Inconstance et inefficacité des remèdes de Noël Tshiani

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Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
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A la veille des élections générales qui devaient se dérouler en RDC en 2016 et qui avaient fini par avoir lieu en décembre 2018, Baudouin Amba, le rédacteur en chef de Congo Indépendant, avait interviewé le candidat à la candidature Noël Tshiani qui deviendra finalement candidat à la présidentielle. Dans « Questions directes à Noël Tshiani » (2 mai 2016), ce dernier apprenait à ses compatriotes comment il s’était préparé à la course au pouvoir. Depuis le mois d’août 2015, déclarait-il, il avait rédigé un projet de société publié sous forme d’un livre: « La force du changement ». De cet ouvrage, il avait tiré un résumé portant le titre « Aux grand maux, les grands remèdes: un Plan Marshall pour la RDC ». Cela était sans conteste la marque d’un homme qui se respecte et respecte son peuple. Tshiani avait une vision. Mieux, celle-ci n’existait pas seulement dans sa tête ou dans ses discours, mais dans deux supports. On pouvait les toucher du doigt. On pouvait en prendre connaissance. On pouvait en discuter.

Dans son discours du 24 avril 1990, Mobutu avait limité le nombre des partis politiques à trois. Le fanatisme de la liberté avait alors poussé ses opposants et notre peuple à le chahuter et exiger le multipartisme dit intégral. Le pays s’est retrouvé avec plus de 500 partis. Tout le monde reste conscient qu’il s’agit là d’un problème. Mais face aux problèmes de gouvernance, la classe politique et l’élite intellectuelle congolaises se sont toujours comportées comme si ceux-ci devraient se régler d’eux-mêmes. Noël Tshiani, lui, se distinguait. Il avait une solution: « On devrait structurer la vie politique autour de deux ou trois grands partis. Les autres partis devraient se regrouper par similarité programmatique ».

Tshiani et les siens devaient encore mûrir leur réflexion qui laissait tout lecteur avisé sur sa soif. Car, elle posait plus des questions qu’elle n’apportait des réponses. Qui devait décider de l’existence de deux ou trois partis et sur base de quels critères? Fallait-il avoir le courage politique de remettre le compteur à zéro, en exigeant que la création de tout parti soit justifiée par une idéologie claire qui n’existerait dans aucune autre formation politique? Une CENI indépendante devrait-elle se mêler de l’organisation des élections à l’intérieur de chaque parti afin que les fondateurs-propriétaires deviennent une espèce en voie de disparition? Le terme idéologie avait-il la même signification pour tous, c’est-à-dire un positionnement vis-à-vis des conflits et aspirations majeurs qui traversent la société congolaise et non les sociétés occidentales de telle ou telle autre époque? L’existence de deux ou trois partis pouvait-il mettre la RDC à l’abri des déchirements auxquels la démocratie conflictuelle à l’occidentale soumet les Etats pluriethniques africains?

Après que Noël Tshiani ait égrené son programme, Baudouin Amba lui avait posé la question qu’il fallait: « Que répondez-vous à ceux qui pourraient vous rétorquer que tout ce que vous venez de dire c’est du déjà entendu? ». Réponse: Je suis un spécialiste de développement. J’ai travaillé à la Banque mondiale pendant 25 ans. J’ai eu à m’occuper du développement de plusieurs pays africains. J’ai élaboré des programmes de développement qui ont donné des résultats probants. Je vous invite à aller visiter les pays comme le Cap Vert, le Sénégal, le Mali et le Botswana pour ne citer qui ces nations. Je sais de quoi je parle ». Qui oserait lui dénier la qualité d’expert en développement? Il va de soi que dans ce domaine, il est de loin mieux outillé que l’écrasante majorité des animaux politiques congolais.

Mais il convient tout de suite de nuancer l’avantage ci-dessus. Paul Kagamé qui ne détient aucun diplôme susceptible de propulser quelqu’un à un poste de responsabilité dans une des deux institutions de Bretton Woods donne de lui-même l’image d’un expert en développement après avoir été bien coaché par l’ancien premier ministre britannique Tony Blair. Cependant, au Bénin, Nicéphore Soglo qui avait occupé des fonctions à la Banque mondiale et au FMI avant de devenir Premier ministre (1990-1991) puis Président de la République (1991-1996) a laissé de lui une image si piètre qu’il n’exerça qu’un seul mandat, battu qu’il était au second tour de l’élection présidentielle de mars 1996 par le dictateur Mathieu Kérékou à qui il avait succédé.

Plus que les propos de Tshiani sur le développement, ceux touchant à la gouvernance démocratique suscitaient un intérêt particulier quand il soutenait que « le véritable changement en RDC ne viendrait pas par le remplacement de Joseph Kabila par l’un ou l’autre de ses actuels ou anciens collaborateurs mais plutôt par de nouveaux leaders ayant une nouvelle vision de développement du pays. Ces nouveaux leaders devaient n’avoir jamais trempé dans la corruption et la mauvaise gouvernance du pays ou dans la destruction des richesses naturelles ». Tshiani se présentait comme un « partisan de l’idée que pour combattre la corruption avec succès, il faut n’avoir jamais été corrompu soi-même. C’est pourquoi, [pour lui], les Congolais devaient être prudents dans le choix de leurs futurs dirigeants ». Mieux, il se confessait en ces termes: « Je peux dire devant tout le monde que je n’ai jamais été corrompu dans ma vie ».

