Une nouvelle carte d’identité (enfin)?

Dans un tweet posté sur son compte @migishaofficiel, Dominique Migisha, conseiller spécial en charge du Numérique à la Présidence de la République, a annoncé, mardi 10 novembre, le lancement du projet dénommé « Système national d’identification digitale » (SNID). Selon lui, il s’agit de la première étape devant « permettre » le démarrage du « recensement » de la population avec « au bout » la délivrance de « la carte d’identité pour tous en RDC ».

Nommé en juin dernier à la tête de l’ONIP (Office national de l’identification de la population), Richard Ilunga Ntumba – qui a succédé à Adolphe Lumanu, nommé à ce poste en octobre 2014 – parait tout aussi optimiste. Pour lui, l’objectif de l’ONIP est d’identifier tous les Congolais au plus tard le 31 décembre 2022.

La nouvelle carte nationale d’identité devrait donc intervenir en 2023. Si tout va bien. On imagine que lors de la convocation du scrutin en 2023, les citoyens iront aux urnes munis de leur carte d’identité et non uniquement de la carte d’électeur qui en tient lieu actuellement.

L’optimisme qu’affichent Dominique Migisha et Richard Ilunga est loin d’être partagé par le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba (FCC). A preuve, le chef du gouvernement – qui reçoit ses ordres de Kingakati – n’a pas réservé un seul paragraphe sur ces problématiques dans son programme de gouvernement qui a été présenté début septembre 2019. Le recensement de la population et l’émission de la nouvelle carte d’identité seraient-ils des questions dérisoires?

Lors de l’interview qu’il avait accordée à des médias de la diaspora congolaise de Belgique, l’avocat bruxellois Dieudonné Tshibwabwa Mbuyi ne croyait pas si bien dire. Il n’avait pas exclu l’existence des « pesanteurs » qui entraveraient le recensement et la nouvelle carte d’identité. « Ce n’est pas sérieux que l’on ne puisse savoir, dans un pays, qui est national et qui ne l’est pas », déclarait-il. Pour lui, c’est tout simplement inimaginable qu’un pays comme le Congo-Kinshasa n’ait ni carte nationale d’identité ni registre national de la population. Après le recensement, on pourrait établir le fichier électoral.

Sous le Zaïre de Mobutu Sese Seko, les Zaïrois avaient une carte d’identité. Il s’agit de la « Carte d’identité pour citoyen ». Celle-ci fut proscrite par les pseudo-libérateurs du 17 mai 1997, camouflés sous l’appellation « Banyamulenge ». Les nouveaux « maîtres » du pays n’ont rien offert en remplacement. Le problème est resté pendant jusqu’à ce jour soit 23 ans. Oubli? Allons donc! Comment ne pas donner raison à ceux qui croient dur comme fer que c’est un « oubli » fait à dessein?

En fait, le phénomène « banyamulenge » qui a servi de paravent à la guerre 1996-1997 a eu l’effet d’un appel d’air. Un appel d’air qui a pris une ampleur préoccupante dès le lendemain de la mort mystérieuse de Mzee Laurent Désiré Kabila.

Au cours des deux dernières décennies et surtout durant les dix-huit années de pouvoir de « Joseph Kabila », les Congolais ont vu affluer sur leur territoire national de nouveaux « concitoyens » sortis de nulle part. Ils ont assisté à l’apparition, dans l’armée et la police, des colonels et autres généraux que personne n’avait jamais connus à l’époque où ils étaient sous-officiers. D’où sortent-ils? Plusieurs postes névralgiques sont encore occupés par des hommes n’ayant aucune attache psychologique avec le Congo-Kinshasa.

Pour l’Histoire, ce n’est que douze années après son accession à la tête du pays que le recensement a commencé à trouver grâce aux yeux du successeur de Mzee. Que sont devenus les 81 véhicules que le Premier ministre Augustin Matata Ponyo avait remis à Célestin Vunabandi, alors ministre du Plan? Quid de la « cartographie » de la population? C’était en septembre 2013.

A l’époque ceux qui connaissaient « Kabila » et son système savait que l’homme ne fait jamais rien pour rien. En lançant la cartographie en septembre 2013, le « raïs » avait déjà conçu le « glissement » dans la mesure où le recensement, devait débuter en février …2015. La suite est connue: manifestation réprimée violemment.

Nommé directeur général de l’ONIP en octobre 2014, Adolphe Lumanu avait besoin d’un demi-milliard de la devise américaine pour accomplir le recensement et la délivrance de la carte d’identité. « Kabila » est « parti » le 24 janvier 2019 sans avoir matérialisé ce double projet qui ne faisait pas partie de sa « mission ».

Au lieu d’épuiser son énergie dans une multitude de projets, le président Felix Tshisekedi devrait élever le recensement de la population et l’émission de la nouvelle carte d’identité au rang de priorités des priorités. Et ce, au même titre que la sécurité des personnes et des biens et la fourniture d’eau et l’électricité. Sans oublier l’Etat de droit.

En 2023, « Félix » pourrait se targuer d’avoir redonné à la population congolaise non seulement son identité mais surtout sa citoyenneté après deux décennies de déni…

 

Baudouin Amba Wetshi

One thought on “Une nouvelle carte d’identité (enfin)?

  1. Cher BAW,
    Soyons réalistes. Quel moyen de dissuasion Félix compte-t-il utiliser pour identifier les intrus, dénoncer ces gens venus d’ailleurs pour les mettre à l’écart?
    Tshilombo doit d’abord chercher à s’affranchir du joug qui le lie à Paul Kagame ; se débarrasser de son encombrant partenaire « Joseph Kabila » qui continue à lui mettre des bâtons dans les roues et ne supporte pas l’idée de le voir réussir son mandat.
    Détrompons-nous ?

Comments are closed.