Questions directes à Simon Diasolua Zitu

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Le gouvernement congolais a organisé les 24 et 25 juin, la troisième édition du « Forum économique du Congo » à Bruxelles. La rencontre a connu la participation de plusieurs Congolais de Belgique. Ancien pilote-instructeur de la compagnie nationale Air-Zaïre et « LAC », Simon Diasolua y était présent. Il a bien voulu livrer ses impressions à Congo Indépendant.

Vous avez participé à la troisième édition du Forum économique organisé par le Congo-Kinshasa à Bruxelles. Quel est votre sentiment sur le bien-fondé de cette rencontre?

Cette rencontre devait avoir lieu.

Pourquoi?

La raison est simple: depuis que je suis installé en Belgique, c’est la première fois que j’assiste à ce genre de manifestation. J’ai été très surpris par les thèmes qui ont été abordés.

Quels sont ces thèmes?

Il a été question spécialement de l’économie et du programme que le gouvernement Matata tente de mettre en place pour relancer l’économie nationale. Il y a eu également l’appel lancé à la diaspora congolaise. J’ai été agréablement surpris lorsque la délégation venue de Kinshasa à tendu la main aux « Combattants » en les invitant à un « dialogue ».

Ancien pilote-instructeur d’Air Zaïre et des Lignes aériennes congolaises (LAC), quelle était votre motivation en allant à cette réunion?

Au regard du programme, j’espérais rencontrer le ministre des Transports et voies des communications. Malheureusement, il n’a pas fait partie de la délégation.

Qu’attendiez-vous de ce ministre?

Je voulais lui demander certaines précisions sur les « bruits » qui font état de la dissolution prochaine de la compagnie nationale « LAC ». Il y aurait eu des réactions négatives tant de la part des agents de cette entreprise publique que de certains parlementaires.

Etes-vous pour ou contre la dissolution de cette compagnie nationale?

Dans l’état actuel, le passif des LAC fait qu’il est difficile que quelqu’un puisse investir dans cette compagnie. Le passif est trop lourd. La dette sociale dépasse facilement les 100 millions $ US. En 1995, le tribunal de commerce de Bruxelles avait déclaré en faillite la compagnie nationale Air Zaïre. Il n’y a jamais eu de réaction de la part des autorités de notre pays. Je voulais évoquer toutes ces questions avec le ministre des Transports. Je voulais appeler son attention sur l’épée de Damoclès suspendu au-dessus de la future compagnie aérienne. D’autre part, je constate que depuis 1995, la curatelle d’Air Zaïre n’a jamais rendu compte de la destination donnée aux biens d’Air Zaïre. L’Etat-propriétaire est en droit d’exiger des comptes à la personne chargée de la liquidation.

Revenons à ma question…

Je suis pour la création d’une nouvelle compagnie aérienne à la condition que celle-ci n’ait rien à voir avec le passif de l’ancienne. Il faudra au préalable régler tous les contentieux relatifs aux Lignes aériennes congolaises. C’est un préalable. Je suggère par ailleurs que le capital de la future société soit ouvert aux privés en concurrence de 80%. L’Etat doit être un actionnaire minoritaire. Il va sans dire que la gestion doit être assurée par des privés. J’en profite pour évoquer la problématique des accidents aériens au Congo. J’ai apporté ma contribution à l’élaboration d’un nouveau « Code de l’air ». Le texte a été adopté par le Parlement et promulgué depuis deux ans.

Quel est le problème?

Le problème est que la promulgation est une chose. Il reste maintenant l’application de ce texte au plan local. En clair, il incombe au ministre des Transports de prendre des arrêtés d’exécution de la nouvelle loi. Faute d’expertise, ces arrêtés ont été élaborés de manière bâclée. C’est le cas notamment en ce qui concerne le « Bureau enquête-accident ». Il n’a pas été tenu compte de la nécessité de doter celui-ci d’une réelle autonomie tant sur le plan budgétaire que des ressources humaines.

Revenons un peu au forum économique. Quels étaient, selon vous, les objectifs de cette manifestation?

En aviation, on dit: « informer, c’est rassurer ». Je crois que le gouvernement du Premier ministre Augustin Matata a compris qu’il faut « rassurer » la population aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. C’est en tous le cas le sentiment que j’ai eu.

Ne pensez-vous pas que, pour être rassurée, la population attend non seulement des paroles mais aussi des actes?

Je suis d’accord! La délégation gouvernementale a évoqué notamment la situation du taux de change de la monnaie nationale et des actions entreprises pour arriver à la « dédollarisation » de l’économie. J’ai pu apprendre que, désormais, tous les prix sont affichés en franc congolais. L’objectif, a-t-elle dit, est d’améliorer l’économie et le vécu de la population.

Ce n’est donc qu’un vœu…

Il m’a semblé que le gouvernement voudrait faire « quelque chose » dans ces secteurs

N’est-ce pas un discours déjà entendu?

Je comprends. Il reste que c’est la première fois pour moi de voir un groupe de gens de ce rang échanger avec des concitoyens avec autant d’humilité. J’ai vu par exemple des ministres répondre, avec « calme et politesse », à des « questions dérangeantes ». J’ai été par ailleurs surpris par l’appel lancé aux Congolais de la diaspora en leur rappelant l’importance de leur rôle dans la relance de l’économie nationale. La question relative à la double nationalité a été soulevée lors du débat. La délégation a laissé entendre que ce thème « est à l’étude ». Il me semble que l’ambassadeur Henri Mova a été chargé d’étudier la possibilité d’instaurer un « dialogue » avec les Congolais de l’étranger. La finalité est de mettre fin à la « confrontation ambiante ». J’ai noté la présence de quelques « Combattants » dans la salle.

Peut-on dire que ce colloque a atteint ses objectifs?

Je ne sais pas! J’y ai été, j’ai vu et entendu. Maintenant, j’aimerais juger sur pièce. Je vais juger le gouvernement aux actes.

In fine, quel enseignement avez-vous tiré de cette rencontre?

Les autorités congolaises ne doivent pas se contenter de ce genre de réunion. Elles doivent aller au-delà.

C’est-à-dire?

Je fais partie de la diaspora. Cela fait 17 ans que je vis en Belgique. J’estime que je participe à l’économie de mon pays et à l’amélioration, à titre bénévole, de la sécurité aérienne de mon pays. Je considère que le vote est un droit reconnu à chaque citoyen congolais. J’ai du mal à comprendre que l’on me refuse cette prérogative sous prétexte que je réside à l’étranger. Je considère que j’ai le droit de participer au choix des gouvernants de mon pays. Enfin, je suis d’avis qu’il faut jeter les bases d’un vrai dialogue entre les représentations diplomatiques du pays et les Congolais de l’étranger. Chacun a le droit d’être en désaccord avec un autre. Pour résoudre le différend, il faut écouter l’autre. Une telle écoute n’est possible que dans le cadre d’un dialogue. A défaut, chaque partie va camper sur ses positions

 

Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi

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