« Dans le trou »

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Sous le titre, « In the Hole » (« Dans le trou ») The Economist du 1er décembre a publié un article qui illustre les risques pris par les sociétés minières en RDC et des mésaventures qui peuvent en découler, le trou désignant à la fois les mines à ciel ouvert et le trou juridique et financier dans lequel on risque de tomber.

« Dans le trou » pourrait s’appliquer au peuple congolais maintenu dans l’enfer de la misère et de la violence par une bande de kulunas en cols blancs mais ici, il s’agit de sociétés minières et en particulier de Glencore qui, d’après The Economist, se trouverait « dans un trou aussi profond que Kamoto » (une des plus grandes mines du monde).

D’après l’article, ses opérations en RDC avec le sulfureux D. Gertler ont amené Glencore dans le collimateur des autorités judiciaires américaines, canadiennes et britanniques.

Dans notre pays, ce ne sont ni la guerre ni les anticapitalistes qui constituent la difficulté mais tout simplement les pratiques mafieuses de nos criminels en col blanc auxquelles il est difficile d’échapper. Ici, pour faire des affaires minières, il faut d’abord passer par des individus comme D. Gertler, A. Yuma et M. Kabwelulu. Mais, quand on fricote avec le diable on risque de se brûler et Glencore est en train d’en faire la douloureuse expérience. Au départ, l’association avec l’incontournable Gertler et la GCM semblait prometteuse mais dès 2016 le vent a tourné lorsque des pratiques de corruption à grande échelle impliquant une société américaine, le fonds d’investissement Och Ziff, un homme d’affaires israélien et les plus hautes autorités congolaises ont été ont été mises en évidence.

En 2016, après cinq ans d’enquêtes dans le cadre de la loi « Foreign Corrupt Practices Act », le fonds d’investissements Och-Ziff a plaidé coupable d’avoir versé de l’argent aux plus hautes autorités de la RDC et a payé une amende de 413 millions de dollars US. Un document de la cour de justice (lien: court filing), décrit le partenaire/intermédiaire en RDC comme « an infamous Israeli businessman with close ties to government officials at the highest level within the DRC ». Les mêmes documents indiquent que ce partenaire aurait distribué un total de 100 millions reçus de Och-Ziff.

Ce n’est que le début de la descente « dans le trou ». En décembre 2017, une enquête menée par les USA dans le cadre d’une loi permettant des poursuites pour des faits de corruption et d’atteintes aux droits de l’homme appelée « Global Magnitsky » a entraîné la prise de sanctions contre Gertler ainsi que d’une douzaine de dirigeants de la RDC. C’est la fin de l’idylle entre Glencore et le duo Gertler/GCM qui profite de l’occasion pour tenter de se débarrasser de leur associé ou au moins de lui extorquer un maximum d’argent.

Cette situation jointe à l’imprévisibilité de la situation en RDC a provoqué une vive réaction des marchés. La valorisation boursière de Glencore a pris un énorme plongeon. Plusieurs hauts responsables ont été forcés de démissionner et même le poste du CEO Glasenberg serait menacé.

Tel est l’environnement toxique des affaires minières en RDC. Devant la corruption généralisée et les pratiques prédatrices qui règnent dans le pays, les sociétés minières traditionnelles font preuve d’une extrême prudence allant jusqu’au retrait – en tout cas en apparence – de la RDC comme l’a fait récemment Freeport Mcmoran. Glencore, avec sa culture de « boucanier » comme l’indique The Economist et probablement fort de son expérience dans d’autres pays mafieux a sous-estimé la mafia congolaise et en paye le prix fort. Les grands investisseurs potentiels en tireront la leçon.

Une autre nouvelle qui n’a aucun lien avec la RDC devrait cependant faire réfléchir les kleptocrates congolais. Il s’agit de l’arrestation au Canada, à la demande des USA, de la vice présidente de Huawei pour avoir enfreint des sanctions…

Là il ne s’agit plus d’être dans le trou mais d’être mis au trou.

Par Jean-Marie Lelo Diakese

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