L’inflation mondiale risque de plomber la croissance économique en 2022

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Gaston Mutamba Lukusa

L’inflation mondiale entraînera ses répercussions sur le Congo/Kinshasa, un pays qui dépend à plus de 90% des importations.

Après la pandémie de Covid-19 et la hausse des tarifs des transports internationaux en 2021, le monde subit actuellement les contrecoups du conflit entre l’Ukraine et la Russie. Les conséquences se traduisent par la hausse des prix des carburants et du gaz, des prix des produits alimentaires ainsi que des cours des matières premières. Ces hausses de prix contribuent à l’augmentation de l’inflation mondiale. C’est ainsi que nous assistons à la hausse des prix de certains produits en RD Congo alors que le dollar américain, monnaie de référence, reste stable. Ce sont les conséquences de l’inflation importée.

Après sa mission à Kinshasa du 1er au 7 mars, une équipe du Fonds monétaire international (FMI), souligne dans un communiqué de presse que « les perspectives pour 2022 restent favorables, mais les risques à la baisse qui pèsent sur les perspectives ont fortement augmenté et appellent à accumuler des réserves et à maintenir des politiques macroéconomiques prudentes pour renforcer la résilience aux chocs externes. La hausse des prix mondiaux des denrées alimentaires et de l’énergie en lien avec la crise due au conflit en Ukraine et la volatilité des prix des minéraux présentent des risques pour l’inflation et la croissance ».

Au début du mois de mars, le prix de la tonne de blé sur les marchés internationaux a pratiquement doublé. Ceci va entraîner des répercussions sur les prix du blé et donc du pain qui est largement consommé dans le pays. Le pain s’est imposé dans les habitudes alimentaires alors que le pays ne cultive pas de blé. Cela est la conséquence des aides alimentaires et de la politique des subventions agricoles pratiquées dans les pays industrialisés.

Suivant un article intitulé: « Le retour de l’inflation mondiale » paru le 14 février 2022, sur un blog de la Banque mondiale; signé par Carmen Reinhart et Clemens Graf Von Luckner, « l’inflation des prix alimentaires a généralement un plus fort impact sur les pays à faible revenu (et partout sur les foyers à faible revenu), ce qui en fait une sorte d’impôt régressif. La nourriture représente une plus large part du panier moyen d’un ménage dans les économies émergentes et en développement, et l’inflation risque de persister dans ces pays. L’augmentation actuelle des prix de l’énergie entraînera forcément une hausse prochaine des prix alimentaires » (en raison de l’augmentation du coût des engrais, du transport, etc.).

Le prix du baril de pétrole affiche actuellement 110 dollars contre 50 dollars en décembre 2020, soit une hausse de 120%. Si cela continue, le gouvernement sera obligé d’opérer un important ajustement des prix à la pompe. La conséquence immédiate sera la hausse des prix des transports. Du fait de la solidarité des prix entre eux, les coûts de tous les produits vont augmenter. A noter que les prix des matières premières ont aussi augmenté, ce qui est favorable à l’économie congolaise qui produit du pétrole, du cuivre, du cobalt, de l’étain, de l’or etc. Mais l’inflation mondiale peut conduire à la récession ce qui affectera négativement les cours de ces produits.

Il en est de même des sanctions économiques imposées à la Russie par certains pays occidentaux suivies des contre-sanctions russes. Actuellement, la situation macro-économique du Congo reste encore sous contrôle comme l’a précisé le communiqué des services du FMI: « Des données préliminaires confirment le rebond économique en 2021, avec une croissance du PIB estimée à 5,7%, soutenue par une reprise des secteurs minier et des services. L’inflation s’élevait à 5,3% à la fin de 2021. L’inflation devant rester modérée, la Banque centrale du Congo (BCC) a réduit le taux d’intérêt directeur de 100 points de base à la fin de 2021. Des estimations préliminaires suggèrent que le déficit du compte courant s’est réduit à 1% du PIB en 2021, contre 2,2% du PIB en 2020, grâce à des exportations minières en hausse. Ces évolutions extérieures favorables et l’allocation générale de DTS fin août ont permis d’augmenter significativement le niveau des réserves internationales brutes. Le solde budgétaire global s’est amélioré en 2021 en raison de la hausse des recettes et d’investissements publics inférieurs aux prévisions ».

Les perspectives pour 2022 restent favorables, mais les risques à la baisse qui pèsent sur les perspectives ont fortement augmenté et appellent à accumuler des réserves et à maintenir des politiques macroéconomiques prudentes pour renforcer la résilience aux chocs externes.


Gaston Mutamba Lukusa

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