Léonie Kandolo: « 2018 sera l’année des grandes victoires! »

Co-signataire du « Manifeste du Citoyen Congolais Esili » signé le 18 septembre 2017 à Paris, activiste des droits de la Femme, consultante auprès de plusieurs organisations internationales, Léonie Kandolo aime brandir son statut de « mère de famille ». Elle s’est signalée récemment sur les ondes de Radio France Internationale par la pertinence et la modération de ses propos en sa qualité de porte-parole du « Comité des laïcs chrétiens » (CLC). Mardi 2 janvier, elle a confié à Congo Indépendant sa part de vérité sur la marche étouffée du 31 décembre 2017. Interview.

Victime à l’église Saint Dominique (Limete)

Avez-vous le nombre exact des victimes de la répression du 31 décembre 2017?

Jusqu’à présent, nous avons recensé dix tués. Ce chiffre a été revu à la hausse après le décès de la dame qui avait reçu une balle dans l’enceinte de l’église Saint Dominique à Limete. A la date du 31 décembre, il y avait quatorze blessés. Nous sommes occupés à faire la ronde des hôpitaux de la capitale pour les dénombrer de manière précise.

Qu’en est-il des arrestations?

Selon la Mission de l’Onu au Congo, il y a eu plus d’une centaine d’arrestations.

Que répondez-vous à un porte-parole de la mouvance kabiliste qui a déclaré mardi 2 janvier sur Radio France Internationale que « l’église catholique a pris fait et cause pour l’opposition »?

Je tiens d’abord à souligner que l’église catholique n’est pas l’organisatrice de cette marche. L’initiative émane des laïcs qui sont naturellement membres de l’église au même titre que les autres chrétiens. Je ne pense pas que le fait de demander l’application intégrale de l’Accord du 31 décembre 2016 constitue en soi un parti pris en faveur de l’opposition. Les protestataires voulaient amener les acteurs sociopolitiques à respecter la parole donnée.

Confirmez-vous que l’abbé Arthur Monsiengo de Notre Dame de grâce à Binza-IPN manque toujours à l’appel?

Effectivement! Nous sommes en pleine démarche pour connaitre notamment son sort.

Certaines sources proches de la mouvance kabiliste allèguent qu’il est reproché aux organisateurs les infractions d' »atteinte à la sécurité de l’Etat » et d' »organisation d’un mouvement insurrectionnel ». Qu’en dites-vous?

Je mets au défi quiconque de citer un seul bien public ou privé qui a été vandalisé par les « marcheurs ». Peut-on franchement attenter à la sécurité de l’Etat ou mener un mouvement insurrection avec des bibles et des crucifix? On semble oublier que la liberté de manifestation est une prérogative inscrite dans la Constitution. On tente de déplacer les responsabilités alors que c’est la force publique qui nous a empêchés d’exercer ce droit qui nous est reconnu par la Charte fondamentale qui régit le pays.

Les mêmes sources roucoulent que la manifestation du 31 décembre s’est soldée par un cuisant échec. Est-ce votre avis?

Comment peut-on soutenir une telle opinion au regard de l’armada déployée pour contrer des manifestants pacifiques? Que diront ces mêmes sources le jour où les rapports de force auront complètement changé? J’ai la conviction que la peur a changé de camp. Et que les lignes ont bougé.

Manifestants réprimés par la « police »

Auriez-vous des appréhensions pour votre sécurité?

Je me confie à Dieu pour ma protection

Certains observateurs laissent entendre que cette marche aurait engendré des « dissensions » au sein du « haut clergé ». Au motif qu’elle aurait été inspirée par le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. Partagez-vous cet avis?

Je ne partage nullement cet avis! Et ce pour la bonne raison que le Comité des laïcs catholiques n’a fait que répondre au message « Le pays va mal. Debout Congolais! » publié le 23 juin 2017 par les évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO). Au risque de me répéter, la marche du 31 décembre n’a pas été initiée par le Cardinal. Encore moins par la CENCO. Je suis formelle: ce sont les laïcs qui ont organisé cette manifestation en s’appuyant sur l’église. La dissension dont on parle n’est qu’une vue de l’esprit quand on sait que l’appel du 23 juin 2017 a été contresigné par tous les évêques de la CENCO.

Que va-t-il se passer maintenant?

Il faut laisser le temps au temps. Lorsque nous avons décidé de mobiliser les fidèles, rares sont les gens qui nous accordaient une chance de réussite. Nous allons procéder par étape. Ne comptez surtout pas sur moi pour dévoiler nos stratégies. Nous restons prudents avec la conviction que nous irons de l’avant.

Pour nos lecteurs, pouvez-vous confirmer que des gaz lacrymogènes ont été bel et bien lancés dans l’enceinte de plusieurs églises?

Absolument! Il y a des témoins. Il y a des prêtres qui sont blessés.

Quel est le fait, selon vous, qui a pu motiver le comportement de la « force publique »?

Je continue à m’interroger dans la mesure où la messe venait de commencer un peu partout. A Saint Dominique, les fidèles étaient en pleine prière lorsque la dame citée précédemment a été tuée. Je tiens à affirmer ici qu’il n’y a rien qui puisse justifier l’intrusion d’hommes en armes à l’intérieur des églises. On ne profane pas une église. En tant qu’Africains, nous avons le sens du sacré. Je pense que la profanation d’un lieu de culte est un acte extrêmement grave.

Des témoins font état de la présence des « étrangers » parmi les policiers chargés de la répression. Avez-vous eu des échos de ce genre?

Je n’ai pas eu de contact direct avec des « étrangers ». Nous avons, en revanche, enregistré beaucoup de témoignages selon lesquels il y avait des policiers et des soldats qui parlaient en anglais. Vous pouvez convenir que l’armée congolaise n’est pas anglophone. En conclusion, j’ai la conviction que 2018 sera l’année des grandes victoires

 

Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi
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