Kinshasa: Mnangagwa en « émissaire très spécial » de la SADC?

Le président zimbabwéen, Emmerson Mnangagwa, a effectué mardi 27 mars une visite éclair dans la capitale congolaise. Il est arrivé dans la soirée. Il revenait d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, où il a participé, du 26 au 27 mars, à la 6ème édition d’ « Africa CEO Forum ». Le numéro un Zimbabwéen s’est entretenu durant une heure avec le ministre de l’Intérieur Henri Mova Sakanyi… dans un salon de l’aéroport de N’djili. De quoi ont-ils parlé? Selon certaines indiscrétions, « Emmerson » aurait invité « Joseph Kabila » a indemnisé son pays pour « l’effort de guerre » consenti lors de la guerre dite d’agression 1998-2003. Il aurait également transmis un « message urgent » de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe).

Mova Sakanyi reçoit le Président Mnangagwa

Mardi 27 mars, « Joseph Kabila » était absent à l’aéroport de N’djili pour accueillir le chef de l’Etat zimbabwéen. Dieu seul sait le rôle joué par l’armée zimbabwéenne (et l’armée angolaise) pour mettre le régime de « Papa Kabila » à l’abri du naufrage face aux coups de butoir des troupes envoyées par ses ex-mentors ougandais et rwandais.

Selon des sources concordantes, le « raïs » aurait prétexté un « agenda chargé » pour ne pas rencontrer le tombeur de Robert Mugabe. Et ce aussi bien à l’aller qu’au retour d’Abidjan.

D’après ces sources, Mnangagwa était porteur d’un double message. Le premier était bilatéral. Le second était multilatéral. Ce dernier émanait des dirigeants de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Des dirigeants qui dissimuleraient de moins en moins une « fatigue » certaine face à l’impasse politique au Congo-Kinshasa.

Le message bilatéral serait bien connu de « Joseph Kabila ». Il s’agit de la demande des autorités zimbabwéennes d’obtenir une indemnisation pour « l’effort de guerre » consenti par leur pays lors de la « guerre d’agression » de 1998-2003. A en croire Mnangagwa, son pays a subi des pertes très importantes non seulement au plan matériel mais aussi humain.

Lors de sa toute première « visite de travail », début mars, Emmerson Mnangagwa – qui est candidat à l’élection présidentielle fixée en juillet prochain – aurait fait part à « Kabila » de ses besoins en espèces sonnantes et trébuchantes pour financer sa campagne.

UN TON COMMINATOIRE

Dans les milieux proches de la mouvance kabiliste, on laisse entendre que la demande formulée par les autorités d’Harare serait sans fondement. « Le Zimbabwe a déjà été largement indemnisé en nature sous forme de minerai », confie un oligarque kabiliste.

Qu’en est-il du message multilatéral? A en croire une source sécuritaire à Kinshasa, Mnangagwa aurait adopté un « ton comminatoire ». « Il faut dire à mon frère Joseph Kabila de se préparer à quitter le pouvoir d’ici le 23 décembre prochain pour faciliter l’alternance démocratique par la tenue des élections libres, apaisées et transparentes ». C’est le message qu’il aurait confié au ministre de l’Intérieur Henri Mova Sakanyi à l’intention du « raïs ».

Le Zimbabwéen aurait, au nom des pays de la SADC – dont le Congo-Kinshasa est membre -, mis le successeur de Mzee en garde contre « toute tentative de déstabilisation de l’ex-Zaïre pour pérenniser son pouvoir ».

Seretse Ian Khama, Président du Botwana

Dans une interview accordée à la Voix de l’Amérique (VOA) en novembre dernier, le président botswanais, le très bouillant Seretse Ian Khama avait fustigé tous les leaders africains qui s’accrochent au pouvoir au-delà du mandat constitutionnel. « Ces dirigeants s’accrochent au fauteuil présidentiel non pas pour servir le bien commun mais pour préserver leurs intérêts particuliers », soulignait-il.

Le Botswana dont la capitale abrite le Secrétariat de la SADC est revenu à la charge le 26 février dernier en se penchant sur le cas du « Congo libéré » de « Joseph Kabila ».

CONTRAINDRE « KABILA » À RENONCER AU POUVOIR

Dans un communiqué publié à cette date, le ministère des Affaires étrangères de ce petit et très prospère pays d’Afrique australe a commencé par déplorer la « dégradation du climat politique et humanitaire » au Congo-Kinshasa en pointant un doigt accusateur en direction de « Kabila ». Il est reproché à ce dernier de retarder la tenue des élections prévues en 2016. « Le Botswana exhorte la communauté internationale à mettre davantage de pression » sur le dirigeant congolais et sa mouvance « pour l’amener à renoncer au pouvoir et à ouvrir la voie à l’instauration d’un nouveau régime politique », précise le communiqué.

Certains observateurs – rêveurs? – n’excluent pas que la reconduction du mandat de la Monusco soit, pour le Conseil de sécurité des Nations Unies, l’occasion de donner mandat à la SADC « pour mettre fin à la dérive dictatoriale ambiante et sauver le processus électoral » au Congo-Kinshasa. D’autres vont plus loin en alléguant que le chef de l’Etat zimbabwéen était venu signifier un « ultimatum » à l’image de l’ambassadeur américain Bill Richardson dépêché en 1997 auprès du maréchal Mobutu Sese Seko. Fantasmes?

Dans un communiqué daté du 19 septembre 2017, Kenneth Roth et Ida Sawyer respectivement directeur exécutif et directeur pour l’Afrique centrale de l’ONG « Human Right Watch » (HRW) avaient demandé aux « partenaires internationaux et régionaux » de l’ex-Zaïre non seulement de soutenir l’idée d’une « transition citoyenne » mais aussi d’exercer une pression accrue sur le dictateur congolais afin de le contraindre à la démission. Ceci explique-t-il cela?

 

Baudouin Amba Wetshi © Congoindépendant 2003-2018