CENI: Réactions timorées de l’opposition après la nomination de Kadima

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Soixante-douze heures après l’allocution présidentielle annonçant l’investiture des douze membres (sur quinze) du nouveau Bureau de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), les réactions en provenance des milieux de l’opposition semblent plutôt pusillanimes. Les porte-paroles attitrés sont quasiinvisibles. Dans la soirée, tous les oreilles étaient tendues vers le Haut-Katanga, fief du parti Ensemble pour la République (EPR) où l’heure était à la réévaluation de la situation, selon le secrétaire général de l’EPR, Dieudonné Bolengetenge.

Denis Kadima Kazadi, nouveau président de la CENI

Est-ce le calme avant la tempête? C’est la question qui continue à hanter les esprits soixante-douze heures après la publication de l’ordonnance présidentielle portant investiture de douze animateurs – sur quinze – du nouveau Bureau de la CENI avec à leur tête, Denis Kadima Kazadi, 60 ans. Selon des sources bien informées, les « douze » devraient prêter serment le mardi 26 octobre.

Dimanche 24 octobre aux environs de 23 heures (heures de Bruxelles), une « information » fait le « buzz » sur les réseaux sociaux. « Fin de la réunion du parti politique Ensemble autour du chairman Moïse Katumbi la décision est tombée. Ensemble pour la République qui officiellement la coalition majoritaire à l’Assemblée nationale. Chaque membre est prié d’en tirer toutes les conséquences« , peut-on lire.

Moins de dix minutes après, une « alerte » sous forme de démenti tombe sur le compte Twitter d’une certaine Gino Rehema @MissRehema. « Contrairement à ce qui se raconte dans les réseaux sociaux, écrit-elle, @Ensemble_MK de M. Katumbi n’a pas encore rendu officielle sa position après l’investiture de nouveaux animateurs de la @cenirdc. Le président du parti poursuit les consultations avant de lever une option définitive« . Qui dit vrai? Qui joue avec les nerfs des Congolais? Devrait-on parler de « ballon d’essai » pour prendre la température de l’opinion?

« RÉQUISITOIRE CONTRE FATSHI« 

Dans les médias kinois diffusés sur YouTube, les téléspectateurs n’ont pas manqué de tressaillir face au réquisitoire prononcé contre le président Felix Tshisekedi. Quelques journalistes réputés notamment pour leur proximité avec l’ex-Première Dame Marie-Olive Lembe campent le rôle de « représentants du ministère« .

La grande surprise est venue de l’émission « Club 50 » de la télé kabiliste du même nom. Le journaliste Peter Tiani a bénéficié de pas moins d’une trentaine de minutes pour son intervention. L’homme a plus « éditorialiser » qu’informer. Il avait manifestement un message politique – tarifé? – à faire passer. Jean-Marie Kassamba, le patron dudit média affichait une indolence inhabituelle. Etait-il dans le « coup« ? On retiendra cette phrase assassine: « Je me sens mal quand j’entends des gens clamer que la situation du pays est devenue pire qu’à l’époque de Joseph Kabila« . Propagandiste et démagogue, Tiani d’alterner le chaud (« Felix Tshisekedi est mon Président« ) et le froid (« L’UDPS a désormais la réputation d’un parti qui n’a pas le sens de la parole donnée« ). Que dire du silence des autres confrères présents? Osons les citer: Edmond Idzuba. Douxjesus Beledu, Yves Buya, Pius Roland Ngoie Kiloka. Il est temps que la presse congolaise donne un coup de balaie devant sa porte. La respectabilité est à ce prix.

Il importe d’ouvrir la parenthèse à ce stade. Le monde congolais de la presse est malade. Malade des « relations incestueuses » existant entre les journalistes et les « puissants du moment » que sont les opérateurs politiques et économiques. L’éthique journalistique est foulée au pied. Les journalistes défendent plus des intérêts particuliers que des valeurs. Ils confondent le métier de « rapporteur des faits et des opinions » avec ceux de propagandiste et d’agent de relations publiques. Les débats congolais sont devenus rebutants. Et pour cause, chaque intervenant est « chargé d’une mission« . Fermons la parenthèse.

UN RESPONSABLE POLITIQUE NE PEUT PAS PARLER AVEC DESINVOLTURE

Augustin Kabuya, secrétaire général ad intérim de l’UDPS

Dans son journal parlé matinal, dimanche, la Radio France Internationale a diffusé une déclaration pour le moins lamentable. Le locuteur n’est autre que le secrétaire général a.i de l’UDPS. Augustin Kabuya s’est cru en droit de divulguer les conciliabules politiques qui ont eu lieu entre son parti et des émissaires du leader de l’EPR. Selon lui, le « clan Katumbi » est en colère contre Kadima parce qu’il n’a pas obtenu le poste de 1er vice-président du Bureau de la CENI. Le moins que l’on puisse dire est qu’un responsable politique ne doit pas parler avec autant de désinvolture.  Intervenant samedi 23 octobre, en lingala, sur Top Congo, Francis Kalombo, un des communicants de l’EPR, est apparu très réservé préférant laisser à la direction de son parti le soin d’annoncer la position de cette formation politique. Répondant à Kabuya, il a eu ces mots: « Compte tenu de son poids politique, notre parti est en droit d’occuper le poste de Rapporteur de la CENI ». Sur radio France internationale, Kabuya crie littéralement: « On ne veut pas de Denis Kadima parce qu’il est un Muluba du Kasaï au même titre que le Président de la République« .

Qu’en est-il de l’ECIDé et de la plateforme « Lamuka » du duo Martin Fayulu-Adolphe. Clément Muza, cadre du parti fayuliste, estime que « 98% de Congolais ne veulent pas de Kadima« . Pas un mot sur l’origine de ces statistiques. Sur RFI, Prince Epenge, un des communicants de Lamuka, déclare que l’investiture de Denis Kadima « est un acte de provocation pour la coalition« . Après avoir réclamé une solution consensuelle, il lance: « Nous allons descendre dans la rue pour chasser Denis Kadima« .

Sous-estimé par ses nombreux adversaires, le président Felix Tshisekedi Tshilombo a manifestement pris de cours ses contempteurs. C’est à croire que personne n’aurait parié qu’il aille jusqu’au bout en signant le décret d’investiture des premiers animateurs du nouveau Bureau de la CENI. On peut gager qu’une reculade de la part de « Felix » n’aurait suscité que du persiflage sur son « manque de leadership« .

Lundi 25 octobre. Il est 1 heure du matin au moment de boucler ces lignes. Des informations fragmentaires laissent entendre que des députés nationaux étiquetés « katumbistes » (AMK et Alliés) et (MS-G7) auraient décidé – le conditionnel doit être de rigueur – de rester dans l’Union sacrée de la Nation. Combien seraient-ils? Quarante? Cinquante? « Nous vous demandons également d’imposer aux responsables de l’Union Sacrée le respect des textes afin de ne pas y laisser prospérer les antivaleurs, notamment la corruption, le débauchage, l’achat des consciences, contre lesquelles vous avez engagé une lutte sans merci« , écrivait Moïse Katumbi Chapwe dans la correspondance adressée au chef de l’Etat en date du 18 octobre dernier.

Baudouin Amba Wetshi    

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