FARDC: la « résurrection » de John Numbi provoque la stupeur…

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Dans un communiqué daté de lundi 16 juillet, l’organisation non gouvernementale « La Voix des Sans Voix pour les droits de l’Homme » demande purement et simplement à « Joseph Kabila » de rapporter la nomination du général John Numbi Banza Tambo au poste d’inspecteur général de l’armée congolaise (FARDC). La « VSV » considère le retour aux affaires de cet officier controversé comme « une menace pour les défenseurs des droits humains » autant qu’une « prime à l’impunité ».

Dès le premier paragraphe de son communiqué, la « VSV » se dit « vivement choquée » et déçue par la nomination samedi 14 juillet du général John Numbi en qualité d’Inspecteur général de l’armée congolaise (FARDC). L’association dit avoir des appréhensions pour la « sécurité » des défenseurs des droits humains (DDH).

Le groupement de rappeler que Numbi est toujours considéré dans les milieux des défenseurs des droits humains comme « le suspect n°1 » dans l’assassinat de son regretté directeur exécutif  Floribert Chebeya Bahizire, 46 ans, et de Fidèle Bazana Edadi, chauffeur et responsable du dispatching.

Huit années après, l’association constate avec regret que le procès organisé sur ce que d’aucuns considèrent comme un double « crime contre l’humanité » n’a guère contribué à la « manifestation de la vérité ». Bien au contraire. Nul ne sait à ce jour ce qui s’est réellement passé le 1er juin 2010 au Quartier général de la PNC.

Le 1er juin 2010, le directeur exécutif de la VSV avait rendez-vous avec le général Numbi alors patron de la police nationale. L’activiste des droits humains voulait demander, de vive voix, à son interlocuteur d’examiner la possibilité « d’humaniser » les conditions carcérales dans les cachots administrés par la police. Chebeya et son accompagnateur sont tombés dans un véritable traquenard. Et pour cause?

LE MASSACRE DES ADEPTES DE « BDK »

Depuis l’accession de « Joseph Kabila » à la tête de l’Etat congolais le 26 janvier 2001, la VSV et son directeur étaient dans le collimateur des sicaires du nouveau pouvoir. Et ce pour avoir exigé non seulement la réouverture du procès sur la mort du président Laurent-Désiré Kabila mais aussi de mener une enquête indépendante sur l’assassinat de la dame Aimée Kabila. Celle-ci a été abattue à son domicile par des « hommes en uniforme ».

Numbi et Chebeya en filigrane

Suite au double massacre des adeptes du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo (BDK) dans l’ex-province du Bas Congo, la VSV publia un rapport pour le moins accablant. Les conclusions dudit document mettaient en cause le « Bataillon Simba », une unité paramilitaire commandée à l’époque par John Numbi. L’association demanda en vain des poursuites judiciaires à l’encontre non seulement de ce dernier mais également du général Denis Kalume Numbi, alors ministre de l’Intérieur, et du major Christian Ngoy Kenga Kenga, qui était à l’époque le commandant de ce « bataillon » qui n’avait des comptes à rendre qu’au « raïs ». En personne.

Face à l’inertie des autorités judiciaires congolaises, la VSV prit la résolution de saisir les juridictions internationales. C’est la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Dès ce moment le directeur exécutif devint un homme à abattre.

Le 28 mai 2010, « Floribert » reçoit un coup de fil de l’inspecteur principal de la PNC Daniel Mukalay wa Mateso qui lui dit: « Le général John Numbi vous recevra le 1er juin à 17h30 ». Chebeya se rendit au lieu du rendez-vous. Le lendemain, son corps sera retrouvé sans vie sur la banquette arrière de sa voiture au Quartier Mitendi sur la route de Matadi. Son accompagnateur Fidèle Bazana n’a jamais été revu.

Lors d’une parodie de procès ouvert sur ce double assassinat en 2011, les accusés (Daniel Mukalay wa Mateso, Michel Mwila wa Kubambo, Georges Kitungwa Amisi, Blaise Mandiangu Buleri, François Ngoy Mulongoy) ont ânonné à tue-tête qu’ils n’ont jamais vu Chebeya et son collaborateur au « QG » de la police. Mal leur en pris parce qu’ils seront confondus par trois « témoins » inattendus.

