Lamuka: Quand Muzito « embarrasse » Bemba et Katumbi

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Lundi 23 décembre, Adolphe Muzito, avait la mine d’un homme (presque) seul. En cause, une déclaration « diplomatiquement incorrecte ». Coordonnateur en exercice de la plateforme politique Lamuka, l’ancien Premier ministre a déclaré au cours de sa toute première conférence de presse que le Congo-Kinshasa devrait « occuper » le Rwanda pour ramener la paix dans les deux provinces du Kivu. Dans un communiqué conjoint publié le même jour, Jean-Pierre Bemba Gombo et Moïse Katumbi Chapwe, deux des quatre membres du présidium de Lamuka, ont « énergiquement » marqué leur différence en se « désolidarisant ». Au moment où ces lignes sont écrites, Martin Fayulu Madidi ne s’était pas encore exprimé sur le sujet.

Au cours ce point de presse, Adolphe Muzito a déclaré qu’il faudrait « faire la guerre au Rwanda » pour pacifier l’Est du Congo-Kinshasa. Selon lui, les dirigeants de ce pays voisin « influent » énormément sur la « politique congolaise ».

Comme pour tempérer ses propos diplomatiquement incorrects, le coordonnateur en exercice de Lamuka fait remarquer que « ce n’est pas un objectif en soi, c’est une posture si rien ne change ».

Dans un communiqué conjoint publié le même jour, Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi qui passent pour les modérés du quatuor ont littéralement bondi de leurs chaises pour clamer leur indignation tout en se « désolidarisant » de leur camarade, proche de la « ligne intransigeante » chère à Martin Fayulu.

Sur un ton courtois mais ferme, les deux membres du présidium de Lakuma commencent leur communiqué par avouer leur « surprise » d’avoir pris connaissance des propos tenus par leur camarade « via les médias ». Ils prennent aussitôt leur distance par rapport à ces déclarations qu’ils qualifient de « gravissimes ». Et de souligner que l’idée de faire la guerre au Rwanda « ne peut en aucun cas recevoir l’approbation des forces vives locales ni de la communauté internationale ».

Les deux leaders de rappeler que le discours tenu par leur camarade va à l’encontre de l’idéal du combat que mène leur regroupement pour l’avènement de l’Etat droit. Aussi, invitent-ils Muzito « à revenir sur ces propos de manière à ne pas compromettre l’idéal » que défend le groupe « pour le bien de nos populations ». Seront-ils entendus? 

Composée au départ de « six leaders » (Jean-Pierre Bemba, Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Freddy Matungulu, Antipas Mbusa et Adolphe Muzito), le regroupement a vu le départ de deux personnalités au lendemain de la signature de la Convention érigeant cette structure en plateforme politique. C’était le 27 avril 2019 en Belgique. Il s’agit de Matungulu et de Mbusa.

« LAMUKA » TIRAILLÉE ENTRE MODÉRÉS ET RADICAUX

Martin Fayulu Madidi

Les observateurs ont été plutôt agréablement surpris de noter la volonté des signataires d’aller de l’avant en mettant une sourdine au « combat pour la vérité des urnes ». Ce thème lassant était remplacé par un programme politique très républicain s’articulant sur quatre « axes principaux ». A savoir: la défense de la Constitution, la mobilisation des citoyens à une alternance démocratique et politique reflétant la vérité du choix des électeurs, la promotion de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance et l’éradication des antivaleurs.

Au cours d’un meeting qu’il a animé le 28 avril à la Place Ste Thérèse à Kinshasa, Martin Fayulu, candidat malheureux à l’élection présidentielle, fera volte-face en revenant sur « ses fondamentaux » en exigeant la vérité des urnes et la démission du président Felix Tshisekedi.

Dans un entretien au journal français « Le Monde », le président de l’ECIDé n’hésita pas à brocarder Katumbi qui, selon lui, n’aurait comme souci que le profit. C’était au mois de juin.

A la veille de la prise de la présidence tournante de Lamuka le 2 décembre, Muzito déclarait que son souci sera de préserver l’unité de ce regroupement.

Lors de son point de presse de ce lundi 23 décembre, le président du « Nouvel Envol » a sans doute été excessif. Il reste qu’il a, dans une certaine mesure, relayé le sentiment que de nombreux Congolais ruminent à l’égard du Rwanda de Paul Kagame. Le maître de Kigali est, plus à raison qu’à tort, accusé d’être le « grand déstabilisateur » des provinces du Nord et du Sud-Kivu. A travers ses « créatures » que sont le CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) et le M23, le satrape rwandais à placer ses hommes dans certains grands corps de l’Etat congolais. C’est le cas singulièrement de l’armée. Une situation vécue comme une « humiliation nationale ».

A travers le communiqué conjoint précité, Jean-Pierre Bemba Gombo et Moïse Katumbi Chapwe viennent de confirmer que la plateforme Lamuka est plus que jamais tiraillé entre deux tendances antinomiques. D’un côté, les modérés ou républicains, représentés par le duo Bemba-Katumbi. De l’autre, les radicaux, incarnés par Martin Fayulu et Adolphe Muzito.

Depuis quelques jours, des analystes s’interrogent sur l’avenir de Lamuka. Pour eux, deux facteurs privent celle-ci de sa raison d’être. Il y a d’une part, la naissance du parti « Ensemble pour la République » de Moïse Katumbi et d’autre part, l’absence, à court terme, d’enjeux électoraux tant au niveau national que local. Rendez-vous est pris à la prochaine réunion des quatre leaders…

 

B.A.W.

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