L’appel aux « nouveaux leaders » est une idée séduisante qui revient souvent en Afrique. Mais à y regarder de près, elle ne repose sur rien qui puisse en faire une qualité en matière de gouvernance. Pour preuve, par rapport à la dictature de Mobutu, les deux présidents Kabila ainsi que les premiers ministres Antoine Gizenga, Adolphe Muzito et Matata Mponyo étaient des hommes totalement nouveaux. Aucun d’entre eux ne s’était réclamé de la vision dictatoriale et prédatrice de Mobutu. Bien au contraire. Ils avaient tous proclamé haut et fort leur différence. Pourtant, leur empreinte, Tshiani le reconnaissait, était plus que consternant tant sur le plan de la gouvernance que du développement. Il y a mieux. Par rapport à la prédation sous Mobutu Sese Seko, prédation exacerbée sous l’administration de Joseph Kabila, Félix Tshisekedi, du haut de sa propriété familiale UDPS, la fille aînée de l’opposition avec 36 ans d’expérience dans ce domaine, est un « nouveau leader » quand il accède enfin à la magistrature suprême à la faveur des élections chaotiques de décembre 2018. Pourtant, la corruption et la course à l’enrichissement sans cause n’ont jamais été aussi décomplexées au sommet de l’Etat que sous sa présidence qui a également hissé le favoritisme tribal à des sommets jamais atteints auparavant.

Par ailleurs, n’avoir jamais été corrompu appelle bien d’autres commentaires. D’abord, il n’est écrit sur le front de personne qu’il ne l’a jamais été pour que les électeurs fassent un bon choix. Ensuite, même quand on n’a pas d’antécédents judiciaires dans ce domaine, cela ne signifie pas qu’on est intègre. Joseph Kabila a incarné l’un des régimes les plus corrompus au monde. En se retirant du pouvoir au terme de deux années d’un troisième mandat anticonstitutionnel auquel les Yankees ont mis un terme en frappant du poing sur la table lors de la visite de l’ambassadrice Nikki Haley à Kinshasa le 26 octobre 2017, son casier judiciaire est resté vierge. Enfin, comparer la moralité d’un fonctionnaire de la Banque mondiale à celle de l’un ou l’autre dirigeant africain est un exercice biaisé. Certes, la corruption existe partout. Même dans les institutions internationales prestigieuses. Mais alors que les mécanismes de contrôle sont effectifs et opposables à tous dans celles-ci, dans les régimes africains, il est impossible de contrôler le pouvoir du président de la république que celui-ci ait été bien ou mal élu; ce qui rend aujourd’hui populaires les coups d’Etat. Pour les autres hauts commis de l’Etat, tout dépend de la relation qu’ils entretiennent avec le détenteur de l’imperium ou du bon vouloir de celui-ci. A cet égard, un fonctionnaire intègre d’une grande institution internationale peut facilement devenir corrompu au sommet ou ailleurs dans les rouages des Etats africains. De même, un corrompu notoire des régimes africains peut devenir un fonctionnaire sans histoire dans une institution internationale.

A l’approche des élections générales de 2023, Noël Tshiani revient avec un autre remède à la mauvaise gouvernance endémique de la RDC. Il s’agit d’une proposition de loi portant son nom et sensée verrouiller « l’accès aux fonctions de souveraineté nationale » afin d’empêcher « les Congolais de loyauté partagée », puisqu’ayant un père ou une mère d’origine étrangère, d’accéder aux « fonctions de souveraineté » au sommet de l’Etat, fonctions qui seraient réservées à leurs compatriotes « de loyauté à 100% » du fait d’être de père et de mère congolais. Personne n’est dupe. A l’origine de cette proposition de loi se cache la perception populaire selon laquelle Joseph Kabila serait un Rwandais ou un Cheval de Troie rwandais qui a réussi à placer le pouvoir d’Etat congolais sous la botte de celui du Rwanda. Pourtant, le successeur de Kabila est 100% Congolais. A-t-il pris ses distances vis-à-vis de la vassalisation du grand corps malade qu’est le géant RDC par le petit poucet Rwanda, fort de sa cote d’amour auprès des chancelleries occidentales? Non. Non seulement Félix Tshisekedi marche sur les pas de Joseph Kabila, mais mieux, il renforce cette situation honteuse pour toute la nation à travers des accords dits d’intégration régionale au seul bénéfice du Rwanda. Y-a-t-il meilleure démonstration de l’inefficacité du nouveau credo de Tshiani?

Que conclure? Le pouvoir corrompt, dit-on. Cela signifie que même un homme à l’intégrité clairement affichée ou un homme à la « loyauté à 100% » peut être corrompu au point de devenir méconnaissable pour ceux qui l’auront porté au pouvoir sur l’une ou l’autre ou les deux à la fois de ces deux bases. Aussi, quand on veut construire un Etat de droit, les profils des leaders ne doivent d’aucune manière être considérés comme la priorité des priorités. La priorité des priorités, c’est le système politique. On doit s’assurer que même si le diable en personne venait à être élu président de la république, qu’il soit sanctionné pour toute entorse aux règles du jeu.

