises s’intéressent

En avril 2020, AVZ Minerals a bouclé l’étude de faisabilité définitive du projet Lithium de Manono. Des tests ultérieurs ont démontré que le minerai était de bonne qualité pour la fabrication des batteries électriques. Ceci a accru l’intérêt d’acheteurs basés principalement en Chine. Le groupe chinois Shenzhen Chengxin Lithium, l’un des principaux producteurs mondiaux d’hydroxyde et de carbonate de lithium s’est engagé, en mars 2021, à acheter chaque année et sur une période initiale de trois ans jusqu’à 180 000 tonnes de concentrés de spodumène (SC6). L’accord prendra effet dès l’entrée en production commerciale de Manono et est susceptible d’être prolongé au-delà de la période indiquée plus haut. De même, la société Guangzhou Tinci Materials Technology a aussi signé, fin décembre 2020, un protocole d’accord, pour un investissement potentiel dans le projet Lithium de Manono. La contrepartie à gagner pour Tinci, qui est le plus grand fabricant d’électrolyte de batteries au monde, est la possibilité de s’approvisionner en lithium auprès de la mine. Le groupe chinois Contemporary Amperex Technology Ltd (CATL), leader mondial de la fabrication de batteries, a décidé aussi de prendre pied à Manono via une coentreprise appelée Suzhou CATH Energy Technologies. Celle-ci a prévu d’investir 240 millions de dollars pour une participation de 24 % dans le projet et pourrait dépenser jusqu’à 400 millions au total.

Les grandes espérances du Congo/Kinshasa

Le Congo-Kinshasa a exprimé la volonté de construire à Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga, une usine de fabrication des batteries électriques. C’était au cours du DRC-Africa Business Forum 2021 qui s’est tenu, les 24 et 25 novembre 2021, à Kinshasa. Ce forum qui a été  organisé en partenariat avec la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) a rassemblé les chefs d’Etat de la Zambie et du Congo-Kinshasa, des ministres, des banques et des entreprises. Le but était de déterminer comment « développer une chaîne de valeur autour de l’industrie des batteries, des véhicules électriques et des énergies propres » en Afrique. Les autorités congolaises veulent capter une partie des 8.000 milliards de dollars du marché des batteries et véhicules à l’échéance 2025. Les Nations unies estiment que le marché sera de 46.000 milliards d’ici 2050. Le Congo compte sur ses réserves de 400 millions de tonnes de lithium et de 25 millions de tonnes de cobalt pour alimenter cette industrie. Pour séduire les investisseurs, le gouvernement se réfère à une étude de Bloomberg qui affirme qu’il est trois fois moins cher d’installer une usine de ce type au Congo qu’aux Etats-Unis ou en Chine. L’étude démontre qu’investir au Congo coûte à l’investisseur 39 millions de dollars, alors qu’aux États-Unis le même investissement coûterait 117 millions de dollars. Dans un article du 28 décembre 2021 du journal Le Monde Afrique, intitulé  « Les folles ambitions de la RDC dans le lithium », Alice Bertou affirme que « Les ambitions nationales risquent toutefois de se heurter à de nombreux obstacles. Tout d’abord, en ce qui concerne le gisement de Manono : pour faire entrer sa mine en production, AVZ Minerals doit finaliser la transaction avec Suzhou CATH Energy Technologies, puis il lui restera encore quelques dizaines de millions de dollars à trouver pour disposer des 545 millions nécessaires au total. Quant aux autres projets de recherche de lithium en RDC, ils sont bien moins avancés. Une seule entreprise, le canadien Tantalex Resources, semble réellement active sur le terrain. Ensuite, le mauvais état général des routes, notamment depuis Manono, va peser sur la logistique alors que le minerai extrait devra être transporté sur des centaines de kilomètres pour atteindre les grands ports africains et être exporté en Chine ou ailleurs. Enfin, les usines de transformation en batteries sont gourmandes en électricité – dans un pays où le déficit énergétique est chronique – mais aussi coûteuses. Or, si les industriels chinois sont prêts à financer l’extraction du lithium, ils seront moins enclins à favoriser une filière locale de transformation. Ils ne souhaitent pas être concurrencés sur ce marché alors qu’ils ont consenti à d’importants investissements pour construire des usines dans leur pays. » Chercher à transformer les ressources naturelles à l’état brut en produit fini ne peut pas être considéré comme une folle ambition. La transformation des minerais est  une ambition légitime de développement du pays par la création de la valeur ajoutée et des foyers de richesses. Le Congo ne doit plus continuer à exporter seulement à l’état brut ses nombreuses richesses minières (cuivre, cobalt, coltan, manganèse, or, diamant etc.). les autorités doivent mettre en place un secteur secondaire et tertiaire solide. Sinon le Congo demeurera à jamais un « pays riche » avec une population très pauvre. Lors du DRC-Africa Business Forum 2021, le gouvernement s’est investi dans la création du DRC Battery Council qui est un partenariat public-privé visant la fabrication des batteries des véhicules électriques. Le DRC Battery Council regroupe notamment les compagnies minières actives au projet Lithium de Manono ainsi que des institutions financières comme la BAD, Afreximbank et le Saudi Arabia Public Investment Fund.

Gaston Mutamba Lukusa

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