Diplomatie/Sénat: Muyumba fait un « procès en sorcellerie » à l’ambassadeur US

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Depuis sa désignation à la tête de la commission des Relations extérieures du Sénat congolais, la sénatrice Fcc/Pprd Francine Muyumba – qui ne doit cette fonction qu’à sa proximité avec la fratrie « Kabila » en général et à « Jaynet » en particulier -, cherche désespérément « à exister ». C’est sa troisième sortie médiatique. En décembre 2019, elle avait promis des « conséquences graves » si la ministre des Affaires étrangères, l’Udps Marie Ntumba Nzeza, ne rapportait pas la décision de « rappel définitif » au pays des chefs de mission diplomatique à Genève, New York et Tokyo. Elle a « dénoncé » récemment la « dépendance » en reprenant une citation. Sans commentaires. N’ayant de la diplomatie que quelques vagues notions livresques, cette sénatrice a une nouvelle cible. Il s’agit de l’ambassadeur des Etats-Unis. Il faut être un parfait naïf pour croire qu’elle défend les intérêts de l’Etat congolais…

Mike A. Hammer, ambassadeur US

Dans un tweet posté lundi 22 juin sur son compte Twitter, la présidente de la commission des Relations extérieures du Sénat, Francine Muyumba, s’en prend à l’ambassadeur des Etats-Unis à Kinshasa. Elle reproche au très actif Mike A. Hammer de « s’immiscer » dans les « affaires intérieures » de l’Etat congolais. A l’appui de sa thèse, Muyumba se contente d’invoquer le premier alinéa de l’article 41 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques.

Cette dernière disposition est stipulée comme suit: « Sans préjudice de leurs privilèges et immunités, toutes les personnes qui bénéficient de ces privilèges et immunités ont le devoir de respecter les lois et règlements de l’Etat  accréditaire. Elles ont également le devoir de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures de cet Etat ».

Les observateurs de la politique congolaise ont compris que cette sénatrice étiquetée Fcc/Pprd fait allusion aux récents « échanges » que le diplomate américain a eus récemment avec des personnalités de l’échiquier socio-politique du pays. Outre le cardinal Fridolin Ambongo, il y a les opposants politiques Jean-Pierre Bemba, Martin Fayulu et Moïse Katumbi. De quoi ont-ils parlé? Il semble que la réforme de la commission électorale nationale indépendante (Ceni) et « d’autres questions d’actualités » étaient au centre des conversations.

L’INGÉRENCE NE SE PRÉSUME PAS

Francine Muyamba a habitué l’opinion congolaise à ne jamais aller jusqu’au bout de sa logique en illustrant ses récriminations par des faits. Après avoir relayé récemment une citation sur les méfaits de la « dépendance », elle se limite cette fois à invoquer un article de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques. Sans étayer son affirmation.

Sans vouloir faire « l’avocat du « diable », il est bon de rappeler que le devoir de non-immixtion ou non-ingérence dans les affaires intérieures du pays d’accueil imposée aux diplomates n’est ni plus ni moins que cette « obligation de réserve » faite aux agents publics. L’ingérence ne se présume pas. Elle se constate non seulement par des paroles mais aussi par des écrits. C’est le cas également de toute autre attitude révélatrice de l’incompatibilité avec le statut diplomatique.

Dans son tweet, la Présidente de cette commission du Sénat n’épingle aucun écrit insultant publié par le diplomate américain. A l’issue de ses entretiens, ce dernier n’a pas non plus tenu des propos désobligeants sur les institutions congolaises.

Dans son esprit, le premier alinéa de l’article 41 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques astreint les diplomates à rester à l’écart des luttes socio-politiques tout en leur interdisant de fomenter des troubles ou d’intriguer avec l’opposition.

On imagine que la sénatrice Muyumba est sans ignorer que l’opposition politique n’est plus clandestine au Congo-Kinshasa. Elle fait désormais partie des institutions reconnues (article 8-1 de la Constitution).

PROCÈS EN SORCELLERIE

Joseph Kabila, the former president of the Democratic Republic of the Congo, at a press conference on December 9, 2018. PHOTO | JUNIOR D. KANNAH | AFP

On imagine également qu’elle sait qu’il n’y a pas de diplomatie sans dialogue. Outre la représentation, la négociation et la protection des intérêts de son pays, tout diplomate digne de ce nom est chargé d’une mission d’observation et d’information. Par des moyens licites, il doit s’entretenir avec des acteurs locaux afin de tenir son pays amplement informé de la situation globale du pays d’accueil. Le constat est là: l’ambassadeur américain a échangé avec ses interlocuteurs au grand jour.

La sénatrice Francine Muyumba fait sans doute partie des « nationalistes-souverainistes » autoproclamés qui gravitent autour de l’ex-président « Joseph Kabila ». Ces messieurs et dames font mine d’ignorer que leur « autorité morale » n’a pas été choisie le 26 janvier 2001 par les Congolais pour succéder au défunt président Laurent-Désiré Kabila. « Joseph » est un pur produit des « ingérences étrangères ». Les Angolais, les Zimbabwéens, les Rwandais et les Ougandais en savent quelque chose. Les ingérences ne seraient-elles bonnes que lorsqu’elles confortent l’ambition de « Kabila » pour une « présidence à vie »?

C’est un « procès en sorcellerie » qui est fait à un diplomate professionnel qui défend les intérêts de son pays au grand jour. Francine Muyumba est connue pour son penchant à confondre les intérêts de la fratrie « Kabila » avec ceux de l’Etat congolais. Un Etat que l’ex-Président considère, à tort, comme un « bien personnel »…

 

Baudouin Amba Wetshi

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