Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose

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Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
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Les 100 jours du président Felix Tshisekedi: Crise d’autorité!. Publié le 6 mai dernier, l’article de Baudouin Amba Wetshi souligne une évidence: l’indécision dans la démarche politique du président de la République très très démocratique du Congo et la crise d’autorité qui s’en suit. Mais tout le monde ne partage pas cet avis. Intéressons-nous à la réaction de quelqu’un qui a un avis contraire: Binsonji E Madilu.

Pour se convaincre et tenter de convaincre les lecteurs, Madilu annonce les couleurs: « Je voudrais souligner que je n’appartiens à aucune des formations politiques en présence sur la scène congolaise. J’interviens simplement en qualité d’observateur averti. Je soutiens donc tout ce qui est de nature à améliorer la gouvernance dans ce pays, et je critique sévèrement tout ce qui est de nature à prolonger la misère du peuple congolais ».

A la question de savoir qui est aux commandes de l’Etat, Madilu répond: « Moi je dirais sans ambages que c’est Fatshi qui commande en RDC. La nomination du premier ministre et la composition du gouvernement tardent non pas à cause de manque d’autorité de Fatshi ou de son indécision mais à cause de l’entêtement de Kabila qui tient à imposer ses complices que le peuple ne veut revoir au pouvoir ».

Pourtant, rien qu’à ce niveau, tout est clair sur qui mène la danse politique nationale. A l’Assemblée actuelle, aucun parti politique ne dispose de la majorité. Le président de la République devrait donc nommer un informateur pour identifier une majorité devant accompagner sa politique, les coalitions CACH, FCC et Lamuka n’ayant aucune existence légale. Tshilombo le sait. A l’occasion de son voyage en Namibie fin février 2019, il avait annoncé urbi et orbi qu’il allait nommer un informateur. Mais, début mars, Néhémie Mwilanya, coordonnateur du FCC et Jean-Marc Kabund, président intérimaire de l’UDPS (CACH), signaient un communiqué conjoint, recommandant au despote Joseph Kabila « d’accomplir les devoirs de sa charge permettant au Chef d’Etat de procéder à la désignation du formateur du gouvernement ».

La responsabilité de l’indécision ou du rétropédalage est claire. Elle est le fait de Tshilombo qui dit une chose et fait son contraire. Mais Madilu préfère rejeter cette responsabilité sur « l’entêtement de Kabila qui tient à imposer ses complices que le peuple ne veut revoir au pouvoir ». Oui, à travers son vote lors de la présidentielle de décembre 2018, notre peuple s’était clairement exprimé. Il ne voulait plus revoir le despote Joseph Kabila et ses courtisans au pouvoir. Mais dans un élan égoïste, Tshilombo est allé à l’encontre de cette volonté populaire en faisant du despote un allié politique. Pourquoi Madilu, cet « observateur averti » de la scène politique congolaise qui dit « critiquer sévèrement tout ce qui est de nature à prolonger la misère du peuple congolais », ne revient-il pas sur cette haute trahison, péché originel du régime Tshilombo, et ses lourdes conséquences parmi lesquelles figure justement la crise sans précèdent d’autorité au sommet de l’Etat?

Alors que la toute première erreur de Tshilombo est d’avoir noué une alliance avec le dictateur qu’il disait combattre hier et cela non pas avant ou après la proclamation des résultats définitifs de la présidentielle ci-dessus mais peu avant la proclamation des résultats provisoires, sans que ne soient connus par « le peuple d’abord » ni les termes de ladite alliance ni le programme sur lequel les alliés se seraient convenu pour gouverner ensemble. Madilu couvre délibérément cette énorme faute politique en inventant une première erreur qui n’en est pas une: « Laisser Kabila convoquer des membres du FCC à Kingakati pour renouveler leur loyauté à sa personne ». Quelle loi de la république Kabila et ses courtisans auraient-ils violé pour que Tshilombo ne les laissa pas célébrer leur messe? Et s’il avait voulu les en empêcher, sur quel pilier du pouvoir se serait-il appuyé?

Pour Madilu, la deuxième erreur de Tshilombo serait de « ne pas nommer un informateur pour identifier la majorité parlementaire bien qu’il y ait eu des signes qu’il y avait des groupements politiques qui ne demandaient pas mieux de quitter le bateau FCC ». Au regard de l’alliance aux termes restés secrets entre le despote et le « démocrate » Tshilombo, quelle serait en fait l’erreur? Ne pas nommer ou nommer un informateur? Que se serait-il passé s’il avait nommé un informateur et que celui-ci avait réussi à identifier une majorité parlementaire contraire au diktat du despote? Le rétropédalage de Tshilombo n’est-il pas révélateur du piège dans lequel ses intérêts égoïstes et sa trahison l’ont précipité?