Tant que nos opposants et autres prétendants à la relève n’auront pas compris ce qui est souligné ci-dessus; tant qu’ils se limiteront à déclarer comme Noël Tshiani leur expertise avérée en matière de développement et leur incorruptibilité supposée ou réelle; tant qu’ils n’auront rien à vendre aux électeurs à part leur « engagement à établir un véritable Etat de droit »; tant qu’ils répèteront inlassablement leur profession de foi, ils continueront à vendre des illusions à leurs concitoyens. Car, non seulement il s’agit là d’une gymnastique commune à tous les opposants et autres prétendants à la relève en RDC et ailleurs en Afrique, mais en plus, ce qui mériterait d’être dit et entendu, c’est plutôt comment ils comptent construire un Etat de droit là où leurs prédécesseurs ont piteusement échoué; comment ils envisagent construire des institutions qui arrêteraient le pouvoir du détenteur de l’imperium si jamais ce dernier s’écartait de la mission pour laquelle il aura prêté serment.

En effet, comme on peut le découvrir dans « L’Esprit des lois » (1748), ouvrage de Montesquieu (1689-1755), le premier des quatre grands philosophes des Lumières, « c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Tous les pouvoirs démocratiques au monde reposent sur ces deux observations universelles. L’Afrique traditionnelle les avait matérialisées sans l’aide de l’Occident. Cheik Anta Diop, Joseph Ki-Zerbo et Amadou Hampaté Bâ, pour ne citer que ces trois grands penseurs africains, et bien d’historiens et anthropologues occidentaux de l’Afrique tel que le Belge Jan Vansina ont suffisamment démontré que les Etats précoloniaux africains n’étaient pas tous des dictatures. Certains de ces Etats étaient dirigés par des monarques entourés d’assemblées ou de conseils de sages qui le guidaient dans les décisions et orientaient leurs actions dans le sens des intérêts des peuples, allant jusqu’à les sanctionner en les démettant de leurs fonctions. Noël Tshiani et bien d’autres intellectuels grimaciers africaines devraient méditer sur l’absence de contre-pouvoirs face aux pouvoirs des présidents africains. Ils devraient réfléchir sur des formules susceptibles de rendre effectifs les contre-pouvoirs sur papier. Cela leur éviterait d’être inconstants dans leur quête légitime des solutions. Cela les empêcherait de prescrire des remèdes inefficaces aux malades que sont les Etats africains depuis les indépendances.


Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

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21 thoughts on “Inconstance et inefficacité des remèdes de Noël Tshiani

  1. Bien cher Mayoyo,
    Je crois vous l’avoir déjà dit peut-être en d’autres termes : le seul devoir patriotique et intellectuel qu’il vous reste à honorer, c’est de choisir un candidat aux prochaines échéances qui accepte de réfléchir et de mettre en œuvre vos formules effectives et efficaces sur le terrain, de contre-pouvoirs inscrits sur papier dans notre Constitution. C’est possible…

    1. Cher Nono,
      Merci pour votre feedback. J’ai déjà été contacté par deux grands animaux politiques de notre pays. Freddy Matungulu m’avait contacté directement à mon adresse électronique qu’il avait obtenue je ne sais comment. Il m’avait affirmé voir les choses de la même manière que moi. Pourquoi ne le disait-il pas quand il lui arrivait de prendre la parole à Kinshasa ? Vital Kamerhe m’avait contacté par le canal du rédacteur en chef de Congo Indépendant pour voir si je pouvais travailler avec lui. Si j’avais accepté, allait-il changer de fusil d’épaule pour explorer avec moi des alternatives possibles à la démocratie partisane et conflictuelle dont les nuisances ne sont plus à démontrer ? L’important pour moi, c’est de partager mes réflexions. Peut-être que tôt ou tard, elles tomberont dans de bonnes grandes oreilles.

    2. Cher Nono,
      Autre chose. Quand le Président Laurent-Désiré Kabila avait organisé à un moment donné des rencontres avec diverses couches de notre population, il avait également reçu des membres de la diaspora. Lors de cette rencontre, le Docteur Francois Lula Mupondo, l’un des représentants de la diaspora belge, avait pris la parole pour lui dire qu’un Congolais, Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo, avait mis au point une alternative à la démocratie à l’occidentale qui avait tant déchiré et continuait à déchirer notre tissu social national. Sur le champ, Kabila avait instruit le ministre de la Communication de l’époque, Didier Mumengi, de lui trouver un exemplaire de mon livre. Mumengi l’avait-il fait ? Lui seul le sait. En Afrique, nous nous conduisons comme de grands enfants en matière de gouvernance. Quand le président François Mitterrand avait convoqué les présidents africains au sommet France-Afrique de La Baule pour leur dire qu’il était temps d’amorcer la démocratisation de nos Etats, il leur avait appris ce que signifiait la démocratie chez eux en Occident. Mais il leur avait aussi dit que chaque pays était libre de suivre sa propre voie. Si Mobutu avait vraiment voulu démocratiser notre pays au lieu de faire semblant, il aurait pu le faire car il avait autour de lui des cerveaux qui nous auraient permis de suivre une autre voie. J’ai découvert au cours de mes recherches que des hommes tels que Honoré Ngbanda Nzambo Ko Atumba et Pie Roger Nkema Liloo, chacun ayant servi une fois comme conseiller spécial de Mobutu, voyaient les choses comme moi. Mais que pouvaient-ils faire face à la déferlante du fanatisme de la liberté sur laquelle surfaient des politiciens qui n’avaient jamais réfléchi à la démocratie tel que Tshisekedi wa Mulumba ? Nous avions vécu la même situation à la veille de l’indépendance. Joseph Kasa-Vubu/Abako était le seul à amorcer une réflexion sur la démocratie qui tiendrait compte de l’hétérogénéité de notre tissu social national. Mais face aux tribuns comme Patrice Lumumba qui vouait un culte béat à la démocratie à l’occidentale, sa petite voix ne portait pas haut.

