Pas de magistrat faussaire au Kasaï Oriental?

Trois semaines après la transmission à « Joseph Kabila » des conclusions de l’enquête ouverte sur l’affaire dite des « 200 magistrats faussaires », c’est le silence plat. Ce rapport ne devait-il pas être transféré plutôt au parquet général de la République afin de mener des investigations pour faux et usage de faux? L’Exécutif ne s’érige-t-il pas en juge et partie?

Dans une dépêche datée de Mbuji Mayi, chef-lieu du Kasaï Oriental, l’Agence congolaise de presse (ACP) qui cite « les instances judiciaires » de cette province – où trône le « tout-puissant » Alphonse Ngoy Kasanji – rapporte que celle-ci « ne compte aucun magistrat faussaire ». L’opération de recensement et d’identification des titres académiques des magistrats du siège et du ministère public n’a révélé aucun cas suspect dans cette Région.

A en croire l’ACP/Kasaï Oriental, les organisations de la société civile, les avocats et autres défenseurs judiciaires contactés par ses soins « se félicitent de la qualité du travail abattu » par les enquêteurs et proposent que des « sanctions sévères » soient prises à l’encontre des « faussaires » afin « d’assainir la magistrature ».

Alexis Thambwe Mwamba

Le 20 mars dernier, le ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, qui n’a cure du principe de la séparation de pouvoirs annonçait que deux cent magistrats allaient être révoqués ou poursuivis. Motif: usage de faux titres académiques.

Lors de cette « proclamation », Thambwe avait à ses côtés le président de la Cour Constitutionnelle, Benoît Lwamba Bindu. Celui-ci est le président du Conseil supérieur de la magistrature, institution qui exerce le pouvoir disciplinaire sur les magistrats.

Trois semaines après la transmission du rapport précité au Palais de la nation où « règne » le « dircab » Néhémie Mwilanya Wilondja, C’est le silence plat. La liste des présumés faussaires n’a jamais été divulguée. On ne peut que s’interroger sur l’origine des informations obtenues par les « instances judiciaires » du Kasaï Oriental auprès d’une source restée anonyme.

Point n’est besoin d’être licencié ou docteur en droit pour savoir que toute violation de loi relève de la compétence non pas du pouvoir exécutif mais bien des autorités judiciaires. Pourquoi, ledit rapport a-t-il été envoyé au chef de l’Etat?

Autres questions: Quid des autorités chargées du recrutement? Qui devait vérifier l’authenticité des titres académiques des postulants? Les présumés « faussaires » ont-ils bénéficié d’une procédure contradictoire?

Sous le titre « A la droite de Kabila », le magazine « Jeune Afrique » révèle quelques facettes de l’actuel « dircab » à la Présidence bien connu sous son prénom de « Néhémie ». Cette publication met dans la bouche des proches de Moïse Katumbi Chapwe des « soupçons » selon lesquels ce « chief of staff » a favorisé la nomination de certains magistrats « prompts à obéir aux ordres pour traquer et condamner des opposants à travers le pays ». Qui oserait affirmer le contraire?

Une parenthèse mérite d’être ouverte. Au lendemain du décès non-élucidé, à ce jour, de Mzee Laurent Désiré Kabila, la commission d’enquête composée des Angolais, des Zimbabwéens, des Namibiens et des Congolais avait remis son rapport préliminaire d’enquête au nouveau chef de l’Etat en l’occurrence le général-major « Joseph Kabila ». Et pourtant, celui-ci était censé faire partie des « suspects ». Au moment des faits, « Joseph » assumait les fonctions de chef d’état-major des forces terrestres. C’est-à-dire l’unité à laquelle appartenait le tueur présumé Rachidi Kasereka. Le successeur de Mzee avait, sur la base des critères connus de lui seul, expurgé, de ce rapport, les noms de 22 personnes qui se trouvaient en détention préventive à Makala. Et les autres? Fermons la parenthèse.

Néhémie Mwilanya Wilondja, « dircab » à la Présidence

Des sources kinoises bien informées confirment que le « dircab » Mwilanya Wilondja et son ancien mentor Norbert Nkulu Kilombo, surnommé « le conseiller sans dossier fixe », continuent à faire et à défaire des carrières dans la magistrature tant assise que debout. « Benoît Lwamba Bindu a plus de 70 ans et continue à prester alors que l’ancien président de la Cour suprême de Justice Ntikamanire bin Ndigeba a été retraité à 65 ans », commente une source judiciaire. « Le rapport transmis à la Présidence de la République vise à mettre à l’abri les ‘clients’ du régime ». Tout ceci n’explique pas la provenance des « révélations » de l’ACP-Mbuji Mayi…

 

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