Affaire Bemba: Me Kilolo exhorte la procureure Bensouda à démissionner

Aimé Kilolo-Musamba

Réagissant à l’acquittement de Jean-Pierre Bemba Gombe, vendredi 8 juin, par la chambre d’appel de la Cour pénale internationale, l’avocat Aimé Kilolo-Musamba, membre de la toute première équipe de défense du président du MLC avec maître Nkwebe Liriss, estime que « la décence la plus élémentaire » exige que la procureure près la CPI Fatou Bensouda dépose sa démission. Et ce pour avoir non seulement trompé des milliers des victimes centrafricaines durant dix ans mais aussi fait dépenser à cette juridiction internationale plus de 100 millions d’euros pour rien. Pour lui, il est possible que le président du MLC obtienne la « liberté provisoire » dès ce mardi 12 juin. Entretien.

Soixante-douze heures après l’annonce de l’acquittement de l’ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba Gombo, 55 ans, les commentaires continuent à aller dans tous les sens. Les adeptes du « conspirationnisme » avancent la thèse d’un « nouveau complot » occidental en vue de peser sur les prochaines échéances politiques au Congo-Kinshasa. « Ceux qui avaient fait Kabila roi en 2006 face à Bemba, ont changé de fusil d’épaule… », ricanait un confrère kinois joint au téléphone.

Arrêté le 24 mai 2008 – sur base d’un mandat d’arrêt express délivré par Luis Moreno-Ocampo, alors procureur – et transféré au mois de juillet à la prison de Scheveningen à La Haye, Bemba aura attendu dix années avant de connaître son sort.

On rappelle que l’acte d’accusation transmis à la CPI par la Cour de cassation de la RCA présentait l’ancien président Ange-Félix Patassé comme étant l’accusé principal. Jean-Pierre Bemba, le général Ferdinand Bombayake, le Tchadien Abdoulaye Miskine et le gendarme français Paul Barril figuraient également sur ce document. « Dès le départ, la défense a dénoncé le fait que Patassé et son tombeur François Bozizé n’aient pas été appelé à la barre en tant qu’accusés ou témoins », dit Kilolo.

« UN DOSSIER VIDE »

Membre de la toute première équipe de défense du président du MLC (Mouvement de libération du Congo), l’avocat Aimé Kilolo-Musamba se trouvait vendredi 8 juin au siège de la CPI. Comme des dizaines de Congolais présents, il retenait son souffle. Lorsqu’il a entendu le mot « acquitté », le juriste dit avoir éprouvé « un sentiment de devoir accompli ». Il explique: « Depuis l’aube de ce procès, nous n’avons pas cessé de clamer l’innocence de Jean-Pierre Bemba pour la simple raison que les éléments de preuve n’étaient pas réunis à suffisance ».

D’après lui, il était impossible pour la CPI de mener une enquête « assez impartialité » en Centrafrique du fait que le pouvoir avait changé de mains. Et que le nouvel homme fort du pays n’était autre que le général François Bozizé qui venait de renverser Ange-Félix Patassé avec le concours des miliciens venus notamment du Tchad. Bozizé est lui-même partie dans le conflit armé qui a fait l’objet du procès devant la CPI.

« Nous étions les premiers à clamer que le dossier d’accusation était vide », souligne Kilolo qui dit avoir acquis la certitude de cette « vacuité » lorsqu’il s’est agi de demander la remise en liberté de l’accusé. La défense a pu à cette occasion prendre connaissance des charges retenues contre son client. « Il n’y avait absolument rien dans le dossier », martèle-t-il.

Selon lui, le procureur Moreno-Ocampo n’a commencé à « monter » un dossier d’accusation que bien après le transfert de Bemba à La Haye. « C’est ainsi que les juges de la Chambre d’appel ont dit qu’ils écartaient les éléments de preuve qui ne se trouvaient pas dans l’acte d’accusation initial », fait-il remarquer.

Pourquoi cette décision judiciaire intervient-elle en 2018 alors que depuis 2009, la Cour avait estimé que l’accusé Bemba Gombo n’était pas personnellement impliqué? « C’est finalement le tribunal de l’Histoire qui donnera la réponse à cette question », glisse-t-il.

Pour Kilolo, le Bureau du procureur n’a visé qu’une seule personne « pour répondre à un agenda de politique internationale ». Selon cet agenda, poursuit-il, il ne fallait pas accabler les nouvelles autorités centrafricaines issues coup d’Etat de Bozizé.

« AGENDAS ETRANGERS »

Aimé Kilolo-Musamba craint que l’acquittement de Bemba ait été motivé par des « agendas étrangers » en rapport avec la situation au Congo-Kinshasa. Il dit suivre avec attention les récentes prises de position de la France, du Rwanda et de l’Angola sur le processus électoral au Congo-Kinshasa. « Il est temps que les Congolais cessent d’attendre que d’autres nations viennent résoudre leurs problèmes internes », tonne-t-il.

L’avocat n’a pas trouvé des mots assez durs pour fustiger le zèle avec lequel les « services » belges avaient exécuté le mandat d’arrêt lancé en 2008, contre Bemba, par le procureur Moreno-Ocampo « alors même que le dossier d’accusation était vide ». Il a, par ailleurs, « regretté » le rôle joué par la France dans les événements survenus à Bangui à travers FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme), RFI et AFP.

Ce mardi 12 juin 2018, l’opinion congolaise aura les oreilles tendues vers La Haye. La CPI doit statuer sur la demande de « libération provisoire » du « chairman ». Pour lui, il est possible que le président du MLC obtienne la « liberté provisoire » dès ce mardi 12 juin. Va-t-il conseiller à ce dernier de rentrer au pays? « C’est une décision que lui seul pourra prendre ». Le juriste précise néanmoins que tout Congolais a le droit d’aller dans son pays.

Certains milieux considèrent l’acquittement de Bemba comme un « fiasco » pour la CPI. Pour « Aimé », le moment est venu pour le successeur du procureur Luis Moreno Ocampo en l’occurrence la Gambienne Fatou Bensouda de tirer toutes les conséquences de cet « échec »: « La décence la plus élémentaire exige que Mme Bensouda dépose sa démission. Elle n’a plus désormais sa place au Bureau du procureur de la CPI. Et ce pour avoir trompé des milliers des victimes centrafricaines. En outre cette juridiction internationale a dépensé plus de 100 millions d’euros dans le procès Jean-Pierre Bemba. Pour rien ».

 

B.A.W.

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