La fourberie de « Monsieur » Billy Kambale

La duplicité, la fausseté et la roublardise sont des synonymes du mot « fourberie ». On pourrait ajouter l’hypocrisie.

Depuis la restauration du pluralisme politique au Congo-Zaïre, il y a trente ans, le politicien congolais n’a cessé de briller par son incapacité à peser le poids des mots. Le discours est démagogique. Immodéré. Le politicien zaïro-congolais est réputé pour sa propension aux outrances verbales.

D’aucuns pourraient ergoter, à raison d’ailleurs, que le régime autocratique de Mobutu Sese Seko n’a pas permis aux acteurs politiques du pays – à quelque rares exceptions près – de faire l’apprentissage des valeurs démocratiques que sont notamment la vérité, la responsabilité, la tolérance et la modération.

Dans un précédent article intitulé « Fatshi en mode compassion« , l’auteur de ces lignes faisait état du « climat maussade » qui règne au sein du monde politique congolais en général et kinois en particulier. C’était au moment où le président Felix Tshisekedi entamait sa tournée dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri placées sous l’état de siège.

Ce climat maussade semble monter d’un cran. En cause, la condamnation de Vital Kamerhe (VK), l’ancien directeur du cabinet présidentiel. On le sait, le parti de « VK », Union pour la nation congolaise (UNC), forme – formait? – avec l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) la plateforme politique « Cap pour le changement » (CACH).

Condamné à 20 ans de prison le 20 juin 2020 par le Tribunal de grande instance de Kinshasa-Gombe, « VK » n’a pas réussi à faire réformer cette décision judiciaire en appel. Mardi 15 juin 2021, la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe l’a condamné à 13 ans de prison ferme. Cette sentence a provoqué, comme on peut l’imaginer, l’ire des membres de l’UNC. Rien de plus légitime.

A tort ou à raison, certains observateurs estiment que l’accusation n’a pas été en mesure de démontrer l’acte matériel posé par l’accusé Kamerhe confirmant le grief de « détournement de deniers publics ». D’autres sont d’avis que l’équipe de défense de « VK » a développé une plaidoirie d’une efficacité discutable.

Frais émoulu secrétaire général de l’UNC, Billy Kambale a tenu, mercredi 16 juin, une pseudo-réunion de crise avec des « mandataires » de cette formation politique. Dans un bel exemple de fourberie, le tout nouveau « SG » de l’UNC a annoncé une rafale de mesures. On retiendra que les 15 députés nationaux de ce parti doivent suspendre toute participation aux réunions tant de CACH que de l’Union sacrée de la nation. La mesure sera-t-elle suivie? C’est à voir.

Pourquoi fourberie? Simplement parce que « Monsieur Billy » s’est découvert la vocation tardive de « révolutionnaire ». Il a attendu jusqu’à la fin du mandat de l’équipe sortant de Sylvestre Ilunga. Faudrait-il rappeler que Vital Kamerhe a été envoyé à la prison de Makala depuis le mois d’avril 2020? Où était Kambale? On ne parle pas la bouche pleine?

Pendant que VK croupissait dans une des cellules miteuses de Makala, « Billy » n’est-il pas resté tranquillement à son poste de ministre jusqu’au 26 avril 2021, date de la publication de la composition du gouvernement du « Premier » Jean-Michel Sama Lukonde?

Billy Kambale – qui sait qu’on peut tout risquer lorsqu’on n’a rien à perdre – a annoncé, sans rire, l’organisation des manifestations « sur toute l’étendue du territoire national ». Sur un ton frisant l’irresponsabilité autant que la légèreté, il a ajouté: « Les mesures barrières ne nous concernent pas ». Vraiment! Les membres de l’UNC sont vaccinés contre le Covid-19? Et de conclure: « Tant que Vital Kamerhe ne sera pas relâché, nous n’arrêterons pas notre revendication ».

Pourquoi Kambale n’avait-il pas démissionné de son poste de ministre du gouvernement sortant? Pourquoi n’a-t-il pas demandé aux membres du gouvernement actuel, étiquetés « UNC », de claquer la porte de l’exécutif?