  2. Cher Mayoyo, je retiens cette phrase à la fin de votre exposé: » Ils devraient réfléchir sur des formules susceptibles de rendre effectifs les contre-pouvoirs sur papier. » Je crois que se contenter de consacrer « sur papier », comme vous le dites, la bonne disposition des choses, pour que le pouvoir arrête le pouvoir, n’est pas suffisant. Ma conviction ultime est qu’un potentat au pouvoir arrivera toujours à dévoyer les textes, quelque soit la bonne disposition des choses contenue dans ces derniers. Sa tâche sera d’autant plus facilitée s’il a en plus à sa solde une élite corrompue. Les cas de Joseph Kabila et Félix Tshisekedi sont là pour démonter mon assertion. La Constitution de 2006, loin d’être parfaite, recèle en son sein « quelques bonnes dispositions des choses ». Prenez la désignation des Juges de la Cour Constitutionnelle. Les dispositions de la Constitution de 2006 pour désigner les Juges de cette Cour, ne sont pas différentes de celles d’autres pays. Le mécanisme dans le processus de désignation de la Cour est fait de manière à garantir l’indépendance de cette dernière vis à vis du Président de la République et du Gouvernement. Mais dans les faits, cela n’a pas empêché Joseph Kabila et aujourd’hui Félix Tshisekedi d’instrumentaliser et de caporaliser cette Cour et de désigner leurs obligés à la tête de cette institution prestigieuse. Pour moi donc, les textes ne suffisent pas. Il faut aller plus loin. Le peuple à mon humble avis, demeure le véritable contre pouvoir. Un peuple conscient et organisé. Un peuple qui vote en toute objectivité et rejette les anti valeurs (corruption, tribalisme, tricherie, etc). Un peuple dont les desiderata peuvent être relayés par une presse indépendante, par des défenseurs des droits humains, par des mouvements citoyens, par des organisation de défense des consommateurs, bref, un peuple dont l’opinion est capable de faire reculer le pouvoir en place. Le travail que nous sommes appelés à faire, c’ est de créer cette société. Cela est possible.

    1. Cher chester,
      Merci pour votre réaction. Nos pays sont malades. Vous le savez aussi bien que moi. De quoi souffrent-ils ? Au cours de la conférence nationale souveraine, un seul participant parmi les professionnels de la pensée avait décrit avec des mots juste la maladie dont souffrait et continue à souffrir notre pays. C’est mon professeur de logique à l’Université de Lubumbashi fin années 70-début années 80, le professeur Kinyongo Jeki. Ce n’est pas une maladie particulière à notre pays ou à l’Afrique. Il s’agit en fait d’un mal universel que les démocraties occidentales ont éradiqué à leur manière : « la confiscation par un seul individu, ou un groupe, de tous les attributs de souveraineté d’un peuple ». De tous les temps, partout au monde et en Afrique depuis les indépendances, le groupe d’individus qui prennent en otage les instruments de souveraineté de tout un peuple se présente de manière homogène sur le plan tribal, ethnique ou régional, donnant ainsi naissance au phénomène de national-tribalisme. Pouvez-vous me citer une seule disposition dans n’importe quelle Constitution africaine qui barre la route à la récurrence d’une telle maladie ? Ne perdez pas votre temps à chercher. J’ai passé trois années de ma vie (1996-1999) comme un rat de bibliothèque à Bruxelles juste pour comprendre, comme free-lance, pourquoi la démocratie avait du mal à s’enraciner en Afrique et qu’est-ce qu’il faut faire pour qu’elle s’enracine un jour. Je vous fais remarquer qu’ils ne sont pas légion les intellectuels africains à s’être livrés à ce genre de gymnastique de l’esprit. Il n’existe aucune Constitution africaine qui combat cette maladie. Partout, quand le président de la République nomme dans le premier cercle du pouvoir des membres de son ethnie et/ou région, il ne viole aucun article de la Constitution. Autre mauvaise disposition et non des moindres. Nos systèmes politiques sont basés sur le multipartisme disent nos Constitutions. Or, en Afrique, à quelques rares exceptions près, les partis politiques n’existent pas. Ce que nous appelons partis politiques ne sont que des choses entre les mains de leurs fondateurs, des « ligablo ». Donc, nous construisons la démocratie sur du sable et non sur quelque chose de solide. L’exemple que vous donnez illustre l’absence de contre-pouvoirs effectifs et donc la mauvaise disposition des choses telle qu’articulée par la Constitution ou le système politique issu de cette Constitution mal ficelée au point de rester muette sur le mal dont souffre le pays. Les contre-pouvoirs sont articulés au sein des institutions. N’allez pas les chercher dans le peuple. Le peuple intervient quand trop, c’est trop et il se soulève. Mais les soulèvements sans réflexion en amont ne sont qu’un leurre. Pour preuve, ou en sommes-nous aujourd’hui avec le Printemps arabe ?

