« Joseph Kabila » n’a aucun « rêve » à proposer aux Congolais

« Joseph Kabila prépare sa rentrée politique ». C’est l’annonce faite, mardi 22 octobre, à Lubumbashi, par Emmanuel Ramazani Shadary, le secrétaire permanent de l’ex-parti présidentiel, le PPRD (Parti du peuple pour reconstruction et la démocratie).

La tentation est forte de réagir par une question qui tient en deux mots: Et alors? So what?… auraient dit les Anglo-Saxons.

Le come-back de cet homme – qui a dirigé le Congo-Kinshasa d’une main de fer durant dix-huit ans – n’est ni plus ni moins qu’un pseudo-événement. L’ex-président « Kabila » n’a laissé aucun souvenir impérissable en termes de réalisations au plan économique et social. Bien au contraire.

A Lubumbashi, « Shadary » a joué au plus fin en restant évasif sur la date de ce « retour à la Zorro ». Ce sera « dans les prochains jours », a-t-il dit en ajoutant que « ce sera au cours d’un événement ». De quel événement s’agit-il? Mystère.

Réputé bavard et piètre orateur, Ramazani Shadary a laissé « fuiter » quelques indices en laissant entendre que cet événement « fera date tant au sein de notre parti que sur la scène politique » au Congo-Kinshasa.

C’est un secret de Polichinelle: « Joseph Kabila » sera plébiscité au poste de président du PPRD. Ce sera lors du congrès de cette formation politique prévu initialement à Kalemie, le chef-lieu de la province de Tanganyika.

Tricheur impénitent, l’homme se voit déjà en haut de l’affiche en tant que futur chef d’une hypothétique majorité en 2023.

Selon le secrétaire permanent de cette formation politique, leur objectif est de « remporter une victoire sans appel lors de la présidentielle de 2023 ». Sans omettre, de rafler la « majorité absolue » des sièges au niveau des assemblées délibérantes.

Pour la petite histoire, le « clan kabiliste » a déjà positionné son candidat à la pour succéder à l’actuel Président de la CENI (Commission électorale nationale indépendante), l’impayable Corneille Nangaa. Il s’agit du kabiliste pur sucre Adolphe Lumanu Bwana Nsefu. C’est blanc bonnet, bonnet blanc.

« Kabila » veut le pouvoir pour le pouvoir. Il n’a jamais eu de « rêve » ou « vision » à proposer aux Congolais. L’homme et sa bande ont du pouvoir une conception patrimoniale. Pour eux, le Congo-Kinshasa est un « bien personnel ». Aussi, tiennent-ils à conquérir l’impérium non pas pour servir la collectivité mais simplement pour jouir des avantages et privilèges qui s’y rattachent. Et faire sentir aux adversaires et autres contempteurs le poids de l’autorité des « puissants du moment ».

« Joseph » a succédé au Mzee Laurent-Désiré Kabila le 26 janvier 2001. Trois mois auparavant, l’Assemblée générale des Nations Unies lançait les « Objectifs du Millénaire pour le Développement » (OMD). « Assurer l’éducation primaire pour tous », est un des objectifs.

Dans un rapport publié en 2016, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) est formel: 18 millions d’adultes congolais ne savent ni lire ni écrire.

Lors de l’élection présidentielle de 2006, le candidat-président « Kabila », chouchouté alors par l’Occident, a été « élu » sans avoir eu à présenter un document tenant lieu de programme. C’est au mois de novembre de la même année – soit un mois après la proclamation des résultats définitifs – que l’homme, tel un prestidigitateur, lancera les fameux « Cinq chantiers du chef de l’Etat » aux allures de slogan. C’était au cours d’une interview au quotidien bruxellois « Le Soir ». « Le Congo ressemblera à la Chine en 2011 », ânonnait-il.

Lors des consultations politiques de 2011, l’opinion congolaise espérait connaitre enfin les réalisations accomplies dans le cadre des « Cinq chantiers » avant de passer à autre chose. « Réélu », « Kabila » est resté muet sur la question en annonçant un « nouveau projet politique ». Celui-ci s’intitule: « la Révolution de la modernité ».

En dix-huit années d’exercice du pouvoir d’Etat,  le successeur de Mze et ses « janissaires » n’ont excellé que dans la violence. Des manifestants pacifiques et sans armes ont été « canardés » comme du gibier. Des églises ont été prises d’assaut. Des anciens combattants de l’ex-rébellion rwandaise du M23 ont été appelés à la rescousse des sbires du régime. Cas sans précédent, des membres de la garde dite républicaine ont été surpris en train d’emporter les corps des victimes. Histoire de faire disparaître des traces.

Au Kasai, des miliciens « Bakata Katanga » de l’ex-chef milicien Kyungu Mutanga, alias « Gédéon », ont massacré des populations civiles. Chargés d’enquête sur des informations faisant état de l’existence de fosses communes, les experts onusiens Zaïda Catalan et Michaël Sharp furent assassinés, en mars 2017, dans des circonstances non élucidés à ce jour.

Dans son harangue, Emmanuel Ramazani Shadary a déclaré notamment que le PPRD entend « consolider la souveraineté nationale ». Dans l’entendement de « Kabila », la « souveraineté » ne signifie nullement cette compétence exclusive que chaque Etat est censé exercer sur son territoire. Il s’agit, dans le cas sous examen, du « droit » non seulement de violer la Constitution mais surtout d’attenter à la vie et à la dignité de la personne humaine. Et ce à l’abri de toute ingérence étrangère.

En un mot comme en mille, « Joseph Kabila » est un homme du passé. Cet homme est un mystificateur dont la place se trouve nulle part ailleurs que dans la poubelle de l’Histoire.

« Joseph Kabila » n’a jamais eu le moindre « rêve » ou « projet » pour le Congo-Kinshasa. Son obsession à reconquérir le pouvoir ne se fonde que sur une seule motivation: achever le pillage des ressources du pays. Une razzia commencée le 17 mai 1997 par des pseudo-libérateurs…

 

Baudouin Amba Wetshi