Les réponses à ces interrogations sont implicitement données par deux caciques de l’UNC. A savoir Jean-Baudouin Mayo et Crispin Mbindule. Ces derniers ont dit à haute et intelligible voix leur attachement à la plateforme CACH. « Billy » est prévenu: il pourrait apprendre à ses dépens que ses « gesticulations » ne font pas rire ses camarades du parti. Et que l’agitation et la fourberie ne paient pas…

 

Baudouin Amba Wetshi

7 Commentaires on “La fourberie de « Monsieur » Billy Kambale

  1. Vous faites un faux procès à Mr Billy Kambale en lui reprochant d’être resté ministre jusqu’à la publication de la composition du gouvernement Sama Lukonde. Je me pose 4 questions :
    1. Quel est cet autre ministre UNC qui avait démissionné?Mayo?Sakombi?
    2. Le condamné Dircab VK, président de l’UNC, a-t-il présenté sa démission au président de la République ?
    3. Continuer de participer au gouvernement ILUNGA n’était-il pas finalement la ligne politique définie par les caciques de l’UNC et son Président qui misaient sur un acquittement de VK en appel ?
    4. Après la confirmation en appel de la condamnation de VK, Billy Kambale relaie-t-il le message de VK aux membres de son parti ou parle-t-il en son nom propre ? En d’autres termes, a-t-il reçu l’ordre de VK pour dire ce qu’il a dit ?
    Autant ce fut plus facile pour Mme BAZAIBA de tenir le MLC ( parce que le MLC était dans l’opposition durant toute la période où son leader JP fut incarcéré ), autant ce sera plus difficile pour Billy Kambale parce L’UNC est un parti de gouvernement.

  2. Kambale, prototype de la déficience intellectuelle et morale du politicien congolais ?
    Quelle médiocrité !

  3. Un révolutionnaire d’opérette qui fait des moulinets pour impressionner ses adversaires qui lorgnent ou qui peuvent vouloir prendre la place de Kamhere au cas où. Il faut qu’il arrête son cinéma, le pays fait face à une pandémie redoutable.

  4. Désolé, moi je trouve que parler de fourberie dans le cas de Kambale est excessif. Kambale est un notable de l’Unc qui est en droit de défendre son chef emprisonné, suggérer qu’il ne l’aurait pas fait s’il était encore ministre c’est déplacer le problème. Il se fait qu’il a été nommé SG de son parti et c’est à ce titre qu’il parle. Ses propos, sa posture et ses méthodes sont sans doute discutables mais de là à l’affubler du titre de fourbe faux révolutionnaire, je crois c’est trop dénaturer ses intentions. Il le fait sans doute maladroitement pour tenter de monter les enchères et de galvaniser ses troupes mais ce sont ses moyens, il n’en a pas trouvé d’autres pour le moment pas la peine de l’accabler autant. Il y’a tant d’autres sujets dans ce pays qui auraient nécessité un édito vengeur.

  5. Monsieur Kambale est le prototype du militant politique congolais.
    Il ne faut pas lui demander plus qu’il ne peut nous offrir en spectacle.
    Une politique des hommes et non des idées, voilà la réalité de nos magablos politiques.

  6. L’organisation des manifestations « sur toute l’étendue du territoire national » ? J’apprends que chez moi au Kwilu, l’UNC est un parti régional dont les militants se trouvent au Kivu et à Kinshasa. La tactique est connue depuis Mobutu. Ce Kambale fait du bruit pour se faire remarquer dans l’espoir de faire partie, une fois de plus, de la caste enchanteresse des hommes du pouvoir. Le sort de Vital Kamerhe, il s’en moque éperdument. Il n’y a pas longtemps, une dame et son « ligablo » voulaient qu’Etienne Tshisekedi wa Mulumba soit élevé au rang de héros national. N’ayant pas été retenue dans le gouvernement Sama Lukonde, elle a cessé son « combat ». Faire du bruit, en faisant peur ou en flattant le détenteur de l’imperium, voilà à quoi est réduite la politique congolaise depuis des décennies. Et on s’étonne que rien ne marche sous le ciel congolais.

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