    2. Cher chester,
      Permettez-moi de revenir sur votre exemple pour mieux expliquer mon point de vue. Vous écrivez : « Prenez la désignation des Juges de la Cour Constitutionnelle. Les dispositions de la Constitution de 2006 pour désigner les Juges de cette Cour, ne sont pas différentes de celles d’autres pays. Le mécanisme dans le processus de désignation de la Cour est fait de manière à garantir l’indépendance de cette dernière vis à vis du Président de la République et du Gouvernement. Mais dans les faits, cela n’a pas empêché Joseph Kabila et aujourd’hui Félix Tshisekedi d’instrumentaliser et de caporaliser cette Cour et de désigner leurs obligés à la tête de cette institution prestigieuse ». Vous avez raison. La création de l’indépendance de la Cour constitutionnelle n’est pas mauvaise. Mais ce que vous semblez oublier, c’est que la disposition des choses dont parle Montesquieu et que les Africains avaient mis en place dans les Etats précoloniaux renvoie à la manière dont la Constitution est ficelée dans son ensemble pour que personne ne se retrouve au-dessus des lois. Par ailleurs, la disposition des choses dont parle Montesquieu ne signifie nullement qu’il serait impossible aux décideurs de violer les textes. Le problème ne réside pas dans la violation des textes ; ce qui pousse certains intellectuels à s’imaginer qu’il faut un changement des mentalités. Le problème réside dans le fait que les textes soient violés en toute impunité. Quand le président de la République viole les textes pour placer des hommes de son bord à la Cour constitutionnelle, quels contre-pouvoirs devraient être mis en branle pour l’arrêter ? Ce n’est pas le peuple mais l’Assemblée nationale, par exemple. Sous Kabila comme sous Tshisekedi, ce sont des clients du chef de l’Etat qui se retrouvent au sommet de l’Assemblée nationale. Par ailleurs, celle-ci est remplie de députés qui ne croient même pas aux idéologies de leurs propres partis politiques puisque ces idéologies restent suspendues en l’air puisque n’ayant aucun lien avec le vécu des citoyens. En plus de cela, à la tête de presque tous les autres corps constitués de l’Etat, on retrouve également des clients du chefs de l’Etat. Celui-ci a beau jeu de faire valser le président de l’Assemblée nationale qui oserait lui barrer la route. Quelle est la solution ? Il faut casser autant que faire se peut le mécanisme clientéliste qui lie les hauts commis de l’Etat au chef de l’Etat pour que son pouvoir ait des contre-pouvoirs effectifs. N’est-ce pas que depuis l’indépendance nous ne cessons de crier « A bas le tribalisme ! A bas le népotisme ! A bas le clientélisme ! Mais qu’avons-nous fait concrètement sur le plan institutionnel pour barrer la route à ces maux ? Rien. J’espère m’avoir fait comprendre.

  3. Cher MBTT,
    Avec tout le respect que je vous dois, je vous fait remarquer, mal gre tout, que parce que vous parlez bien et vous ecrivez bien, cela ne veut pas dire que vous avez necessairement raison. Aujourd’hui comme hier, je vous repete que les formules du genre ‘la bonne dispositions de choses’, ‘le pouvoir arrete le pouvoir’ ne sont seduisantes que sur papier, ou dans les traites de sciences politiques. Il y a des compatriotes qui ont lu et relu Montesquieu. Il y en a certainement qui ont lu Mayoyo Bitumba Tipo Tipo. Ce ne sont pas les penseurs qui manquent. Ce qui manque, ce sont des penseurs capables de comprendre que c’est l’homme qui fait le systeme politique; ce n’est pas le systeme politique qui fait l’homme. Ce qui manque, ce sont des penseurs disposes a mettre la main a la pate et a materialiser leur vision au lieu seulement d’en parler dans des auditoires et les rencontres internationales. Ceci, je crois l’avoir deja porte a votre attention. Lorsque vous ecrivez noir sur blanc que ‘la priorite des priorites, c’est le systeme politique’; vous remettez sur le tapis un debat que je croyais clos.
    C’est l’homme qui fait le systeme politique et non l’inverse. La cote d’amour que le Rwanda a aupres des organisations internationales et aupres d’autres pays, il la doit a un homme: Paul Kagame. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas pas, l’homme a reussi a vendre sa vision a son peuple, et il la materialise chaque jour davantage. Comparez Kinshasa a Kigali et vous comprendrez peut-etre pourquoi je souligne que c’est l’homme qui fait le systeme politique. Chez nous Fatshi est venu avec de bonnes intentions, mais il s’est vite rendu compte que les bonnes intentions ne suffisent pas. Les kinois le lui rappellent d’ailleurs tous les jours: ‘les bonnes intentions, ca se mange pas, et ca se boit pas. Ca ne fait pas jaillir l’eau de robinets et ca n’eclaire pas les cases’.
    En Afrique il y a tout de meme des democraties respectables: Le Botswana, le Senegal, le Ghana, la Zambie, l’Ile Maurice..Si les citoyens de ces pays ont reussi a instaure la democratie chez eux, ce qu’elle peut etre instaurer partout en Afrique, y compris en RDC.
    Revenons a la Loi Tshiani. Comme Maitre Tshiswaka vient de le demontrer magistralement, cette loi est inadmissible a plus d’un titre. Je suis meme surpris qu’on on parle encore, ou qu’elle fasse l’objet d’un quelconque debat! Comme Fatshi lui-meme l’avait souligne, il n’y pas que des congolais qui ne sont pas ‘de pere et de mere’ qui ont mis notre dans le gouffre ou il se trouve. l’Honorable Nsingi Pululu qui avait presente ce projet de loi au bureau de l’Assemblee Nationale semble avoir tardivement compris que cette loi n’a aucune chance de passer. Et meme si elle passait, Fatshi ne la promulguera pas! Docteur Tshiani fait tout pour rester a la une, mais tout le monde a compris que la Loi Tshiani, il faut l’oublier. D’ailleurs Fatshi a deja nomme un gouverneur a la Banque Centrale!
    Respectueuses salutations
    Binsonji E Madilu