Madilu s’empêtre davantage dans des contradictions quand il évoque la troisième erreur de Tshilombo: « ne pas dire haut et fort que c’est lui le chef de la coalition FCC-CACH. Ce n’est pas Kabila. S’il laisse les membres du FCC aller prendre leurs ordres à Kingakati, il se rendra vite compte que sa véritable opposition n’est pas Lamuka mais ses soi-disant partenaires dans la coalition FCC-CACH ». Ce ne sont pourtant pas les déclarations, aussi hautes et fortes soient-elles, qui font de quelqu’un le chef d’une coalition mais plutôt le rapport des forces au sein de la coalition. En fait, il n’y a pas de coalition FCC-CACH. La coalition CACH, quantité négligeable par rapport au FCC, s’est en réalité diluée au sein cette dernière. C’est d’ailleurs pour cette raison que Madilu conclut, au sujet de sa deuxième erreur, que pour n’avoir pas nommé un informateur, Tshilombo « va devoir travailler avec une majorité parlementaire qui n’est pas du tout acquise à sa vision politique ». Car, Tshilombo n’a aucun droit et, pire, aucun moyen d’empêcher les membres du FCC d’aller prendre leurs ordres à Kingakati; ce qui est une fois de plus révélateur du piège dans lequel ses intérêts égoïstes et sa trahison l’ont précipité.

Quatrième erreur, Madilu reproche à Tshilombo de « laisser Kabila convoquer les anciens et nouveaux gouverneurs de province à Kingakati! Nulle part un ancien président n’a été aussi omniprésent dans la gestion du pouvoir de son successeur! Pour moi, c’est la plus grave de ces quatre erreurs. Les hauts cadres de la territoriale que sont les gouverneurs de province représentent le Chef de l’Etat dans leurs entités provinciales respectives. Ils ne représentent pas l’ancien chef de l’Etat. Cette convocation de gouverneurs était un défi à Fatshi que le service de communication de ce dernier n’a même pas cru bon de relever ». Comment peut-on constater cette anomalie sans précèdent et ne pas y voir la réponse à la question « Qui commande en RDC? ». Que pouvait faire le service de communication de la présidence face à la gifle ainsi administrée? Celle-ci n’est-elle pas suffisamment révélatrice du piège dans lequel les intérêts égoïstes et la trahison de Tshilombo ont précipité ce dernier?

Tricheur récidiviste, pour s’être fabriqué un faux diplôme d’études supérieures dans son dossier de candidature à l’élection présidentielle et pour avoir trahi « le peuple d’abord » qui avait massivement rejeté le despote Joseph Kabila et ses courtisans, Tshilombo est avant tout un homme que le despote et son FCC tiennent par la barbichette. Madilu est lucide quand il note: « Il faut dire ici tout haut qu’il y a un bras de fer qui ne dit pas son nom ». Mais il est aveugle quand il estime que « tant que Fatshi ne se laisse pas faire, il est dans le bon ». Dans un pays comme le nôtre, on ne peut pas être dans le bon quand on passe les 100 premiers jours de son pouvoir sans avoir formé le gouvernement et que tous les autres griefs articulés par Baudouin Amba Wetshi restent d’actualité, à savoir le maintien des « Kabilistes » tant décriés et honnis au gouvernement, dans les structures de contrôle que sont l’appareil judiciaire, la Cour des comptes et l’inspection des finances ainsi qu’à la tête des organismes générateurs de recettes (Douanes, Impôt, DGRAD, etc.), sans compter l’appareil sécuritaire. Madilu est lucide quand il constate que « la situation est inquiétante ». Mais il est aveugle quand il se dit « optimiste ». Car, tenu par la barbichette, le tricheur récidiviste Tshilombo restera victime d’un chantage permanent. A moins de recourir à une puissance planétaire, comme nous l’avons déjà recommandé, il n’aura pas suffisamment de poigne pour renverser l’ordre politique inhumain établi par son prédécesseur.

Dans sa « Lettre à Thiriot », Voltaire notait que « le mensonge n’est un vice que quand il fait mal. C’est une très grande vertu quand il fait du bien ». A travers ses mensonges, Madilu se fait du bien face à une situation politique extrêmement inquiétante au lieu de « critiquer sévèrement tout ce qui est de nature à prolonger la misère du peuple congolais ». La nature ayant horreur du vide, il ne serait pas surprenant que l’immobilisme consécutif au pacte secret entre le dictateur et le « démocrate » Tshilombo soit comblé par un coup d’Etat fomenté par les puissants de ce monde qui viendraient neutraliser les deux tricheurs et traîtres à la nation.

 

Par Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

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