Affaire Jacky Ndala: la rançon de la bêtise

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Coordonnateur de la « Ligue des jeunes » du parti « Ensemble pour la République », Jacky Ndala a été condamné, mardi 20 juillet, par le tribunal de paix de la commune kinoise de Nsele à deux ans de prison ferme ainsi qu’à une amende de 500.000 CDF. Au moment où ces lignes sont écrites, ce « jeune homme » est peut-être déjà dans une cellule miteuse de la prison centrale de Makala. Des soucis inutiles pour sa famille.

Dès son arrestation, dimanche 18 juillet, des voix se sont élevées. Les unes pour dénoncer « les abus et l’arbitraire ». Les autres pour vitupérer contre ce qui constitue, pour elles, une « violation » de l’article 17 de la Constitution. Au motif que les agents de l’ANR (Agence nationale de renseignements) chargés d’arrêter sieur Ndala n’étaient pas en possession d’un « mandat d’arrêt ». Il est vrai que « nul ne peut-être poursuivi, arrêté, détenu ou condamné qu’en vertu de la loi et dans les formes qu’elle prescrit » (article 17-2 de la Constitution).

Dans ce concert de protestations, certains journalistes – c’est le cas de l’auteur de ces lignes – sont restés sur leur faim. Et pour cause, une question semblait éludée. Est-ce sciemment? Voici la question: Quels sont les faits mis à la charge de ce membre de la formation politique de l’ex-gouverneur Moïse Katumbi Chapwe?

A l’instar d’un Henri Magie wa Lufete, Barnabé Milinganyo et autre Joël Kitenge, Jacky Ndala fait partie de ces « fanatiques » ou plutôt « mauvais génies » qui gravitent autour des dirigeants de nos partis politiques. Des fanatiques prêts à se comporter en « kamikaze ». Flagorneurs, ces individus sont prêts à poser des actes d’une témérité stupide – mettant en jeu leur vie – juste pour plaire au « Chef ».

On ne pourrait que comprendre la volonté des « camarades » de « Monsieur Ndala » de passer sous silence les griefs articulés à l’encontre de ce dernier. Il s’agit des faits gravissimes. Des faits indignes d’un bon père de famille. Des faits indignes d’un homme sensé et prudent.

Dans une vidéo postée manifestement la semaine dernière, Jacky Ndala harangue un groupe de gens en lingala. Ses propos pourraient être traduits comme suit: « Nous vous avons invité pour vous demander d’être vigilant et attentif. On ne peut prendre le contrôle d’un pays sans livrer bataille. Nous vous demandons d’être prêts. Ne dites pas que vous attendez le mot d’ordre. Le mot d’ordre est là! »

Il poursuit: « Nous n’avons peur de personne. Comment s’appelle encore ce député? » « Nsingi Pululu », répond le public. « A partir d’aujourd’hui, nous devons savoir l’endroit où habite ce député pour aller lui remettre une lettre », lance-t-il. Ladite vidéo se termine par ces mots: « Où habite Noël Tshani? » Le public répond en chœur: « Il habite à l’hôtel ». « Nous irons dans sa chambre pour lui remettre une lettre ».

Dans un autre extrait de vidéo, Ndala demande au public venu l’écouter à « être prêt » (Bo-bongama) à « envahir » le Palais du peuple lors du débat à la Plénière sur la fameuse « Proposition de loi » dite Tshiani portant verrouillage de certaines fonctions régaliennes. On le sait, le député national Nsingi Pululu a accepté d’endosser ce texte salué par les uns et abominé par d’autres.

Dans un enregistrement audio, « Jacky » grommelle qu’il voit des véhicules inhabituels en stationnement dans sa rue. « Je vais sortir de chez moi avec mes proches pour affronter les occupants de ces automobiles ». Il demande que son corps ne soit pas enterré en cas d’issue fatale. « Mon corps doit être incinéré ».

L’affaire Jacky Ndala aurait été un cas très intéressant à traiter aux travaux dirigés du cours de procédure pénale. Les étudiants de la seconde candidature en droit se seraient bien amusé. Pourquoi?

D’abord, parce que l’infraction ou violation de la loi parait constituée. Les trois éléments constitutifs sont là: l’élément légal, l’élément matériel et l’élément moral. Ensuite, l’identité de l’auteur de l’infraction est connue. Enfin, les preuves sont palpables. Il ne reste plus qu’à la juridiction compétente de se prononcer. C’est ce qui a été fait au Tribunal de paix de Nsele où Jacky Ndala a été jugé en procédure de flagrance. Procès expéditif? Sans doute. Il appartient à la partie défenderesse d’interjeter appel.

A l’instar de Henri Magie wa Lufete, Barnabé Milinganyo et autre Joël Kitenge (pour ne citer que ces quelques cas), Jacky Ndala a confondu l’Etat congolais avec l’individu Felix Tshisekedi Tshilombo qu’il a connu en tant que membre de l’opposition.

On ne le dira jamais assez que chacun a le droit d’aimer ou de ne pas aimer « Felix ». Il reste que depuis le 29 janvier 2019, ce dernier est devenu le Président de la République. La proclamation des « résultats provisoires » a été faite, le 10 janvier 2019, par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Cette proclamation a été confirmée, le 19 janvier, par la Cour constitutionnelle.

Pour avoir ignorer ces « réalités républicaines », Jacky Ndala paie la rançon de la bêtise. Le mot « bêtise » est défini comme étant « un manque d’intelligence et de jugement ». Quel gâchis!

 

Baudouin Amba Wetshi

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