Sankuru: Mal aimé, Lambert Mende, « unique candidat » au poste de gouverneur

L’arrêt de la Cour d’appel siégeant à Lodja est tombé jeudi 28 février: la candidature de Joseph Stéphane Mukumadi est invalidée. Motif: double nationalité. L’ancien ministre de la Communication et des médias, devient l’unique candidat – candidat unique? – au poste de chef de l’exécutif du Sankuru. L’adversaire malheureux de Mende serait aux arrêts pour… faux et usage de faux. On se croirait à l’époque stalinienne.

Stéphane Mukumadi

Jeudi 28 février, Lambert Mende Omalanga a, sans doute, sablé le champagne en apprenant l’invalidation de la candidature de son adversaire, le Lillois Stéphane Mukumadi. Sauf événement futur et incertain, le prochain gouverneur du Sankuru se nommera Mende Omalanga Lambert. Il succédera à Berthold Ulungu, membre du CCU (Convention des Congolais Unis). 

Siégeant en matière électorale, la Cour d’appel à Lodja a invalidé la candidature de Stéphane Mukumadi. Au motif que celui-ci serait détenteur d’une « double nationalité » en violation de l’article 10 de la Constitution qui stipule notamment que « la nationalité congolaise est une et exclusive »

L’entourage de Mende ne boude pas son plaisir. « Le ministre Lambert Mende devient l’unique candidat à ce poste, malgré les incitations à la haine distillées dans les esprits des populations de cette province par les ennemis de la paix dans cette partie du pays », a déclaré Franck Diefu, en charge de la communication du désormais « candidat unique ».

Franck Diefu a invité les natifs du Sankuru « surtout les jeunes » à se mobiliser « comme un seul homme » derrière le futur chef de l’exécutif de cette province, pour l’émergence d’ « un Sankuru uni, fort » et où il fait bon vivre. Pour Diefu, l’heure « n’est plus aux paroles et querelles intestines stériles, mais plutôt aux actions susceptibles de booster le développement de la province ».

ARRESTATION ARBITRAIRE

Berthold Ulungu

La raison invoquée par cette juridiction pour exclure l’adversaire de Mende n’a pas convaincu. Certaines sources sankuroises parlent de « décision discriminatoire et inique » voire d’arrestation arbitraire. « La loi est d’application générale. Comment peut-on opposer à Stéphane Mukumadi la détention d’une double nationalité alors que le gouverneur sortant, membre du parti de Mende, est titulaire de la nationalité belge? », s’interroge un natif du Sankuru. « Un proche à Mende, naturalisé Belge, fait partie des députés provinciaux élus lors du vote du 30 décembre dernier », enchaîne un autre Sankurois.

Au moment où ces lignes sont écrites, Stéphane Mukumadi est aux arrêts. Il est poursuivi pour « faux et usage de faux ». Une décision judiciaire qui risque d’exacerber les divisions dans le pays tetela où, de l’avis général, « Lambert » est plutôt « mal aimé ».

Impopulaire, l’ancien ministre – qui a battu le record de longévité au ministère de la Communication et des médias – est jugé autoritaire, violent, cassant et arrogant. D’aucuns l’accusent d’être à la tête d’une « milice » dénommée « Elola ». Mot tetela qui signifie « vague » dans le sens de masse d’eau qui se soulève et s’abaisse. « Mbongé », en lingala.

Depuis plusieurs semaines, des habitants de Lusambo, Lodja et Tshumbe ont organisé des marches de protestation contre la perspective de l’avènement de Mende à la tête de l’exécutif sankurois. Le sang a, hélas, coulé.

Certains détracteurs de l’ex-porte parole du gouvernement redoutent que celui-ci se comporte en « roitelet ». L’intéressé parle de « manipulation ». Un avis balayé du revers de main par certains Tetela qui appréhendent, à tort ou à raison, que l’arrivée de « Lambert » à la tête de cette Région issue du démembrement de l’ancienne province du Kasaï Oriental n’ait qu’un seul « mérite ». Celui de « bouter le feu à la Maison Sankuru ».

 

B.A.W.