CRIME D’ETAT

Ouvrons la parenthèse pour signaler que trois autres accusés étaient en fuite. A savoir: les inspecteurs Christian Ngoy Kenga Kenga et Paul Mwilambwe ainsi que le sous-commissaire Jacques Mugabo. Fermons la parenthèse.

Mi-novembre 2010, l’auteur de ces lignes est entré en contact téléphonique avec un des « déposants ». L’homme avait trouvé refuge à Kampala, en Ouganda, sous le pseudonyme d’Amisi Mugangu. Par déduction, il devait s’agir de du sous-commissaire Jacques Mugabo. Membre du Bataillon Simba, « Amisi » servait de chauffeur au colonel Mukalay wa Mateso. « L’ordre d’éliminer Chebeya a été donné le 30 mai 2010 au ‘colonel Daniel’ par l’IG (Inspecteur général) », dira-t-il. Et d’ajouter: « L’instruction venait de la haute hiérarchie ». Pourquoi devait-on éliminer Chebeya? Réponse: « Ce défenseur des droits de l’Homme faisait des rapports contre l’image du régime ». On se trouve dans un cas patent de crime d’Etat.

Le second témoin n’est autre que l’Inspecteur Paul Mwilambwe en fuite. Au moment des faits, l’homme était en charge du service de sécurité à l’inspection générale de la PNC. Il avait sous son contrôle plusieurs écrans qui lui permettaient de surveiller les coins et recoins du bâtiment.

Dans une interview accordée à RFI en octobre 2012, Mwilambwe dit avoir vu, sur les écrans de surveillance, le major Christian Ngoy torturer à mort Chebeya. Fidèle Bazana qui attendait dans la voiture a eu à subir le même sort. « Le corps de Bazana a été jeté à Kinsuka », déclarait Amisi Mugangu qui a disparu le 25 novembre 2010 dans la capitale ougandaise. Il clamait être en possession du téléphone ainsi que des effets personnels de Chebeya.

Avant sa disparition, « Amisi Mugangu » disait avoir rendez-vous, ce 25 novembre 2010, avec son « chef » Christian Ngoy qui se planquait au Gabon. Le sous-commissaire ne cessait cependant d’exprimer des craintes de faire l’objet d’un « kidnapping » organisé par le colonel Marcel Mbangu (voir la liste des généraux nommés le 14.7.2018). Parenté à John Numbi, Mbangu prestait à l’époque à l’ambassade congolaise à Kampala avec le grade de conseiller.

« PRIME A L’IMPUNITE »

© AFP PHOTO / FEDERICO SCOPPA

Le troisième et dernier témoin est un sujet camerounais qui répond au nom de Gomer Martel. Amené menottes aux poignets le 1er juin 2010 au QG de la police, ce concitoyen au président Paul Biya dit avoir vu Floribert au siège de la Police. Il a fait ces révélations au cinéaste belge Thierry Michel dans son documentaire consacré à l’Affaire Chebeya.

Pour la VSV, la nomination du général John Numbi Banza Tambo en qualité d’Inspecteur général de l’armée congolaise « frise une prime à l’impunité » et constitue un « motif réel d’inquiétudes » pour les défenseurs des droits humains au moment où pointe à l’horizon des échéances politiques majeures.

L’association dit, par ailleurs, craindre que le nouvel Inspecteur général des FARDC soit, en réalité, chargé de mener des missions « de représailles » contre les activistes des droits humains en général et les membres de la VSV en particulier. Aussi, exige-t-elle à « Joseph Kabila » « de relever le général Numbi afin de se conformer entre autres à la Déclaration de Nations Unies de 1998 sur la protection des Défenseurs de Droits Humains ».

Que conclure sinon qu’il est désormais clair que le « suspect » John Numbi bénéficie de la « haute protection » du premier personnage de l’Etat qui a pris notamment l’engagement solennel « d’observer et de défendre la Constitution et les lois de la République ». Un parjure!

On apprenait que l’Inspecteur en cavale Paul Mwilambwe a lancé, via son compte Twitter, un véritable « SOS » depuis son exil dakarois. Il dit craindre pour sa vie. Vivement que la peur change de camp…

 

Baudouin Amba Wetshi

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