Faire échec aux réactionnaires. Vivement la désobéissance civile!

Selon les politologues, le mot « réaction » désignait à l’origine toutes les forces contre-révolutionnaires qui tentaient de faire échec à la révolution française de 1789 en vue de restaurer l’Ancien Régime. Par extension, le vocable « réactionnaire » désigne les courants politiques ou les intellectuels qui refusent le progrès et entendent revenir à un ordre ancien.

Lors de la plénière du « dialogue politique », samedi 1er octobre, à Kinshasa, le président de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) a informé les « dialogueurs » que cette centrale électorale devrait achever l’enrôlement des électeurs à la fin du mois de juillet 2017. Elle doit par la suite disposer de « 504 jours à partir du 31 juillet 2017 » pour organiser simultanément la présidentielle, les législatives nationales et provinciales. On croit rêver!

Institution d’appui à la démocratie, la CENI est une administration permanente. Elle est chargée notamment de l’enrôlement des électeurs, de la tenue du fichier électoral, des opérations de vote, de dépouillement.

Le président de la CENI Norbert Nangaa et son mentor « Joseph Kabila » prennent les Congolais pour de la gnognotte. A la lumière du « chronogramme » proposé par la CENI, l’alternance démocratique que les Congolais appellent de leurs vœux est renvoyée à novembre 2018. Si cela convient au bon plaisir du « raïs ».

Depuis le mois de juin 2013 à ce jour, « Joseph Kabila » et les « mandarins » qui l’entourent multiplient des subterfuges pour retarder la tenue des consultations politiques. Ils ont peur. Ils ont peur d’abord du changement démocratique devant intervenir le 19 décembre de l’année en cours. Ils ont peur ensuite de perdre les honneurs et les avantages inhérents à l’exercice du pouvoir d’Etat. Ils ont peur enfin d’être privés des privilèges et immunités qui les mettent pour le moment à l’abri des poursuites judiciaires.

Depuis le mois de juin 2013, le Congo-Kinshasa se trouve à deux doigts de la « guerre civile » entre les réactionnaires – les conservateurs? – regroupés au sein de la « majorité présidentielle » (MP) et les progressistes représentés par la grande majorité de la population congolaise.

En quête d’un autre avenir, cette grande majorité de la population appelle de tous ses vœux – depuis les consultations nationales des années 90 et la Conférence nationale souveraine -, l’avènement d’un nouvel ordre politique fondé sur la démocratie et la primauté du droit. Cette grande majorité de la population appelle également l’avènement d’un Etat efficace. C’est-à-dire un Etat qui se soucie réellement de l’amélioration de la qualité de vie des gens. Elle appelle enfin à l’avènement d’un Etat respectueux de la vie et de la dignité de la personne humaine. C’est tout le contraire du système incarné depuis quinze ans par « Joseph Kabila ».

Deux articles majeurs de la Constitution sont au centre de cette querelle entre les réactionnaires et les progressistes. Il s’agit des articles 70 et 220. « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. (…) », stipule le premier. Le second prohibe toute révision de la loi fondamentale touchant notamment au « nombre » ainsi qu’à la « durée des mandats du Président de la République ».

« Elu » en 2006 et 2011, le président sortant « Joseph Kabila » achève son second et dernier mandat le 19 décembre 2016.

« Le pouvoir corrompt », disait Alain. Les législateurs de 2005 avaient pris conscience que tout homme qui exerce un pouvoir est tenté d’en abuser. Aussi, avaient-ils prévu des mécanismes destinés à garantir un fonctionnement harmonieux des institutions, assurer l’avènement de l’alternance démocratique et contrer toute dérive dictatoriale. Hélas, ces mécanismes se sont révélés inopérants du fait tant d’un personnel politique incivique que d’un appareil judiciaire inféodé au pouvoir politique.

En juin 2013, Evariste Boshab, alors secrétaire général du parti dominant le parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), publiait un livre au titre suggestif: « Entre la révision de la Constitution et l’inanité de la nation ».

Ecrit trois années avant la date d’expiration du second et dernier mandat du président sortant « Joseph Kabila », cet ouvrage tenait lieu de sondage d’opinion grande nature pour jauger la capacité d’indignation de la population autour de l’idée générale qu’il charrie. A savoir: « toute Constitution est révisable ».

En toile de fond, il y a l’ambition du président sortant de briguer un troisième mandat. Il faut donc faire sauter l’interdit constitutionnel. Le même homme avait pris l’engagement solennel « devant Dieu et la nation d’observer et de défendre la Constitution et les lois de la République ».

En bloquant le processus électoral pour faire « glisser » le calendrier électoral, « Joseph Kabila » a trahi son serment.

Le 19 décembre prochain, le peuple congolais doit constater la fin du mandat du président sortant. L’homme perd la légitimité de commander et de se faire obéir.

Dès le 20 décembre 2016, le peuple congolais doit prendre la ferme résolution de ne plus reconnaître « Joseph Kabila » en tant que Président de la République et démarrer une campagne de désobéissance civile. L’objectif est de faire échec aux réactionnaires qui tentent de prendre le destin des 70 millions de Congolais en otage. « Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre… », disait un écrivain français.

 

Baudouin Amba Wetshi