    1. Cher Binsonji E Malilu
      Auriez-vous besoin de la réponse du berger à la bergère ? Tenez ! Puisque vous estimez que l’environnement politique ne marque pas l’homme de son empreinte, expliquez pourquoi l’homme congolais si prompt aux anti-valeurs quand il fait de la politique chez lui ne brille pas par les mêmes anti-valeurs en politique une fois devenu citoyen d’un pays occidental. Expliquez pourquoi le même homme congolais ne se distingue pas par les mêmes anti-valeurs dans les entreprises privées et les organisations internationales par exemple. Le jour où vous allez me donner des explications claires, je vais considérer ce débat comme clos. Je ne demande que cela. Vous affirmez qu’il y a tout de même des démocraties en Afrique. Oui, il y en a. Mais est-ce la règle ou l’exception ?

      1. Cher MBTT. Puisque vous me ramenez a un vieux debat, je vais vous repondre, au risque de me repeter. Je n’ai pas dit que l’environnement politique ne marque pas l’homme. L’environnement politique marque l’homme et l’homme impacte l’environnement politique. Mais avant de l’impacter, il le cree d’abord! Je sais que vous n’aimez pas cela, mais j’y reviens quand meme parce qu’il n’y a pas de systeme politique en dehors de l’homme. L’homme est le createur et l’acteur principal de tout systeme politique. ‘La ‘bonne disposition de choses’ cesse d’etre bonne quand elle marginalise son createur. L »application de la constitution chez nous vient de nous demontrer que le detenteur de l’imperium a, et aura toujours plus de pouvoir que le pouvoir de ceux qui sont censes arreter son pouvoir! La faute n’est pas dans le texte, mais dans ceux qui sont censes appliquer le texte! Le constituant a voulu qu’il en soit ainsi. Meme s’il professe le contraire, aucun constituant africain n’aimerait mettre en pratique une constitution qui permet a un groupe de parlementaires de destituer le president de la republique quand bon leur semble. L’homme! Encore l’homme et toujours l’homme! Les compatriotes n’aiment pas que je prenne Paul Kagame comme exemple. Qu’a cela ne tienne! Allons en Afrique de l’Ouest. Avant Jerry John Rawlings, le Ghana etait en train de devenir lentement mais surement un pays de Cocagne. Le Cedi ne valait pas grand’chose, et il n’y avait presque pas des riches Ghaneens en dehors de la classe des officiers generaux. JJ Rawlings vint et tint a ses compatriotes a peu pres ce language: nous Ghanaeens nous avons du ressort. Nous pouvons faire mieux que ca. Nous pouvons vivre mieux que nous ne vivons maintenant. Il suffit de nous debarasser de la chienlit et de travailler en fonction du Ghana que nous appelons tous de nos voeux! Aujourd’hui le Ghana est un pays fort, democratique et prospere.
        Les congolais naturalises citoyens de certains pays occidentaux ont etudie et interiorise les valeurs de ces pays d’acceuil. Quand ils entrent dans l’arene politique, ils ne peuvent qu’appliquer ces valeurs. Ils ont la meme conception du devoir que leurs compatriotes de ces pays d’acceuil. Il n’y a que la peau qui les differencient. Bertin Mampaka est aussi belge que n’importe quel homme politique belge. Il comprend comme tous ses compatriotes belges qu’on entre pas en politique pour s’enrichir mais pour servir. J’ai appris que l’actuel ambassadeur des Etats-Unis au Senegal est americain d’origine congolaise. Je suis sur que cet ambassadeur comprend le role des Etats-Unis dans le monde autant que n’importe quel autre diplomate americain eleve au rang d’ambassadeur. Il ne lui viendrait meme pas a l’esprit de se servir de son poste pour s’enrichir et pour enrichir ses proches.
        Voyez-vous, cher MBTT, la priorite de priorites n’est pas l’instauration d’un systeme politique quelconque mais le changement de mentalite. Quelle que soit la ‘bonne disposition des choses’, si le cerveau n’adhere pas, nos compatriotes continueront toujours a considerer la politique comme la voie d’enrichissement rapide. Meme quand ils vous disent qu’ils sont en politique pour servir, ils savent que vous savez que ce n’est pas le cas!
        Salutations patriotiques!
        Binsonji E Madilu

  4. En rėecrivant l’histoire du Congo des années 60, vous ne rendez pas service au pays. Prétendre que « Kasavubu et son Abako était le seul à amorcer une réflexion sur une démocratie qui tiendrait compte de l’hétérogénéité de notre tissu social national « est une contre-vérités. L’Abako était un mouvement régionaliste et tribale comme le fut ceux de Tshombe, Kalonji etc…qui ont conduit le pays dans les affres du séparatisme et des cessessions. Lumumba n’a jamais préconisé une démocratie à l’occidentale, il demandait comme d’autres leaders panafricanistes de laisser les Africains choisir leurs options politiques adaptées aux réalités de chaque pays. Cette façon que vous avez de vouloir toujours imposer votre vision et réflexion ne favorise pas le vrai débat. C’est trop facile aujourd’hui d’oublier que nos pères des indépendances ont vécu la deuxième guerre mondiale qui a été à la base de la période de glaciation de la guerre froide par rapport à laquelle il fallait se positionner. Attribuer le mérite à un seul homme en ne tenant compte que des réalités d’aujourd’hui ne peut être que contestable. Si vous voulez une vraie réflexion sur l’avenir de la démocratie au Congo, il suffit d’organiser des conférences et débats ouverts à tous les congolais pour le choc des idées d’où peut jaillir la lumière. Personne n’a le monopole de la vérité et du bon sens, encore moins de l’amour du Congo.

