Zoé « Kabila », un anti-modèle pour la jeunesse congolaise

Dans le comité de campagne du « dauphin » Emmanuel Ramazani Shadary qui a été rendu public sur les réseaux sociaux le 4 novembre dernier, Zoé « Kabila » – qui s’est forgé une réputation sulfureuse – y figure au titre de coordonnateur de la « Cellule chargée de la jeunesse ». Douze années après sa première apparition en public lors de la présidentielle de 2006, « Zoé » ne s’exprimait qu’en swahili. Jusqu’en 2016, l’hebdomadaire « Jeune Afrique » assure qu’il avait à ses côtés un interprète. Le samedi 17 novembre dernier, le « frère du raïs » a, pour la première fois, exercé le ministère de la parole… en français. C’était lors de sa première rencontre avec les « jeunes kinois ». Quid du message?

« Zoé » qui ne semble pas encore maîtriser le raffinement de la langue de Voltaire a lancé deux messages pour le moins équivoques. Le premier : « Pour que la situation de la jeunesse (congolaise, Ndlr) change, nous devons appuyer la candidature d’Emmanuel Ramazani Shadary ». Le second: « Voter Shadary, c’est voter pour la stabilité de la RD Congo ». Arrêtons-nous un instant.

Deux questions viennent aussitôt à l’esprit. Primo: « Zoé » a-t-il avoué de manière implicite que son Président de frère n’a – en dix-huit années d’exercice du pouvoir d’Etat – laissé aucune réalisation impérissable pour la jeunesse congolaise?

Lors de son tout dernier discours sur l’état de la nation le 17 septembre dernier, « Joseph Kabila » semblait répondre par l’affirmative à cette interrogation. L’homme est apparu très flou sur la question marmonnant que « la lutte contre le chômage des jeunes devrait se poursuivre à travers la formation professionnelle ».

Secundo: Zoé a-t-il voulu reconnaître également que son « frangin » s’est révélé incapable de garantir à la population congolaise en général et à celle des deux provinces du Kivu, de l’Ituri et de Tanganyika en particulier des conditions minimales de sécurité tant pour les personnes que leurs biens?

« FANATIQUES BÊTES ET MÉCHANTS »

Au cours de son speech, Zoé « Kabila » qui s’affuble – histoire de faire Zaïro-Congolais authentique – des post-noms de « Mwanza Mbala » a déclaré qu’il sollicite la « collaboration sans faille » des jeunes afin qu’ils jouent le rôle d’ « ambassadeurs de la paix ». Vous avez dit ambassadeurs de la paix?

Papy Pungu, président des « Jeunes leaders »

Lorsqu’on passe au « scanner » les membres de la « Cellule de la Jeunesse » que coordonne « Zoé », on y trouve quelques « fanatiques bêtes et méchants » de la « Kabilie ». C’est le cas du chef milicien Papy Pungu qui est devenu tristement célèbre avec ses fameux « bérets rouges ». Ceux-ci ont pour modèle les Imbonerakure du satrape burundais Pierre Nkurunzina. Lors des manifestations pacifiques organisées le 31 décembre 2017, les 21 janvier et 25 février 2018 les laïcs catholiques, ces « fascistes » n’ont pas hésité de s’en prendre aux prêtres catholiques en profanant les églises.

Parmi les membres de cette cellule, on trouve également quelques pseudo-intellectuels à la mine patibulaire. On peut citer Patrick Nkanga Bekonda et Thierry Monsenepwo. La liste est loin d’être exhaustive. Des observateurs n’hésitent pas à soutenir que « Zoé » est, en réalité, à la tête d’une milice qui ne dit pas son nom, des « pombas » ou gros bras. Mission: assurer la pérennité du pouvoir kabiliste finissant par la force.

Le 21 octobre dernier, le jeune frère du « raïs » écrivait ces mots sur son compte Twitter (@zoekabila): « Je suis jeune, je vote Emmanuel Ramazani Shadary, président. Dans notre camp nous continuons à nous consolider pour une victoire certaine le 23 décembre ». Pas un mot sur le bilan désastreux des dix-huit années de pouvoir du « raïs ». « Zoé » qui n’a jamais fait mystère de son dédain vis-à-vis des « Kongomani », croit dur comme fer, que leur « association de malfaiteurs » à col blanc va rafler tous les mandats électifs.

NÉPOTISME

Qui est Zoé « Kabila »? Il semble qu’il né en 1979. Où? Quel est son parcours personnel? Les Congolais n’ont jamais vu son CV. Son véritable patronyme et celui des autres membres de la fratrie restent une énigme. Mtwale? Kanambe? Le passé des membres de la « famille présidentielle » constitue un des secrets les mieux gardés de la République. Les profiteurs du « système » savent tout mais ne disent rien. Il semble qu’il n’est pas bienséant de parler la « bouche pleine ».

Les Kinois, eux, savent, qu’à l’instar des autres membres de la famille, « Zoé » est non seulement un imposteur mais aussi un homme brutal et violent. Le 19 octobre 2010, il avait défrayé la chronique en ordonnant à ses gardes de tabasser les agents de police Yandu et Mukoyo au rond-point Socimat. Chargés de réguler la circulation, les deux policiers avaient commis le « crime » de n’avoir pas donné priorité au convoi de « Monsieur frère ».

Les Kinois savent également qu’à l’instar des autres membres de sa fratrie, « Zoé » n’avait pas un sou lorsqu’il a foulé le sol du Congo-Zaïre. Le népotisme aidant, l’homme est devenu immensément riche. Il est propriétaire d’un restaurant VIP et d’un centre de fitness ultramoderne dans la capitale. Sans oublier un luxueux complexe hôtelier, composé de quatre-vingt bungalows, à Moanda, au Kongo Central.

Les Kinois savent enfin que l’individu qui se fait appeler « Kabila Mwanza Mbala » s’est arrogé le monopole de tous les imprimés de valeur (passeport, timbres fiscaux, permis de conduire etc.). Les plaques d’immatriculation, mêmement. Des « mauvaises langues » assurent, la main sur le cœur, qu’il serait l’heureux propriétaire des bus qui transportent les voyageurs de l’aérogare de Ndjili au bas de la passerelle et vice-versa.

On le voit, Zoé « Kabila » est un anti-modèle pour la jeunesse congolaise. Une jeunesse qu’il n’a d’ailleurs jamais connu pour ne l’avoir jamais fréquenté. Ni côtoyé. Un modèle est par définition « ce qu’on doit imiter ». Un modèle se reconnait par l’exemplarité et l’intégrité…

 

Baudouin Amba Wetshi