    1. Cher Elombe,
      Kasa-Vubu et l’Abako voulaient que les différents peuples du Congo s’organisent en autant de groupements politiques et que leurs représentants dirigent ensemble le pouvoir central au lieu de s’entredéchirer. Cette stratégie lutte contre la domination d’une composante de la nation sur les autres comme on a pu l’observer de Mobutu à ce jour. La même stratégie a été mise en place en Belgique pour qu’il n’y ait pas de domination des Wallons sur les Flamands et vice-versa. Le drame avec les Congolais et les autres ex-colonises d’Afrique, c’est qu’ils regardent les tribus/ethnies avec les lunettes des colonisateurs. La meilleure façon de lutter contre la domination ethnique ou régionale, ce n’est pas de prononcer des discours nationalistes ou panafricanistes. C’est plutôt d’intégrer l’ethnie ou la région dans l’agenda public.

    2. Cher Elombe,
      Je reviens à votre intéressante suggestion. Si je veux une vraie réflexion sur l’avenir de la démocratie au Congo, me dites-vous, il suffit d’organiser des conférences et débats ouverts à tous les Congolais pour le choc des idées d’où peut jaillir la lumière. Je veux bien. Mais il faut que vous régliez quelques détails. Comment m’adresser à tous les Congolais alors que je ne suis pas président de la République ? Puisque personne n’a le monopole de la vérité et du bon sens, encore moins de l’amour du Congo, comme vous le soulignez si bien, quel serait votre rôle à vous pendant que je vais donner ces conférences ? La rechercher les financements nécessaires pour le déploiement de la logistique indispensable ? Trouvez-les et invitez-moi. Et vite SVP !

  5. J’essaie toujours de comprendre pourquoi ce qui semble impossible au Congo – en ce qui concerne la gouvernance – ne l’est pas au Botswana, par exemple.
    Baloka biso ?

    1. Cher Jo Bongos,
      Le Botswana n’est pas le Congo. Au Botswana, il y une ethnie majoritaire, les Tswana qui ont donné justement leur nom au pays et qui constituent 79% de la population. Et se sont eux qui ont toujours dirigé le pays depuis l’indépendance. Il y a quelques grincements des dents de la part des ethnies minoritaires mais sans réel danger jusqu’à ce jour. Je tiens cette dernière information de la première dame actuelle du pays, une ancienne collègue de travail, elle-même d’ethnie Tswana.

  6. Je respecte votre volonté de toujours susciter le débat. C’est tout à votre honneur, sauf que vous avez tendance à oublier qu’un pays de plus de 400 ethnies aux dimensions continentales présente forcément des réalités complexes. Nos pères de l’indépendance qui ont été formes dans des séminaires pour les uns autodidactes pour d’autres n’avaient vraiment pas le choix, ils ont fait l’objet d’endoctrinement voire parfois de lavage de cerveau. Beaucoup ont été instrumentalisés, ceux qui ont voulu se démarquer de la volonté des colonisateurs ont été purement et simplement éliminés. Je ne suis pas à priori contre une démocratie adaptée à nos réalités, mais faut il encore trouver une formule qui pourra satisfaire le plus grand nombre. J’ai participé à la présentation du programme de Noël Tshiani pour le développement du Congo, je lui ai fait remarqué que son plan ne sortait pas des sentiers battus et que les remèdes proposés risquaient de tuer le malades. L’évaluation et la titrisation de nos minerais qui seraient hypothétiqués auprès des institutions financières occidentales étaient une vision chimérique qui ressemble aux fameuses politiques d’ajustement structurelles qui ont causé tant de malheur en Afrique, bien sûr qu’il faut une voie originale, croyez-vous qu’on nous laissera faire ?, j’en doute. Les systèmes politiques et gouvernance économique sont intimement liés, la mondialisation et la globalisation sont des réalités avec lesquelles ont doit compter malgré nous. C’est un vaste débat.

    1. Cher Elombe,
      Vous écrivez : « … bien sûr qu’il faut une voie originale, croyez-vous qu’on nous laissera faire ? j’en doute ». Quand on est persuadé qu’il nous faut une alternative au schéma démocratique actuel dont les nuisances ne sont plus à démontrer, on la cherche. Je ne connais pas une seule puissance occidentale qui aurait interdit ou qui interdirait à un Etat africain de se lancer dans une telle exploration. Dans ma carrière de fonctionnaire international, j’ai vu des ambassadeurs des pays puissants conseiller aux parlementaires africains à bien réfléchir sur les contre-pouvoirs. En vain ! Et puis, devenir un Etat démocratique ne signifie pas qu’on traite d’égal à égal avec les grandes puissances mondiales. Quand on est dirigeant d’un Etat comme le nôtre, même s’il devient réellement démocratique, on doit savoir générer le rapport de forces à entretenir avec les Etats puissants. Déjà entre les Occidentaux eux-mêmes, mokolo aza mokolo. La Belgique est retournée une fois au parlement pour vider de sa substance sa loi dite de compétence universelle quand des Arables ont déposé plainte contre des dirigeants américains et que les Etats-Unis ont menacé de délocaliser le siège de l’OTAN. La démocratie effective, elle, permettrait d’aller de l’avant au lieu de stagner sur la voie du sous-développement à la suite de l’incurie de nos pouvoirs successifs.

  7. En m’adtessant à Mayoyo j’ai parlé d’un « devoir patriotique et intellectuel ». Notre pays patauge depuis 60 ans dans une gouvernance inefficace. Si l’on dispose des recettes programmatiques pour l’en sortir il nous faut les essayer. Notre ami Mayoyo (et quelques autres penseurs Congolais ou africains) ont imaginé des modèles de gouvernance endogènes mieux adaptés à nos sociétés. Leur devoir citoyen en tant qu’intellectuel c’est de trouver comment les mettre en œuvre sinon ce serait un crime contre nos peuples en danger. Voilà pourquoi je propose que ceux qui ont des programmes à proposer s’approchent des candidats à des hauts niveaux de pouvoir pour faire campagne avec eux en suivant leurs modèles. C’est possible lorsqu’on en fait une priorité au lieu de discuter à longueurs de pages. C’est la seule voie pour changer les choses et faire évoluer les mentalités : des modèles venus de quelques uns adoptés par le peuple, le pays.

  8. Cher Binsonji E Malilu,
    Merci pour votre réponse. Mais pensez-vous sérieusement m’apprendre quelque chose en affirmant que « L’homme est le créateur et l’acteur principal de tout système politique » alors même que dans ce forum, je ne cesse de vulgariser un système politique alternatif que j’ai conçu ? Passons à l’essentiel, c’est-à-dire votre réponse à ma question. Vous écrivez : « Les Congolais naturalisés citoyens de certains pays occidentaux ont étudié et intériorisé les valeurs de ces pays d’accueil. Quand ils entrent dans l’arène politique, ils ne peuvent qu’appliquer ces valeurs. Ils ont la même conception du devoir que leurs compatriotes de ces pays d’accueil ». Ne voyez-vous pas que si tel était le cas, nous ne parlerions pas aujourd’hui de l’incurie des pouvoirs congolais successifs depuis la chute de Mobutu ? Auriez-vous oublie les membres de la diaspora congolaise rentres au pays dans les valises de Laurent-Desire Kabila ? Faut-il vous apprendre que Félix Tshisekedi dont le pouvoir est décrié comme jamais a vécu pendant trois décennies en Belgique ? Vous me retorquerez peut-il qu’il n’avait pas fait des études en Belgique. Et Evariste Boshab, par exemple, qui a étudié en Belgique à la même époque que moi, l’avez-vous vu appliquer les valeurs démocratiques belges quand il est entre dans l’arène politique congolaise ? Ne voyez-vous pas que la simple observation contredit votre affirmation ?

  9. Cher MBTT,
    Comme toujours dans vos demonstrations magistrales, vous venez de demolir sans trop d’effort intellectuel les sophismes et elucubrations du charlatant Noel Tshiani. Lui qui peine encore de comprendre que la Mal-Gouvernance en RDC ajourd’hui inbue d’abus du pouvoir, et se manifestant en depassements budgetaires, surfacturations, maints contrats gre-a-gre et escroqueries (RAM) a la Presidence meme, est l’oeuvre d’un pretendu-Congolais a 100%. Il est difficile aux faux-nationalistes inclu l’Americain Tshiani d’accepter que la RDC se porterait mieux si elle avait a son sommet meme un « etranger », mais moins-roublard que « 100% Mashi-a-mu-menu » Tshilombo, et obeissant l’Esprit et la Lettre de notre Constitution et les contre-pouvoirs en decoulant. En bref, il y a manque criant d’un systeme des sanctions effectives contre les abus du pouvoir au sommet en RDC comme le demontrent les Kleprocraties allant de Mobutu, aux 2 Kabilas, et a Tshilombo. Voila le marasme en RDC depuis des decennies, avec comme symptomes la corruption, le nepotisme, et la jouissance aux depends du Tresor (Voir train de vie scandaleux et gaspillage de Tshilombo en voyages avec amis en Europe et a Dubai sans consequences) qui en resultent. Un Tshiani au sommet sans sanctions contre ces abus du pouivoir menerait inevitablement a la misere du peuple comme sous Tshilombo.

  10. Monsieur Mayoyo, croyez le bien si vous voulez, si j’étais en capacité de vous aider financièrement à vulgariser vos réflexions sous forme des débats, je n’hésiterais pas une seconde. Votre êtes un compatriote plein de ressources intellectuelles qui peuvent contribuer utilement au débat démocratique. D’ailleurs nos échanges nous permettent mutuellement de nous compléter sans nous insulter comme c’est souvent le cas dans cette rubrique de la part de certains compatriotes. La démocratie est un système complexe et très exigeant qui veut que la loi de la majorité soit la règle. Bien sûr, on peut recourir au consensus ou au palabre à l’africaine, mais il ne faut pas oublier le réflexe lié aux rapports de force et aux intérêts catégoriels. C’est un débat existentiel qui vaut la peine.

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